Journée internationale de la femme : le nombre de femmes parlementaires piétine toujours

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Mme Amal Al Qubaisi est la première femme à présider le Conseil national de la fédération des Emirats arabes unis (Photo: UIP).

L'année 2016 n'a pas échappé à la règle. L'année dernière n'a pas en effet brillé en matière d'égalité hommes-femmes dans les parlements du monde. La moyenne mondiale est passée de 22,6 % en 2015 à 23,3 % fin 2016, selon l'étude annuelle de l'Union interparlementaire (UIP). L'UIP plaide donc pour des mesures plus ambitieuses et une plus grande volonté politique afin d'accroître la représentation des femmes au parlement et poursuivre les progrès significatifs enregistrés à travers le monde au cours de la dernière décennie.

 

A l'échelle mondiale, la part moyenne des femmes dans les parlements nationaux est passée de 22,6 % en 2015 à 23,3 % fin 2016. L'Union interparlementaire (UIP) parle donc d'une légère hausse surtout comparé aux données d'il y a dix ans qui montraient que les femmes détenaient 16,8 % des sièges parlementaires à travers le monde. Donc il s'agit d'avancées mais de progrès « bien maigres » avec une augmentation de 6,5 points au cours de la dernière décennie.  Ce rapport intitulé « Les femmes au parlement en 2016 » porte un regard sur l'année écoulée et a été publié en vue de la Journée internationale de la femme le 8 mars.

« Nous devons saisir l'occasion qui nous est offerte de consolider les avancées enregistrées ces dernières années car les progrès durement acquis peuvent souvent être éphémères et il est facile de régresser, notamment à une époque où il est de plus en plus difficile de s'engager en politique », fait remarquer le Secrétaire général de l'UIP, Martin Chungong.

La légère augmentation du nombre de femmes parlementaires contraste avec le taux de progression, plus élevé, du nombre de femmes Présidentes de parlement, lequel a atteint un sommet historique, avec 53 femmes à la tête d'une chambre parlementaire (sur 273 à l'échelle mondiale). En 2016, neuf nouvelles femmes ont été élues ou nommées Présidentes de parlement. L'an passé, les nouvelles Présidentes de parlement de la République arabe syrienne et du Viet Nam sont entrées dans l'histoire en devenant les premières femmes à être élues à une telle fonction dans leurs pays respectifs.

Il faut juste rappeler qu'en 2016, des élections législatives ont eu lieu dans 53 pays. Et un aperçu des données régionales de l'an passé montre que la plus forte progression des femmes au parlement a été enregistrée dans le Pacifique, région traditionnellement peu réputée pour la place des femmes en politique. A l'échelle régionale, la part moyenne des femmes au parlement est passée de 15,8 % en 2015 à 17,4 % en 2016. Cette progression est intervenue suite à l'adoption en 2012 de la Déclaration sur l'égalité des sexes par les dirigeants du Forum des îles du Pacifique, qui a notamment porté sur la question de la participation des femmes aux prises de décision.

En Europe, la représentation des femmes au parlement est passée de 24,4 % en 2015 à 26,3 % en 2016, avec des progressions notables enregistrées à Chypre, au Monténégro et en Islande. En Irlande, l'instauration, en 2012, d'un quota minimum de candidats par sexe a entraîné une hausse de 7,1 % du nombre de femmes à la chambre basse. D'importants reculs ont également été constatés, notamment en Croatie, au Belarus et en Lituanie. En Espagne, où la loi électorale impose un « équilibre entre les sexes », les femmes dépassent difficilement l'objectif de 40 %.

Encore une fois, les Amériques affichent la plus forte moyenne régionale de parlementaires femmes (28,1 %), avec une hausse de 0,9 point par rapport à 2015. Les réformes législatives visant à établir la parité aux postes de décision ont largement contribué à cette augmentation. Par exemple, le Nicaragua a rendu obligatoire la parité pour les listes présentées par les partis aux élections et la République dominicaine a instauré des quotas de candidats par sexe.

La mise en place de quotas électoraux hommes-femmes a également joué un rôle clé dans l'augmentation relativement modérée de la part de femmes parlementaires en Afrique subsaharienne (23,6 % en 2016, contre 23,2 % en 2015). D'ailleurs l'an passé, c'est sur contient que le seul Libéria a adopté une loi sur les quotas. « Cela montre que les quotas permettent aux pays d'assurer une représentation relativement stable des femmes au parlement », fait-on remarquer à l'UIP.

Toutefois dans les Etats arabes, la proportion de femmes au parlement a augmenté en 2016 pour atteindre 18,1%, dans le droit fil des progrès constatés au cours de la dernière décennie vers une plus grande participation des femmes à la vie politique. Comme à l'accoutumée, la situation n'a guère changé l'an passé en Asie, les élections n'ayant entraîné aucune évolution notable. La représentation des femmes au parlement a augmenté de 0,5%, passant de 18,8 % en 2015 à 19,3 % en 2016.

Face à cette situation, l'Union interparlementaire estime que des « mesures plus ambitieuses et une plus grande volonté politique sont nécessaires pour accroître la représentation des femmes au parlement » et poursuivre ainsi « les progrès significatifs enregistrés à travers le monde au cours de la dernière décennie ». « Le moment est venu de prendre des mesures plus ambitieuses pour accroître la participation des femmes et mieux faire entendre leur voix dans l'arène politique. Des progrès importants ont été accomplis ces dernières années, mais beaucoup reste à faire pour incarner l'égalité des sexes et la mettre en œuvre », a conclu M. Chungong.

(Interview : Martin Chungong, Secrétaire général de l'UIP ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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23/10/2017
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