Burundi : l'ONU s'inquiète des slogans choquants d'une milice appelant au viol des opposantes

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Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein. Photo ONU/Pierre Albouy

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a exprimé mardi sa profonde inquiétude face à une pratique de rassemblements apparemment répandue dans plusieurs régions du pays où de jeunes hommes de la milice des Imbonerakure chantent de façon récurrente des slogans appelant à rendre enceinte des femmes de l'opposition ou à tuer des opposants. Le Haut-Commissaire Zeid a indiqué que la nature organisée des rassemblements, ainsi que les rapports continus des violations graves des droits de l'homme, sont révélateurs de la « campagne de terreur » qui se déroule au Burundi.

Une vidéo terrifiante qui circule sur les médias sociaux montre plus de 100 membres appartenant aux Imbonerakure, la ligue des jeunes du parti au pouvoir (le CNDD-FDD), répétant une douzaine de fois leur appel à «rendre les opposantes enceintes pour qu'elles donnent naissance à des Imbonerakure». Un autre groupe reprend ensuite le slogan dans lequel on entend 19 fois la phrase «il ou elle doit mourir». Ce rassemblement se tenait dans la commune de Ntega, dans la province de Kirundo, au nord-est du pays. Suite à la diffusion de la vidéo, le CNDD-FDD a publié le 5 avril 2017 un communiqué condamnant le chant et indiquant qu'une enquête préliminaire pointait vers des « influences hors parti ». Cependant, des rapports récents indiquent que des manifestations semblables, rassemblant davantage de monde, ont été organisées par des membres du parti du Gouvernement et du Président dans l'ensemble du pays.

«Les slogans choquants appelant au viol repris par de jeunes hommes appartenant aux Imbonerakure dans plusieurs provinces du Burundi sont profondément inquiétants – notamment, parce qu'ils confirment ce que nous ont confié les personnes qui ont fui le Burundi, à propos de la campagne de terreur et de peur menée par cette milice organisée,» a déclaré le Haut-Commissaire Zeid.

«Tout en me félicitant de la déclaration du CNDD-FDD condamnant les chants scandés à Ntega, je m'inquiète des rapports qui mentionnent la présence de hauts responsables lors des autres rassemblements. Nous attendons également qu'ils reconnaissent que la manifestation de Ntega n'était pas un incident isolé, mais la partie émergée de l'iceberg, mise en lumière uniquement parce qu'elle a été filmée. »

«Le Gouvernement doit cesser de prétendre que les Imbonerakure ne sont rien d'autre qu'un groupe de développement communautaire. De tels discours éhontés de haine manifeste et d'incitation à la violence ne doivent être ni tolérés ni encouragés. Dans une région qui a connu de si nombreux épisodes de violence et d'atrocités, ce type d'incitation à la haine organisée tire la sonnette d'alarme.»

Le Haut-Commissaire a indiqué que l'incitation au meurtre et au viol est particulièrement préoccupante alors que des rapports continuent de faire état de graves violations des droits de l'homme.

«Nous avons reçu des informations crédibles signalant de graves violations des droits de l'homme, notamment le recours systématique à la torture par les forces de sécurité et les raids nocturnes menés par les Imbonerakure aux domiciles de personnes qui refusent de rejoindre le parti au pouvoir,» a ajouté le Haut-Commissaire.

«Des rapports indiquent une nette augmentation des cas de disparitions forcées entre novembre 2016 et mars 2017, et mentionnent la découverte de dizaines de corps non identifiés dans de nombreuses régions du pays, pendant cette période. Nous avons également reçu de nombreux rapports affirmant que des personnes sont ciblées en raison de leur origine ethnique.»

Entre avril 2015 et le 10 avril 2017, selon des sources onusiennes, 401’573 personnes ont fui le Burundi. Certains de ceux et celles qui ont récemment fui vers les pays voisins ont décrit les descentes régulières des Imbonerakure dans les foyers ruraux, forçant les habitants, quelle que soit leur origine ethnique, à payer régulièrement des contributions financières et leur imposant des «prélèvements» sur les produits vendus sur les marchés ou aux marchands qui passent par les barrages routiers, asphyxiant ainsi l'économie locale. Un réfugié interrogé par le Bureau des droits de l'homme des Nations Unies a confié avoir fui sa province de Karuzi parce que l'extorsion imposée par la milice était insupportable.

Le Haut-Commissaire a appelé les autorités du Burundi à condamner sans délai l'incitation à la haine et à la violence et à veiller à ce que les forces de police, de sécurité, les agents du renseignement et les militaires reçoivent des instructions claires et sans équivoque d'agir conformément au droit international des droits de l'homme.

«Les responsables de ces violations des droits de l'homme, quels que soient leur fonction ou grade, devront répondre de leurs actes,» a-t-il précisé. «Il faut mettre fin à l'impunité face aux violations des droits de l'homme commises par les forces de sécurité et les Imbonerakure.»

Le Haut-Commissaire a également demandé au gouvernement du Burundi d'accorder au Bureau des droits de l'homme un accès sans réserve afin de pouvoir surveiller la situation des droits de l'homme dans tout le pays, d'être en mesure d'enquêter sur les allégations de violations graves et d'aider le pays à traduire en justice les auteurs de ces actes.

(Interview : Scott Campbell, Responsable de la Section Afrique 2 au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme; propos recueillis par Jérôme Longué)

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17/10/2017
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