Afghanistan : l'ONU dénonce la persistance des cas de torture parmi les détenus

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La Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA). Photo MANUA/Fardin Waezi

Le recours à la torture augmente en Afghanistan dans le cadre de la lutte contre les insurgés, et vise aussi les détenus mineurs, en particulier dans les locaux de la police, indique un rapport de l'ONU publié ce lundi à Kaboul et Genève. La situation de l'Afghanistan doit être  examinée d'ailleurs demain mardi 25 avril à Genève par le Comité contre la torture qui tient jusqu'au 22 mai prochain les travaux de sa soixantième session.

 

C'est une enquête de la Mission d'assistance de l'ONU en Afghanistan (MANUA) et du Bureau du Haut-Commissaire aux droits de l'Homme qui s'appuie sur plus de 400 entretiens avec des détenus entre le 1er janvier 2015 et le 31 décembre 2016. Parmi les procédés de traitements dégradants répertoriés, le document cite notamment les coups portés avec bâtons, tuyaux et câbles; des coups, chocs électriques, brûlures de cigarettes sur les plantes de pied et les parties génitales; la suffocation; les simulations de noyade; ainsi que des viols et des violences sexuelles.

Les enquêteurs font état de témoignages répétés et consistants de torture et de mauvais traitements contre les détenus arrêtés dans le cadre du conflit entre Kaboul et les insurgés.

A cet égard, l'ONU se dit particulièrement alarmée par le niveau de torture pratiqué dans les locaux de la police nationale (ANP) en augmentation depuis 2010, depuis qu'elle surveille les sites de détention. La police est d'ailleurs accusée dans près de la moitié (45%) des cas enregistrés par les enquêteurs. Parmi les détenus interrogés par les enquêteurs, plus du tiers (39%) ont fourni des récits crédibles et fiables de tortures ou autres formes de traitements inhumains et dégradants pendant leur détention, selon le rapport. Un tiers ont rapporté avoir été torturés dans plusieurs sites de détention.

Le rapport documente également les cas de torture concernant des enfants: sur 85 détenus mineurs interrogés, 38 (soit 45%) ont rapporté des récits crédibles de torture et mauvais traitements.

«Comme l'indique clairement le présent rapport, la torture ne contribue pas à accroître la sécurité. Des aveux obtenus sous la torture ne sont absolument pas fiables. Les gens diront quoi que ce soit pour arrêter la douleur », a déclaré le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme. Zeid Ra'ad Al Hussein juge donc qu'il « est essentiel qu'il y ait un suivi adéquat des centres de détention en Afghanistan et des enquêtes significatives pour veiller à ce que les personnes accusées de torture soient jugées et tenues responsables de ce crime odieux ». « Assurer la reddition de tels actes envoie un message fort et contribue à prévenir de futures violations », a conclu le Chef des droits de l'homme de l'ONU.

(Mise en perspective : Alpha Diallo, Nations Unies/Genève)

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20/10/2017
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