RCA : le Conseil des droits de l'homme préoccupé par l'insécurité dans le Ouaka

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Marie-Thérèse Keïta Bocoum, Experte indépendante sur la situation des droits de l'homme en République centrafricaine

Lors de l'examen de son rapport devant le Conseil des droits de l'homme ce mardi à Genève, une Experte indépendante de l'ONU a fait état d'avancées significatives dans l'élaboration d'un cadre législatif et institutionnel en Centrafrique. Des progrès marqués par la nomination d'un Procureur de la Cour pénale spéciale. Mais Mme Marie-Thérèse Keïta Bocoum a tout de même averti de la fragilité de la situation  sécuritaire dans ce pays qui s'est fortement détériorée dans les préfectures de Ouaka, Haute Kotto, Nana Gribizi, Ouham et Ouham Pende, avec des conséquences terribles pour les civils. Selon l'Experte indépendante sur la situation des droits de l'homme en République centrafricaine, des tensions et des violences persistent également dans le quartier PK5 de Bangui.

 

Au Conseil des droits de l'homme de l'ONU, l'Experte indépendante a mis en garde sur la mutation rapide que connaît la crise centrafricaine. Selon Marie-Thérèse Keïta Bocoum, la République centrafricaine (RCA) est en proie à une série de conflits locaux mettant aux prises des groupes armés ayant des alliances surprenantes. En effet, « les conflits qui semblaient opposer les communautés chrétiennes et musulmanes auparavant ont évolué vers des conflits entre des groupes qui seraient nationalistes, et d'autres qui seraient étrangers, avec parfois une connotation ethnique dangereuse », fait-elle remarquer.

L'Experte indépendante a d'ailleurs noté que dans la Ouaka et la Haute-Kotto, « les combats et cycles de représailles entre la coalition des ex-Séléka et les anti-Balaka, d'un côté, et l'UPC, de l'autre, ont engendré de nombreuses violations des droits de l'homme ». Elle a ajouté que des communautés civiles ont été attaquées parce qu'assimilées à des groupes armés, en raison de leur appartenance ethnique ». A cet égard, l'experte onusienne a indiqué avoir « été informée d'exactions contre des musulmans arabes et goulas, les forçant à trouver refuge du côté de la ville assimilé aux chrétiens ». Par ailleurs, plus de 3,000 peuls se sont réfugiés dans la ville, fuyant les combats et les exactions des groupes armés sur l'axe Bambari-Ippy-Bria. A Bakala, au nord de Bambari, « des dizaines de personnes auraient été exécutées et jetées dans des puits ou enterrées dans des fosses communes ».

Face à cette situation préoccupante, Mme Keïta Bocoum a salué l'intervention musclée de la Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation des Nations Unies en Centrafrique (MINUSCA) pour stopper l'avancée sur Bambari des éléments du Front populaire pour la renaissance de Centrafrique (FPRC) et le départ négocié des chefs de guerre de l'UPC («Mouvement pour l'unité et la paix en Centrafrique»), du FPRC et des anti-Balaka. Reste que ce regain de tension a des conséquences sur le plan humanitaire.  Près de la moitié de la population centrafricaine aurait besoin d'une assistance humanitaire. À la fin de février 2017, plus de 470.000 Centrafricains avaient trouvé refuge dans les pays voisins, et plus de 400.000 étaient déplacés à l'intérieur du pays.

En attendant, des initiatives sont prises pour ramener la paix en RCA. L'Experte cite à cet égard, « les efforts de mise en place progressive de comités locaux de paix et réconciliation à Bangui », mais aussi l'action des autorités traditionnelles dans la ville de Birao. Il semblerait que Birao ne connait pas actuellement de conflits intercommunautaires, grâce en grande partie, à l'action des autorités traditionnelles et de la population qui prônent le dialogue intercommunautaire et le vivre ensemble. Dans ces conditions, elle a plaidé pour la nécessité d'une stratégie de justice transitionnelle pour adresser l'impunité et la quête de justice et donner des chances à la réconciliation se fait malheureusement toujours sentir.

Lors des débats, le Représentant permanent de la République Centrafricaine auprès de l'ONU à Genève a reconnu que malgré des efforts incontestables, la récupération de la pleine souveraineté de l'Etat n'est pas achevée. L'Ambassadeur Léopold Samba a donc rappelé que son pays a besoin d'aide et d'assistance concrètes afin d'assurer la reddition de compte.

(Interview : Marie-Thérèse Keïta Bocoum, Experte indépendante sur la situation des droits de l'homme en République centrafricaine ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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15/12/2017
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