Mali : c'est l'une des « opérations de maintien de la paix la plus meurtrière au monde aujourd'hui », s'alarme un Expert indépendant de l'ONU

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Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève.

S'il a salué une évolution positive avec l'installation des autorités intérimaires à Kidal, Gao et Ménaka ainsi que le lancement de patrouilles mixtes à Gao depuis le 23 février dernier, un Expert indépendant de l'ONU s'est préoccupé de la situation sécuritaire au Nord et Centre du Mali. Suliman Baldo a d'ailleurs souligné que « les attaques ciblées menées par les groupes extrémistes violents contre les forces de défense et de sécurité maliennes et les forces internationales ont fait de l'opération de maintien de la paix au Mali, l'une de plus meurtrière au monde aujourd'hui ». Devant le Conseil des droits de l'homme ce mardi à Genève, l'Expert indépendant sur la situation des droits de l'homme au Mali a donc tenu « à rendre hommage à ceux qui ont payé de leur vie  pour que le Mali retrouve la paix et la stabilité ».

 

La situation sécuritaire dans le nord et le centre du pays reste extrêmement volatile, comme en témoigne le nombre très élevé de fermetures d'école dans les zones affectées. Devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, l'Expert indépendant sur la situation des droits de l'homme au Mali a souligné que la situation des droits de l'homme dans ces régions est préoccupante et a décrit le sort des « civils exposés à d'énormes risques à cause des bandits et de groupes armés non contrôlés qui volent et attaquent les gens, des affrontements entre groupes armés qui sèment la peur et provoquent des déplacements ». Selon  Suliman Baldo, les civils y sont exposés à d'énormes risques à cause des groupes armés et des extrémistes qui s'en prennent tant aux civils, aux autorités maliennes qu'aux forces internationales. « Les groupes extrémistes prêchent une forme radicale de l'islam dans diverses zones du centre et de plus en plus, le sud du Mali. », avertit-il.

Toutefois, il a ajouté que la riposte du Gouvernement malien et des forces internationales ne respecte pas toujours les normes internationales en matière de droits de l'homme dans la lutte contre le terrorisme. « La réponse militaire des autorités maliennes et des forces internationales s'égare parfois des normes internationales en matière des droits de l'homme dans la lutte contre le terrorisme », a observé l'Expert indépendant qui a ajouté que « cela a pour conséquence des déplacements des populations mais aussi la radicalisation des jeunes qui pensent que cette injustice est entretenue par l'Etat ».

Par ailleurs, « l'impunité pour les violations et des abus des droits de l'homme commis dans le passé, et l'impunité pour des violations et abus commis de nos jours restent un vrai défi au Mali ». Or pour l'Expert indépendant, « c'est l'une des causes profondes de la situation qui prévaut dans le pays ». « Cette impunité devrait cesser », a-t-il plaidé tout en rappelant que le système judiciaire malien « n'est pas à même de s'attaquer au problème à cause de son absence ou faible présence sur des étendues entières du pays ».

Lors des débats du Conseil des droits de l'homme, Bamako a souligné que les abus mentionnés dans le rapport de l'Expert onusien sont, dans une large majorité, le fait des groupes armés djihadistes, à savoir la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), le Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (GATIA) et Ansar Eddine. Et face aux abus des droits de l'homme commis dans les zones contrôlées par l'État malien, les autorités judiciaires déploient des efforts importants pour donner une réponse judiciaire à tous les cas rapportés, a conclu Mme Aya Thiam Diallo, Représentante permanente du Mali auprès de l’ONU à Genève.

(Extrait sonore : Suliman Baldo, Expert indépendant sur la situation des droits de l'homme au Mali)

LE DERNIER JOURNAL
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20/10/2017
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