Le chef de l’ONU juge nécessaire de poursuivre la réforme du maintien de la paix

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Un casque et des gilets de protection de Casques bleus. Photo ONU/Marie Frechon

A l’occasion d’un débat thématique du Conseil de sécurité sur le maintien de la paix, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a jugé nécessaire jeudi de poursuivre la réforme des opérations de la paix pour les rendre plus efficaces et les adapter aux défis du monde actuel.

« D’une grande diversité, les opérations de paix des Nations Unies se déroulent dans des environnements extrêmement complexes. Il est de notre responsabilité commune de les adapter à notre monde changeant », a expliqué M. Guterres devant les membres du Conseil.

« Nos ambitions ne correspondent pas à nos capacités, et nos objectifs ne correspondent pas aux ressources dont nous disposons pour les atteindre. C’est pourquoi les opérations de maintien de la paix semblent souvent aux abois, dépassées par l’ampleur de leur tâche », a-t-il ajouté. « Dans bien des cas, les Casques bleus sont déployés dans des endroits où la paix elle-même est en jeu ».

Selon lui, l’ONU tire sa légitimité de la confiance que lui accordent les peuples du monde. « Mais cette confiance a été ébranlée par les terribles affaires d’exploitation et d’atteintes sexuelles qui ont terni l’image de l’Organisation dans son ensemble, et notamment celle de nos missions de maintien de la paix », a-t-il noté, rappelant qu’il avait présenté un plan visant à lutter contre ce fléau et qu’il était déterminé à le mettre en œuvre.

Le chef de l’ONU a estimé que l’Organisation devait se « doter d’une stratégie globale qui appuie la grande diversité de nos missions et tienne compte de toutes les dimensions de la paix, qu’il s’agisse de la prévention, du règlement des conflits, du maintien de la paix, de sa consolidation ou du développement à long terme ».

Selon lui, cette stratégie doit reposer sur deux principes prépondérants : premièrement, il n’existe pas de solutions toutes faites. Deuxièmement, la réussite de chaque mission dépend du processus politique et de la participation active de toutes les parties prenantes, notamment des gouvernements.

M. Guterres a estimé que d’importantes réformes du maintien de la paix ont été menées ces dernières années. Il a remercié Hervé Ladsous pour le rôle majeur qu’il a joué, et a dit compter sur son successeur au poste de Secrétaire général adjoint, Jean-Pierre Lacroix, pour reprendre le flambeau.

« Nous avons augmenté le nombre de pays qui fournissent des contingents ou du personnel de police et amélioré la constitution des forces, de sorte qu’elles puissent être déployées plus rapidement. Les technologies modernes viennent améliorer notre capacité d’apprécier et d’analyser les situations », a souligné M. Guterres. « Nous avons décentralisé des fonctions essentielles et renforçons actuellement la gestion de la performance et le respect du principe de responsabilité ».

Selon lui, ces réformes ont permis de réduire de 18% le coût de chaque soldat de la paix depuis 2008 et de diminuer sensiblement l’effectif du personnel civil.

« Mais il reste encore beaucoup à faire », a souligné M. Guterres.

« A court terme, nous devons mettre fin aux opérations qui ont atteint leurs objectifs et remodeler celles qui ne répondent plus aux besoins sur le terrain. Nos missions en Côte d’Ivoire et au Libéria arrivent à leur terme, et nous devons envisager des réformes et des stratégies de sortie pour d’autres missions déployées de longue date », a-t-il dit.

« En Haïti, nous sommes prêts à transformer notre mission afin qu’elle se concentre sur l’appui politique, le renforcement des institutions et le développement. Au Darfour, l’évolution de la situation sur le terrain pourrait nécessiter une réduction sensible des forces », a-t-il ajouté.

Neuf grands chantiers de réforme

À plus long terme, le chef a déclaré distinguer neuf grands chantiers de réforme :

« Premièrement, j’ai créé une équipe chargée d’examiner comment nous pouvons améliorer notre architecture de paix et de sécurité, qui me présentera ses conclusions d’ici juin », a-t-il dit.

« Deuxièmement, il nous faut faire preuve d’une plus grande efficacité et d’un meilleur respect du principe de responsabilité », a-t-il ajouté. « Troisièmement, les opérations de maintien de la paix doivent recevoir du Conseil des mandats clairs, réalistes, actualisés, assortis de priorités bien définies et d’un calendrier adapté, et suffisamment souples pour pouvoir évoluer dans le temps ».

« Quatrièmement, les femmes doivent jouer un rôle beaucoup plus actif dans les opérations de paix et être présentes dans les contingents, les effectifs de police et le personnel civil », a-t-il encore dit. « Cinquièmement, il faut que nos opérations et notre stratégie fassent l’objet d’une planification, d’un contrôle et d’une direction plus efficaces et mieux coordonnés ».

« Sixièmement, nous devons recourir plus systématiquement aux technologies modernes. Cela nous aidera à accroître notre souplesse et notre mobilité », a ajouté M. Guterres. « Septièmement, nous devons informer le public et mieux faire connaître le rôle indispensable que jouent nos opérations aux fins de la paix, de la sécurité et de la prospérité mondiales, et les résultats qu’elles obtiennent ».

« Huitièmement, nous devons resserrer les liens avec nos partenaires régionaux et sous-régionaux », a conclu le Secrétaire général. « Neuvièmement, ces partenariats doivent s’appuyer sur un financement substantiel et prévisible ».

 

(Extrait sonore : António Guterres, Secrétaire général ds Nations Unies)

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19/10/2017
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