Conseil des droits de l'homme : terrorisme, lutte anti-drogue, Rohingyas et politique migratoire … Ce qu'il faut retenir du discours du Haut-Commissaire Zeid

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Le Conseil des droits de l'homme à Genève. Photo ONU/Elma Okic

Devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, le Haut-Commissaire Zeid a passé en revue la situation des droits humains dans le monde. Il a notamment condamné le regain de violence dans plusieurs pays en raison des attaques de groupes extrémistes et terroristes.  Le sort des musulmans Rohingyas, les mesures prises par Ankara dans le cadre de l'état d'urgence, la lutte anti-drogue aux Philippines et la politique migratoire aux Etats-Unis et en Europe ont été certains des thèmes examinés par le Chef des droits de l'homme de l'ONU ce mercredi à Genève.

 

Pour ce tour d'horizons des abus dans le monde, le Chef des droits de l'homme a d'abord déploré les bombardements et autres attaques terroristes contre les civils en Turquie.  Mais Zeid Ra'ad Al Hussein s'est néanmoins préoccupé des mesures prises par Ankara dans le cadre de l'état d'urgence, qui semblent viser les critiques et non pas les terroristes, notamment des élus, des juges ou des journalistes.

Au Myanmar, le sombre tableau décrit devant le Conseil des droits de l'homme fait état d'exécutions de masse, y compris d'enfants et de personnes âgées, ainsi que de violences sexuelles systématiques. Le Haut-Commissaire a ainsi demandé  au Conseil de créer au moins une commission d'enquête, eu égard à « la gravité des faits. Une situation, qui selon Zeid Ra'ad Al Hussein, « semble constituer des crimes contre l'humanité, relevant de la Cour pénale internationale ». A cet égard, il a dénoncé les opérations de contre-insurrection des forces sécuritaires qui visent en réalité à expulser les populations Rohingyas du Myanmar.

Toujours sur le continent asiatique mais dans le Pacifique, le Haut-Commissaire a souligné que plus de 7.000 personnes auraient été tuées depuis le lancement de la campagne antidrogue en juillet dernier.  M. Zeid s'est dit très inquiet des déclarations du Président philippin qui a admis avoir participé à des exécutions quand il était maire. Il a donc demandé une enquête rapide, indépendante et crédible sur cette question.

Sur le dossier des migrants, le Haut-Commissaire Zeid s'est préoccupé  par l'idée émergeant actuellement dans l'Union européenne d'ouvrir des camps de réfugiés en Afrique du Nord ou ailleurs. Des centres extraterritoriaux traitant « des questions de migration sans tenir compte des droits humains ». S'il a insisté sur le fait que « nombreux sont les citoyens ordinaires européens qui ont accueilli ou fourni un soutien aux migrants », il a toutefois souligné que leurs dirigeants politiques font de plus en plus « preuve d'une indifférence effrayante » quant au sort des migrants et des réfugiés. Il a ainsi pointé du doigt en particulier Budapest en critiquant la déclaration du Premier ministre hongrois au sujet de l'« homogénéité ethnique ».

Sur cette épineuse question des migrants, le Chef des droits de l'homme de l'ONU s'est également préoccupé par la nouvelle politique migratoire des Etats-Unis. Un nouveau dispositif qui interdit notamment l'accès au territoire à six ressortissants de pays à majorité musulmane.  Il s'agit de menaces particulièrement préoccupantes pour l'impact potentiel qu'elles peuvent avoir sur les enfants susceptibles d'être emprisonnés et privés de leur famille.

Selon Zeid Ra'ad Al Hussein « la stigmatisation de certains groupes comme les Mexicains et les musulmans et les fausses allégations selon lesquelles les migrants commettent plus de crimes que les citoyens américains sont des discours nocifs et qui alimentent la xénophobie ».

En conclusion, le Haut-Commissaire a estimé que 2017 sera une année importante et déterminante selon les réponses apportées à certains questions.  Les attaques violentes des groupes terroristes vont-elles conduire les Gouvernements à s'enfoncer dans le tout sécuritaire au détriment des droits de l'homme ? « Allons-nous tous nous élever ensemble ou allons-nous tous tomber ensemble ? », a fait remarquer M. Zeid en guise de dernière interrogation à l'endroit des pays membres du Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

(Mise en perspective : Alpha Diallo, Nations Unies/Genève ; avec un extrait sonore de Zeid Ra'ad Al Hussein, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme)

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23/10/2017
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