Conseil des droits de l'homme : la Présidente chilienne Michelle Bachelet plaide pour le multilatéralisme et dénonce la violence machiste

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Mme Michelle Bachelet, Présidente de la République du Chili lors de son allocution devant le Conseil des droits de l'homme (Photo: ONU/ J. M. Ferré).

Lors d'une réunion extraordinaire du Conseil des droits de l'homme ce mercredi à Genève, la Présidente du Chili a plaidé pour le multilatéralisme. Face aux nouveaux défis mondiaux, la Présidente Michelle Bachelet estime que pour arriver à des résultats durables, il nous faut plus de coopération, plus de dialogue, plus de consensus et d'action coordonnée.

A cet égard, l'ancienne Directrice exécutive d'ONU Femmes a plaidé pour plus d'efficacité des Nations unies et de son Conseil des droits de l'homme. La Présidente chilienne juge d'ailleurs « indispensable d'augmenter de 3% le budget ordinaire que l'ONU consacre au Conseil ». D'autre part,  elle ajoute qu'il est « essentiel de préserver l'essence même de ce Conseil et d'empêcher qu'il soit instrumentalisé à des fins spécifiques de tel ou tel Etat ». « Nous sommes tous responsables à ce que le système international fonctionne comme il se doit », a insisté la Présidente de la République du Chili.

 

« Garantir la paix et la sécurité est une tâche centrale pour l'édification d'un monde prospère et libre ». Devant l'enceinte du Conseil des droits de l'homme de l'ONU, la Présidente de la République du Chili a insisté sur l'importance des droits humains qui constituent, selon Michelle Bachelet, « le pilier qui justifie même l'essence des Nations unies ». Une façon aussi d'attirer l'attention des membres de l'organe onusien basé à Genève sur l'importance des autres piliers des Nations Unies, à savoir la paix, la sécurité, le développement durables de nos sociétés afin de « placer les êtres humains, avec leur dignité et leurs droits, au centre de nos politiques et de nos décisions ».

Cela étant dit, la Cheffe d'Etat chilienne est revenue sur certains des défis des droits humains les plus urgents de la planète. Selon Mme Bachelet, « nous assistons à d'importants revers dans des domaines essentiels qui préoccupent le Conseil, telles que les questions de l'égalité, de non-discrimination fondée sur la nationalité et la religion, le sexe, la race et l'ethnie ». Autre sujet de préoccupation soulevée par Santiago, les situations « de disparitions forcées, d'exécutions extrajudiciaires » sans oublier « une augmentation préoccupante de la pratique de la torture qui dans certains cas, pourraient constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l'humanité ».

Mais pour l'ancienne Directrice exécutive d'ONU Femmes, « les revers spectaculaires » sont répertoriés « dans le domaine de l'égalité des genres et de la protection des femmes et des jeunes filles contre la violence machiste ».

Surfant sur l'actualité brûlante et dénonçant la situation qui prévaut présentement en Syrie, la Présidente chilienne s'est préoccupée du sort des migrants et des réfugiés. « On ne respecte pas le droits des réfugiés et des migrants, et pire encore, que des discours xénophobes prolifèrent en Europe et dans le monde, comme si s'était affaiblie ces dernières années la conscience du fait que ce type de discours a, par le passé, provoqué des conflits armés de grande ampleur», a déclaré Mme Bachelet.

Par ailleurs, la Présidente de la République du Chili a émis quelques critiques sur la conduite de l'économie mondiale, une critique à peine voilée contre les inégalités et la mondialisation.

« S'il est vrai que l'ouverture des marchés a engendré une augmentation des revenus, de nombreuses personnes ne peuvent en bénéficier et sont touchées par la pénurie et le manque de protection », fait-elle remarquer. Rappelant la « fracture croissante et la perte de confiance à l'égard des gouvernements », la Cheffe d'état chilien s'est insurgée à « l'idée qu'un petit nombre seulement bénéficie et que beaucoup souffrent avec un mécontentement social qui en découle et le rejet des institutions politiques, l'incertitude se fait sentir ».

Dans ces conditions, Santiago invite les Etats membres du Conseil des droits de l'homme et la communauté internationale, « d'entendre le mal être de nos citoyens ». Car selon elle, « ce n'est que l'expression de la désillusion d'une promesse de développement frustré et pour laquelle ils ont travaillé au prix de beaucoup d'efforts ». «  Ces citoyens nous montrent que dans leur vie quotidienne, sur leurs lieux de travail ou dans les écoles, l'on voit encore les effets négatifs d'un développement inéquitable ».

Et cette fracture et cette défiance des citoyens se manifestent également par « une perte de confiance croissante dans les institutions multilatérales ». « Tous nos pays ont une responsabilité commune. Nous devons renforcer nos capacités de dialogue », a-t-elle souligné. En conclusion, elle a noté qu'aucun pays, quel que soit son pouvoir, « n'est à l'abri de ses problèmes, ni ne peut les résoudre en construisant des murs réels ou symboliques ». « Ceux qui ne comprennent pas ce principe simple mais crucial vont reculer sur le chemin que nous avons parcouru au prix de lourds efforts tout au long de l'histoire de l'humanité ».

Par conséquent, le moment est venu d'agir, a déclaré la Présidente du Chili, affirmant que «le Conseil des droits de l'homme a un impératif moral, mais aussi un mandat, pour contribuer à la promotion de ces idéaux». La Présidente chilienne a ainsi invité la communauté internationale, « assumer le défi de l'Objectif 2030 » pour que « personne ne soit laissé pour compte ». Elle juge également indispensable de réfléchir sur les moyens d'augmenter les 3% du budget régulier que l'ONU consacre actuellement à l'ordre du jour des droits de l'homme, a estimé Mme Bachelet.

En début de réunion, le Conseil a également entendu, par vidéotransmission, une déclaration du Haut-Commissaire aux droits de l'homme. M. Zeid Ra'ad Al Hussein a notamment souligné que le Chili avait fait de grands pas depuis la fin de la dictature, mais que trop de familles ne savent toujours pas la vérité sur ce qui est advenu de leurs proches.  Rappelant le caractère inaliénable du droit à la vérité pour les victimes de violations massives des droits de l'homme, il a ajouté que toute éventuelle mesure de pardon ou de libération anticipée des auteurs (de ces violations) doit être soigneusement examinée à la lumière du droit relatif aux droits de l'homme.  Après avoir salué un certain nombre de réformes législatives très importantes proposées par le Gouvernement chilien, M. Zeid a en outre souligné que dans la région de l'Auricanie, le Haut-Commissariat est préoccupé par des informations faisant état d'usage excessif de la force et d'autres abus à l'encontre des membres des groupes autochtones.

Il faut juste rappeler que lors de cette réunion spéciale, le Chili a réaffirmé sa volonté de postuler pour réintégrer ce Conseil pour la période 2018-2020, a indiqué la Présidente chilienne, demandant à tous les pays présents, membres et observateurs du Conseil des droits de l'homme, leur vote de confiance.

(Mise en perspective : Alpha Diallo, Nations Unies/Genève)

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12/12/2017
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