Syrie : une Commission d'enquête de l'ONU accuse les deux camps de crimes de guerre à Alep

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Paulo Sergio Pinheiro, Président de la Commission d’enquête internationale de l’ONU sur la Syrie lors de sa conférence de presse à Geneve. Photo : ONU/Violaine Martin

Des enquêteurs indépendants des Nations Unies estiment que toutes les parties engagées dans la bataille d'Alep ont commis des crimes. Dans un rapport rendu public ce mercredi à Genève, la Commission d'enquête internationale de l'ONU sur la Syrie pointe du doigt aussi bien les forces gouvernementales que les groupes d'opposition engagés dans la bataille d'Alep, qui a abouti le 22 décembre 2016 à la reprise totale de la ville par le régime syrien.

« Ce qui s'est passé à Alep n'est pas nouveau ». Lors d'une conférence de presse ce mercredi au Palais des Nations, le Président de la Commission d'enquête internationale de l'ONU sur la Syrie a tenu à placer les crimes commis dans cette seconde ville syrienne dans un climat de totale impunité depuis cinq ans. Le Président Paulo Pinheiro a ainsi souligné que « toutes les parties ont commis de graves violations des lois humanitaires internationales constitutives de crimes de guerre ».  Dans ce rapport couvrant la période allant du 21 juillet, date du début du siège d'Alep par les forces du régime, au 22 décembre 2016, reprise de la ville, les enquêteurs de l'ONU ont surtout démontré le rôle des forces alliées du régime dans cette bataille d'une « violence implacable ». Dans « cette stratégie pour obtenir la reddition » des groupes rebelles, les forces russes et syriennes ont conduit des « frappes aériennes quotidiennes, faisant des centaines de morts et réduisant les hôpitaux, les écoles et les marchés en cendre ».  La répétition des bombardements opérés en vague par des hélicoptères et avions révèle des efforts «délibérés et systématiques visant des infrastructures médicales s'inscrivant dans cette stratégie pour faire capituler» l'ennemi.

Le document accuse aussi Damas d'avoir fait usage d'armes interdites comme le chlore ou les bombes à fragmentation. La commission relève ainsi que de nombreuses bombes improvisées au chlore ont été larguées par hélicoptère. Elle est catégorique: les forces aériennes syriennes sont les responsables de ces attaques.

L'un des points forts du rapport est sans doute l'attaque, le 19 septembre 2016, du convoi humanitaire des Nations unies et du Croissant-Rouge syrien, qui fit au moins une dizaine de civils tués. Pour s'assurer qu'il s'agissait bien d'une attaque aérienne, les experts de la Commission d'enquête ont analysé des fragments des bombes sur le site où s'est déroulée la tragédie. « Tous les rapports, images satellites, témoignages et expertises médico-légales sur le terrain impliquent les forces syriennes », selon l'enquête, qui estime que ces dernières ont « commis un crime de guerre ». « Les types de munitions utilisées, l'étendue de la zone visée et la durée de l'offensive donnent clairement à penser que l'attaque a été méticuleusement planifiée et menée avec détermination par l'armée de l'air syrienne pour empêcher l'acheminement de l'aide humanitaire et cibler les travailleurs humanitaires », souligne le rapport.

Par ailleurs, le document incrimine aussi les groupes rebelles armés à l'est d'Alep.  « Certains groupes armés ont également commis des crimes de guerre en ne distribuant pas l'aide humanitaire à la population assiégée qui vivait dans les zones sous leur contrôle, en privant les civils de toute liberté de circulation, en utilisant des civils comme boucliers humains, en procédant à des arrestations arbitraires et en se servant de bâtiments civils à des fins militaires ». Ces groupes armés ont également utilisé des armes sans discrimination, touchant mortellement de nombreux civils, en particulier à l'ouest d'Alep où ils ont mené une « campagne de bombardements indiscriminés ».

Le rapport qualifie enfin de « crime de guerre » l'accord final d'évacuation d'Alep-est, conclu sous l'égide de la Russie et la Turquie. « Aucun civil n'avait l'option de rester », souligne le texte qui ajoute que « de tels accords sont constitutifs de crimes de guerre » pour déplacement forcé de populations.

(Interview : Paulo Sergio Pinheiro, Président de la Commission d'enquête internationale de l'ONU sur la Syrie ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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18/10/2017
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