ONU/Suisse : Point de presse du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, à Berne

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Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres lors d’un point de presse à Berne, lundi 24 avril 2017. Capture d’écran

Transcription du point de presse donné par le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, avec le Conseiller fédéral, Chef du Département fédéral des affaires étrangères de la Confédération suisse, M. Didier Burkhalter

Berne, 24 avril 2017

Secrétaire général: Le rapport entre les Nations Unies et la Suisse est pour moi une question politique et une affaire de cœur. Question politique parce qu’aujourd’hui la Suisse est un pilier fondamental du multilatéralisme à l’échelle globale. Affaire de cœur parce que les dix années les plus intéressantes de ma vie, je les ai vécues à Genève en tant que Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.

Et nous vivons un moment qui est un moment paradoxal. D’un côté, on voit une multiplication de conflits, une énorme difficulté à trouver une solution pour ces conflits qui se pérennisent. On voit des défis globaux, comme les changements climatiques, qui ont besoin d’une réponse globale. On a des difficultés croissantes pour que l’agenda des droits de l’homme puisse progresser. On a de plus en plus besoin de mécanismes de gouvernance globale multilatérale et en même temps le multilatéralisme est en crise. Il y a de plus en plus, et au niveau des opinions publiques et au niveau des acteurs politiques, des gens qui mettent en cause la valeur des organisations multilatérales et des formules multilatérales de gouvernance, et à l’échelle régionale et à l’échelle globale.

Dans ce contexte, le rôle de la Suisse est absolument essentiel et la coopération entre la Suisse et les Nations Unies est un des vecteurs les plus importants pour notre succès. Quand on regarde des crises comme la crise syrienne ou la situation au Yémen ou en Libye ou au Burundi ou au Congo ou en Somalie, on voit que de plus en plus il y a besoin d’acteurs qui soient des médiateurs indépendants, ce que les Anglais appellent «honest brokers» et la Suisse est reconnue partout dans le monde comme un «honest broker».

La Suisse est vraiment le symbole de la médiation indépendante et nous croyons que la coopération avec la Suisse, non seulement dans l’appui suisse au renforcement de nos structures et à nos initiatives, mais aussi dans la valorisation des initiatives suisses en matière de médiation, est pour nous une question absolument clef dans la création de conditions de succès pour l’action des Nations Unies dans la diplomatie préventive, dans la médiation et dans la création des conditions pour que l’on puisse résoudre les conflits dramatiques auxquels on fait face.

En même temps, la Genève internationale qui a un rôle clef dans la vie des Nations Unies – mais pas seulement dans la vie des Nations Unies: dans la vie de la communauté internationale – assume aujourd’hui un caractère plus spécifique face aux Objectifs de développement durable. C’est vraiment une plateforme essentielle pour mobiliser les énergies de la communauté internationale face aux Objectifs de l’Agenda 2030, aux Objectifs de développement durable.

Et nous comptons beaucoup non seulement sur la Genève internationale et la capacité de toutes les agences et de tous les acteurs qui y travaillent, mais nous comptons beaucoup sur la coopération directe avec le Gouvernement suisse pour faire de cette plateforme un instrument efficace pour permettre que tout le monde puisse effectivement bénéficier de cette initiative universelle mais qui a des défis et des difficultés à surmonter, qui sont énormes et qui exigent une très grande mobilisation de tous les acteurs – et Genève sera au centre de cette capacité de mobilisation.

Alors merci infiniment de cette coopération excellente. Dans tous les domaines évoqués nous avons une vision commune sur ce qu’il faut faire; ce n’est pas toujours facile de faire ce qu’il faut, mais au moins nous sommes d’accord sur ce qu’il faut faire et nous allons travailler ensemble pour réussir au maximum dans la perspective de la paix, des droits de l’homme et du développement durable.

Question: Il y a eu récemment à Genève des questions sur les salaires versés aux employés des Nations Unies. Cette question est-elle cruciale pour la présence de l’ONU à Genève ?

Secrétaire général: Ce n’est pas une question cruciale dans le sens que Genève est irréversible et il n’y a aucune façon de mettre en cause le caractère absolument central de Genève dans la vie des Nations Unies et dans la vie de la communauté internationale.

Mais naturellement, c’est une énorme préoccupation, celle de voir que les salaires de tous ceux qui travaillent à Genève vont avoir une réduction assez significative. Je l’ai discuté avec la commission internationale qui s’en charge. Je crains qu’il ne sera pas facile de changer les calculs qu’ils ont faits. J’espère qu’au moins on puisse obtenir des mécanismes de transition qui puissent permettre de mieux protéger nos fonctionnaires. Mais c’est en tout cas une source de très grande préoccupation de ma part.

Question: Quatre ans après la signature de l’accord entre Belgrade et Pristina pour négocier pour la normalisation de la situation dans la région, êtes-vous satisfait alors qu’à ce jour, le processus est en panne ? Et l’ONU est-elle prête à accueillir le Kosovo comme membre de l’ONU, parce que ce pays est déjà membre de l’UEFA et de la FIFA et de plusieurs organisations européennes?

Secrétaire général: Si vous me demandez si je suis satisfait, c’est évident que je ne suis pas satisfait. J’aimerais bien voir un progrès bien plus grand dans ce rapport, qui faciliterait la solution de beaucoup de questions, non seulement bilatérales mais dans le contexte des Balkans.

Mais il y a des mécanismes rigoureux pour l’admission des États aux Nations Unies. Ce n’est pas une décision du Secrétaire général; c’est une décision prise avec des formules précises d’action. Alors, la deuxième question que vous m’avez posée ne doit pas être posée au Secrétaire général des Nations Unies parce qu’il n’a pas la capacité de répondre.

Question: Monsieur Guterres, est-ce que vous pouvez concrétiser comment renforcer le rôle de la Genève internationale en tant que plateforme? Et quels sont les plus grands défis: est-ce que c’est le désengagement éventuel des États-Unis financièrement ou la concurrence des autres villes ?

Secrétaire général: Je crois qu’il y a deux domaines où je vois des perspectives extrêmement intéressantes d’une influence croissante de Genève dans le cadre des relations internationales.

La première est la perspective de la médiation elle-même. Ce n’est pas par hasard que, s’agissant du conflit le plus sérieux que nous avons aujourd’hui – le conflit syrien –, les négociations pour trouver une solution politique se fassent à Genève. Cela démontre que Genève est au centre des efforts et doit non seulement se maintenir au centre, mais doit avoir un rôle croissant dans les efforts de diplomatie préventive et de médiation des conflits et pour avoir des solutions politiques. On parle aujourd’hui beaucoup, et bien, qu’il faut combattre le terrorisme, et notamment en Syrie. Le combat contre le terrorisme ne réussira jamais si on ne trouve pas de solutions politiques aux crises auxquelles on fait face. Et pour trouver ces solutions politiques, Genève est une plaque tournante absolument essentielle.

Et le deuxième niveau – sans parler de toutes les actions en matière humanitaire et de développement, etc. – c’est que Genève sera une plateforme essentielle dans la mobilisation de la communauté internationale vers la concrétisation des Objectifs de développement durable. Et dans le domaine du développement, et dans le domaine de l’action politique pour la médiation et pour la paix, Genève va encore renforcer son rôle. Si en même temps on reconnaît que le Conseil des droits de l’homme siège à Genève, on voit que dans les trois piliers de l’action des Nations Unies, Genève joue aujourd’hui un rôle absolument central.

Question: inaudible

Secrétaire général: Vous parlez des défis pour le système multilatéral; ce ne sont pas les défis pour la Genève internationale. Il y a aujourd’hui des défis sérieux pour le système multilatéral; il faut que nous nous unissions pour que l’on puisse surmonter ces défis et que l’on puisse maintenir le caractère multilatéral de la réponse de la communauté internationale aux problèmes globaux que nous avons aujourd’hui.

(Extrait sonore du point de presse donnée par le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, avec le Conseiller fédéral, Chef du Département fédéral des affaires étrangères de la Confédération suisse, M. Didier Burkhalter, le 24 avril à Berne, Suisse)

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24/11/2017
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