Soudan du Sud : la Présidente de la Commission des droits de l'homme dénonce un certain nombre de faits nouveaux préoccupants

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Des milliers de personnes déplacées dans le complexe de l'église Emmanuel à Yei, au Soudan du Sud. Photo HCR/Rocco Nuri

Le Soudan du Sud fait face à l'une des pires guerres en Afrique. Devant le Conseil des droits de l'homme ce mardi à Genève, la Présidente de la Commission sur les droits de l'homme au Soudan du Sud n'a pas pris tant de gants pour qualifier la situation à Juba ou ailleurs dans la Province d'Unité. Outre une situation humanitaire qui s'est aggravée ces dernières semaines et mettant en péril la vie de millions de Sud-Soudanais, Yasmin Sooka a décrit une augmentation massive des violations flagrantes des droits humains ces neuf derniers mois, conséquence de l'escalade des violences.

 

Les arrestations et détentions arbitraires, la torture, les viols et les assassinats sont devenus la norme et il est glaçant de constater que ces crimes touchent de plus en plus de régions du Soudan du Sud. Ce mardi à Genève, la Présidente de la Commission sur les droits de l'homme dans ce pays a décrit une sombre situation des abus au Soudan du Sud. Dans cette description faite aux pays membres du Conseil des droits de l'homme, Yasmin Sooka est revenue sur ces villages entiers partis en fumée, ces attaques contre des hôpitaux et des églises, ces corps jetés dans les rivières, sans oublier ces allégations faisant état de jeunes filles réduites à l'esclavage sexuel et de garçons enrôlés de force dans les forces armées.

Selon les enquêteurs de l'ONU, de nombreux Sud-Soudanais ont été visés par le Gouvernement et ses affidés en raison de leur ethnie. « Notre rapport indique clairement que les civils sud-soudanais ont été délibérément et systématiquement ciblés en fonction de leur appartenance ethnique par le gouvernement et les forces associées au gouvernement, fait remarquer Yasmin Sooka. Il s'agit de meurtres, enlèvement, détention illégale, privation de liberté, viol et violence sexuelle ainsi que l'incendie et le pillage des villages. Sur le terrain, cela se traduit par des cadavres attachés laissés sur les bords de la route, la faim où il y avait de l'abondance, et des milliers d'enfants cruellement séparés de leur mère  – certains contraints de porter des armes à feu et de tuer – encore une génération perdue. Le principe de distinction n'est pas respecté; Les citoyens sont traités comme des combattants adverses lorsqu'ils partagent la même ethnie que l'opposition. Les forces d'opposition ont elles aussi été responsables de violations des droits de l'homme, mais à un degré moindre ».

Par ailleurs, les experts de l'ONU ont décrit une ampleur effrayante des violences sexuelles. En conclusion, Mme Sooka a rappelé que la politique de l'apaisement ferait de la communauté internationale la complice du bain de sang.

Mais face à ce sombre tableau décrit par la Présidente de la Commission sur les droits de l'homme au Soudan du Sud, le Ministre de la justice et des affaires constitutionnelles du Soudan du Sud a regretté que le rapport de la Commission dépeigne le peuple de son pays comme inhumain et traitant les femmes comme des objets sexuels. Sur un autre plan, M. Paulino Wanawilla Unango a rappelé qu'en décembre dernier, le Président de la République du Soudan du Sud a lancé un processus de dialogue national en direction de toutes les composantes ethniques du pays et dont l'organisation a été confiée à deux institutions ne dépendant pas du Gouvernement.

Lors des débats, la Commission sur les droits de l'homme au Soudan du Sud a souligné que ce pays était responsable de la troisième plus grosse crise de réfugiés dans le monde, avec plus d'un million et demi de personnes qui ont fui le pays et 2 millions de personnes déplacées internes. Pour les deux seuls mois de janvier et février 2017, quelque 120.000 personnes ont rejoint l'Ouganda, a d'ailleurs indiqué Yasmin Sooka, la Présidente de la Commission.

(Extrait sonore : Yasmin Sooka, Présidente de la Commission sur les droits de l'homme au Soudan du Sud)

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20/10/2017
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