Myanmar : Une experte indépendante de l'ONU plaide pour la création d'une Commission d'enquête pour se pencher sur le sort des Rohingyas

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Yanghee Lee, Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme au Myanmar (Photo: ONU/Jean-Marc Ferré)

Lors de l'examen de la situation des droits de l'homme au Myanmar, il a été beaucoup question de la minorité Rohingyas ce lundi au Conseil des droits de l'homme. La Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme au Myanmar a rappelé que ses prédécesseurs et elle-même avaient à, plusieurs reprises, fait part de leurs préoccupations s'agissant de la discrimination et de la violence institutionnalisées dont sont victimes les Rohingyas vivant dans l'État de Rakhine, y compris du fait des forces de police.

 

La Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme au Myanmar a lancé un appel en faveur de la création d'une commission qui serait chargée d'enquêter, de manière impartiale, sur la discrimination systématique et structurelle dont sont victimes les Rohingyas et les autres minorités vivant dans l'État de Rakhine. Devant le Conseil des droits de l'homme, Yanghee Lee est revenu sur les témoignages de personnes réfugiées qu'elle a recueillis lors de sa visite au Bangladesh. Des témoignages qui montrent que des actes de terreur épouvantables ont été commis, tels qu'assassinats aveugles et viols collectifs.

Or selon elle, les commissions chargées par le Gouvernement d'enquêter sur la situation dans l'État de Rakhine n'ont pas encore rendu leur conclusion. Mais il n'est pas certain que la composition de ces commissions et leurs méthodes de travail leur permettent de travailler de manière efficace et indépendante, a relevé Mme Lee.

Dans ces conditions, elle a plaidé pour une enquête impartiale pour se pencher sur la discrimination systématique et structurelle dont sont victimes les Rohingyas et les autres minorités vivant dans l'État de Rakhine. Une autre enquête s'impose s'agissant des violations des droits de l'homme commises dans le cadre du conflit dans les États kachin et shan, a recommandé Mme Lee.

A cet égard, la Rapporteuse spéciale s'est dite très inquiète par ailleurs de l'escalade du conflit dans les États shan et kachin, un conflit qui a des conséquences dramatiques sur la population civile. Actes de torture, violences sexuelles, meurtres et enlèvements y sont en effet régulièrement dénoncés sans qu'aucune enquête ne soit effectuée.

Face à cette situation décrite par l'Experte indépendante de l'ONU, le Représentant permanent du Myanmar auprès de l'ONU à Genève a rejeté le recours à l'expression « crime contre l'humanité ». Selon l'Ambassadeur Htin Lynn, cette notion couvrait, en l'espèce, des allégations non vérifiées et partiales. Naypyidaw rejette aussi l'idée de créer une commission d'enquête comme le préconise la Rapporteuse spéciale. Le Myanmar n'en tolère pas pour autant l'impunité, a assuré sa délégation. La situation dans l'État de Rakhine est compliquée par nature, a relevé la délégation, et nécessite donc des réponses également compliquées. La communauté internationale devra à cet égard faire preuve de compréhension, a demandé la délégation. « La Commission consultative dirigée par l'ancien Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, travaille actuellement à trouver des solutions durables. La Commission publiera bientôt un rapport intérimaire alors que sa dernière session est prévue pour le mois d'août de cette année », a fait remarquer l'Ambassadeur du Myanmar.

(Extrait sonore ; Yanghee Lee, Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme au Myanmar)

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17/10/2017
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