Conseil des droits de l'homme : un expert indépendant soutient la nouvelle architecture de l'ONU dans la lutte antiterroriste

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Ben Emmerson, Rapporteur spécial sur la promotion et la protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste (Photo d’archives: ONU/J. M. Ferre).

Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a été saisi, ce vendredi à Genève, du rapport du Rapporteur spécial sur la promotion et la protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste. L'Expert indépendant en a profité pour attirer l'attention du Conseil sur la nécessité d'exiger des comptes de la part des responsables publics ayant commis des violations des droits humains dans la lutte antiterroriste. Ben Emmerson a d'ailleurs souligné que l'un des objectifs clés de l'ONU dans le cadre de la lutte antiterroriste reste la promotion des droits de l'homme, non sans rappeler les profonds changements notés dans la nature même du terrorisme international.

 

Avant d'esquisser les grandes lignes de ses propositions relatives au changement structurel à apporter à l'architecture onusienne dans le cadre de la lutte antiterroriste, Ben Emmerson est d'abord revenu sur les grandes mutations du terrorisme international ces dernières années. Devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, le Rapporteur spécial sur la promotion et la protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste a indiqué que durant les six dernières années, le nombre d'organisations extrémistes et terroristes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord a proliféré. Le modus operandi de ces groupes terroriste s'étant même développé.

Certains de ces groupes contrôlent parfois de grandes portions de territoires, ont mis en place des structures quasi-gouvernementales et ont fracturé l'intégrité territoriale des Etats.  Surtout, ils ont commis des violations graves et massives des droits de l'homme, y compris des crimes de génocide, et ils sont bien financés et actifs dans le recrutement des combattants terroristes, tout en participant à des conflits armés.

Dans ces conditions, Ben Emmerson juge essentiel que l'architecture des Nations Unies soit adaptée aux situations actuelles.  A cet égard, il a rappelé que l'intention déclarée de l'ONU d'intégrer la protection des droits de l'homme ne se traduira jamais dans la réalité sans une révision des responsabilités et des chevauchements des 38 entités, souvent sous-financées, qui s'en occupent actuellement. Une façon pour M. Emmerson d'inviter les Nations Unies à mettre en place une stratégie cohérente et exhaustive sur la question des droits humains et de la lutte contre le terrorisme.

Dans ce dispositif, il plaide pour une analyse des causes et conditions ayant contribué à l'émergence du terrorisme. Il encourage ainsi à évaluer la situation des droits humains dans les pays concernés et à établir une instance unique sur ce phénomène mondial au sein de l'ONU.

Dans ces recommandations, il soutient la création d'un nouveau poste de Secrétaire général adjoint pour la coordination antiterroriste qui pourrait en particulier œuvrer de concert avec le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme. Il a ensuite invité le nouveau Secrétaire général de l'ONU à veiller à un équilibre entre les trois piliers du système des Nations Unies, à savoir, la paix et la sécurité, le développement et les droits de l'homme.

Il faut juste rappeler que lors d'une réunion avec l'Assemblée générale le 22 février dernier à New York, le Secrétaire général de l'ONU avait proposé de créer un Bureau chargé de la lutte contre le terrorisme avec à sa tête un Secrétaire général adjoint. António Guterres avait ajouté que ses cinq principales fonctions seraient : de prendre la tête des mandats de lutte contre le terrorisme à travers le système des Nations Unies ; de renforcer la coordination et la cohérence entre les 38 entités du Bureau de l'Equipe spéciale de lutte contre le terrorisme (CTITF) afin d'assurer une mise en œuvre équilibrée des quatre piliers de la Stratégie antiterroriste de l'ONU ; d'accroître l'assistance apportée par les Nations Unies au renforcement des capacités de lutte contre le terrorisme des Etats membres ; d'améliorer la visibilité, le plaidoyer et la mobilisation de ressources pour les efforts de lutte contre le terrorisme des Nations Unies ; et de veiller à ce que la lutte contre le terrorisme soit prioritaire dans l'ensemble du système des Nations Unies.

(Extrait sonore : Ben Emmerson,  Rapporteur spécial sur la promotion et la protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste)

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20/10/2017
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