Libye : l'ONU alarmée par les graves abus notés lors des combats pour le contrôle des sites pétroliers dans l'Est

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Une fillette traverse une rue à Syrte. L'ONU alarmée par les graves abus signalés lors des combats pour le contrôle des sites pétroliers dans l'Est de la Libye (Photo UNICEF/G. Diffidenti).

En Libye, les combats semblent se déplacent désormais au nord-est du pays. L'enjeu semble être le contrôle des sites pétroliers de Ras Lanouf et d'Al-Sedra. Un conflit qui oppose les Brigades de défense de Benghazi (BDB) à l'Armée nationale orientale(ANL). Or cette reprise des hostilités n'est pas sans conséquences pour les civils. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme s'est alarmé de nombreux abus commis par les différentes parties au conflit dont des exécutions sommaires ou des arrestations arbitraires.

 

Depuis le 3 mars dernier marquant le déclenchement des hostilités dans la région pétrolière de l'Est de la Libye, les services du Haut-Commissaire Zeid indiquent avoir reçu de nombreuses informations faisant état de graves abus et de violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire commis par les parties au conflit. Ces rapports crédibles reçus par le Haut-Commissariat font état de meurtres, notamment des exécutions sommaires, des prises d'otages, des détentions arbitraires, des actes de torture. Des incursions généralisées contre des foyers de civils se sont produits en particulier dans les villes d'Ajdabiya, Benghazi, Brega et Beishir.

Le Haut-Commissariat rappelle que les deux principaux groupes armés qui luttent actuellement pour le contrôle du croissant pétrolier libyen sont les Brigades de défense de Benghazi (BDB) et l'Armée nationale orientale(ANL). Le 3 mars, le BDB et ses partisans ont repris le contrôle des sites pétroliers et les forces de l'ANL ont riposté avec des frappes aériennes répétées dans la région.

Lors de cette offensive, le Haut-Commissariat aux droits de l'homme indique avoir reçu de sérieuses allégations selon lesquelles deux combattants de l'ANL auraient été exécutés sommairement le 3 mars dernier au centre médical de Ras Lanouf. Des crimes qui auraient été suivis par des représailles de l'ANL. Les forces de Khalifa Haftar ont donc lancé des raids généralisés contre des foyers abritant des supposés partisans ou combattants du BDB. Des opérations qui se sont poursuivies par la détention des membres de leurs familles accusées d'être affiliées au BDB. Plus de 100 hommes et garçons ont été ainsi détenus pendant les raids de l'ANL. Les combattants de ce groupe armé auraient battu et brutalisé des hommes et des femmes et ont volé de l'argent et d'autres biens des maisons.

Le Haut-Commissariat rappelle à cet égard la détention d'adolescents et de septuagénaires. Dans l'un de ces cas, l'ANL aurait détenu un garçon de 13 ans pour forcer sa famille à remettre son frère aîné soupçonné d'être un combattant du BDB. Les détenus sont séquestrés et de nombreuses familles ont déclaré n'avoir aucune information sur leur sort. « Nous avons reçu des informations selon lesquelles les détenus auraient été torturés et menacés », fait remarquer Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat lors d'un point de presse ce mardi à Genève.

La porte-parole redoute d'ailleurs la poursuite des frappes aériennes de l'ANL dans les prochains jours, « entraînant de nouvelles violations des droits humains contre les civils ». Dans ces conditions, le Haut-Commissariat « exhorte toutes les parties au conflit à respecter pleinement les droits de l'homme et le droit international humanitaire et à prendre toutes les précautions possibles pour épargner les civils et pour traiter avec humanité tous les détenus. « Nous exhortons également tous ceux qui ont de l'influence à œuvrer pour désamorcer la situation », concluent les services du Haut-Commissaire Zeid.

(Mise en perspective : Alpha Diallo, Nations Unies/Genève)

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20/10/2017
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