Conseil des droits de l'homme : « la Syrie est une chambre de torture », dénonce le Chef des droits de l'homme de l'ONU

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Zeid Ra'ad Al Hussein, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme

La Syrie toute entière est devenue une « chambre de torture ». Lors d'un panel ce mardi à Genève sur la situation des droits humains, le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme s'est alarmé de « l'injustice absolue » que vivent des millions de Syriens. Au Conseil des droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein a estimé que le conflit, qui entre dans sa septième année, est « la pire catastrophe provoquée par l'homme depuis la Seconde Guerre mondiale ».

 

Lors de ce débat sur la Syrie devant le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU, le Chef des droits de l'homme a rappelé que le conflit en Syrie a commencé par la torture : la détention et la torture, par des membres de forces de sécurité, d'un groupe d'enfants de Deraa ayant dessiné des graffiti anti-gouvernementaux sur les murs de leur école. « Alors que les manifestations se multipliaient, le gouvernement a attaqué et mené la guerre contre son propre peuple, engendrant des mouvements rebelles, alimentant des extrémistes violents et préparant le terrain pour une guerre régionale et par procuration », a poursuivi le Haut-Commissaire Zeid Ra'ad Al Hussein.

Au Conseil des droits de l'homme ce mardi à Genève, le Haut-Commissaire aux droits de l'homme a indiqué que le conflit, qui entre dans sa septième année, est « la pire catastrophe provoquée par l'homme depuis la seconde Guerre mondiale ». « Aujourd'hui, tout le pays s'est transformé en une salle de torture, fait remarquer Zeid Ra'ad Al Hussein. Une place où règnent l'horreur et une injustice absolue.  Alors que le conflit entre dans sa septième année, c'est la pire catastrophe provoquée par l'homme depuis la seconde guerre mondiale. Mais même les appels désespérés du peuple d'Alep l'an dernier n'ont eu peu ou pas d'impact sur les dirigeants mondiaux dont l'influence pourrait contribuer à mettre fin aux combats.  Les atrocités infligées à la communauté Yézidie par le groupe extrémiste Daech, notamment des enlèvements et ventes des filles et des femmes en tant qu'en esclaves sexuelles, n'ont pas conduit à une action rapide et décisive pour assurer la reddition des comptes.  Les vetos ont maintes fois repoussé l'espoir de mettre fin à ce carnage insensé et ont empêché de renvoyer les présumés des crimes internationaux devant la Cour pénale internationale ».

A cet égard, le Chef des droits de l'homme a rappelé que ses services sont en train de créer le « Mécanisme international, impartial et indépendant chargé de faciliter les enquêtes sur les violations les plus graves du droit international commises en République arabe syrienne depuis mars 2011 et d'aider à juger ceux qui en sont responsables ». Ce Mécanisme voulu par l'Assemblée générale dans sa résolution 71/248, travaillera aux côtés de la Commission d'enquête pour récolter des preuves et constituer des dossiers sur des suspects individuels, a précisé le Haut-Commissaire.

En attendant, le Chef des droits de l'homme de l'ONU a appelé les belligérants à arrêter de torturer et de commettre des exécutions sommaires, à laisser les acteurs humanitaires et observateurs internationaux travailler dans les centres de détention et à libérer les personnes détenues – ou à tout le moins à dire quelles sont ces personnes – et enfin à dévoiler les lieux d'inhumation des personnes décédées.

Il faut juste rappeler que Zeid Ra'ad Al Hussein avait ouvert le débat en observant que le Haut-Commissariat aussi bien que la Commission d'enquête se sont vu refuser l'accès à la Syrie, et qu'aucun observateur international des droits de l'homme n'a pu visiter les lieux où des dizaines de milliers de personnes probablement sont détenues et torturées.

De son côté, le Président de le Commission d'enquête internationale indépendante sur la République arabe syrienne a souligné que trop de voix ont été réduites au silence en Syrie même si les enquêteurs de l'ONU ont donné la preuve des abus de toutes les parties au conflit pour donner la voie aux victimes partout en Syrie. Paulo Sergio Pinheiro a d'ailleurs rappelé que les vingt rapports produits par sa Commission d'enquête montrent l'inimaginable souffrance des populations civiles et le nombre de violations et d'abus des droits de l'homme et du droit international humanitaire en Syrie depuis septembre 2011.  Dans ses recommandations, il a plaidé pour une recherche de solution qui assure la reddition des comptes pour les horribles abus infligés aux victimes. La Commission d'enquête a répété son appel au Conseil de sécurité pour que la situation de la Syrie soit renvoyée devant la Cour pénale internationale ou devant un tribunal spécial.

Ce débat du Conseil des droits de l'homme a également porté sur l'aspect humanitaire. Le Coordinateur humanitaire régional des Nations Unies a indiqué que plus de 13 millions de Syriens avaient besoin d'assistance et que depuis 2011, plus de la moitié de la population a dû fuir son foyer. Selon Kevin Kennedy, près de 650.000 personnes vivent encore dans des zones assiégées.

(Extrait sonore : Zeid Ra'ad Al Hussein, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme)

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18/10/2017
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