Burundi : la Commission d'enquête dénonce la poursuite de graves violations des droits humains

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La Commission d'enquête sur le Burundi s'est inquiétée, ce lundi à Genève «par l'ampleur et la gravité des violations des droits de l'homme » dans ce pays. « Sur la base d'une série de premiers entretiens que nous avons menés avec diverses sources, il ressort que les tendances observées en 2015 et 2016 persisteraient », ont souligné les enquêteurs de l'ONU.

 

La Commission d'enquête fait état d'une persistance d'allégations de violations des droits à la vie et à l'intégrité physique, évoquant en particulier la multiplication des disparitions forcées. Les arrestations, notamment des opposants au régime, continuent d'être rapportées tout comme les allégations de torture. « D'après les informations portées à notre connaissance, les violations du droit à la vie et à l'intégrité physique de la personne persistent au Burundi, fait remarquer Fatsah Ouguergouz, Président de la Commission d'enquête sur le Burundi. Même si par rapport à 2015 elles semblent être commises d'une manière plus clandestine ou prendre de nouvelles formes. Les allégations de disparitions forcées se sont multipliées, tout comme celles faisant état de recours à des lieux de détention non officiels. Une peur profonde semblerait s'être installée au sein de la population burundaise ».

A en croire les membres de la Commission d'enquête, cette peur constituerait un obstacle supplémentaire aux enquêtes sur les violations particulièrement sensibles, telles que les violences sexuelles, dont plusieurs cas ont été rapportés depuis 2015. Les précisions de Fatsah Ouguergouz, Président de la Commission d'enquête sur le Burundi : « Nous avons reçu des témoignages selon lesquels le phénomène de découverte de cadavres, parfois mutilés, pendus ou avec les bras ligotés, qui avait pu être observé en 2015 et début 2016, a repris ces derniers mois. Dans de nombreux cas, ni les victimes, ni les auteurs présumés n'auraient pu être identifiés ».

Les membres de la Commission d'enquête ont également fait état de pratiques d'extorsion et de rançonnement qui se seraient renforcées suite à un affaiblissement de l'Etat de droit. Plusieurs sources font état d'une forme de privatisation des activités de maintien de l'ordre notamment au profit de membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure.

Toutefois, le Burundi a rejeté le rapport présenté par la Commission et qualifiant son contenu de « fausses allégations ».  L'Ambassadeur du Burundi à Genève a d'ailleurs souligné que tant que le contentieux avec l'enquête indépendante des Nations Unies sur le Burundi ne sera pas vidé, il sera impossible que la Commission travaille avec Bujumbura. Mais l'Ambassadeur Rénovat Tabu joue aussi la carte de l'apaisement.  « Mon pays demande à la communauté internationale d'être écouté, y compris d'être objectivement jugé, de reconnaître les efforts déployés par le gouvernement pour améliorer la situation des droits de l'homme et de comprendre que la solution à la crise créée par les opposants au pouvoir doit être trouvée par les Burundais eux-mêmes, entre eux et dans le cadre de leurs institutions légitimes et de la facilitation en cours. Le Burundi souhaite bien collaborer avec le Conseil et le Bureau du Haut-Commissariat aux droits de l'homme, mais dans le respect de sa souveraineté et non pas contre elle, comme cela se remarque depuis quelques temps. En vue de restaurer en profondeur les conditions de la confiance de notre peuple envers la communauté internationale, le Burundi est prêt à travailler à des solutions pérennes basées sur le respect mutuel ».

Dans tous les cas, la Commission d'enquête a réitéré à Bujumbura son appel à la coopération. Des enquêteurs qui rappellent qu’il leur reste encore six mois pour conduire ces investigations sur les violations des droits humains au Burundi. Par ailleurs, près de 400.000 burundais ont fui le pays depuis le mois d'avril 2015, de peur des violences ou en raison de difficultés économiques.

(Mise en perspective : Alpha Diallo, Nations Unies/Genève ; avec des Extraits sonores de Fatsah Ouguergouz, Président de la Commission d'enquête sur le Burundi ; et Rénovat Tabu, Représentant permanent du Burundi auprès de l'ONU à Genève)

LE DERNIER JOURNAL
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20/09/2017
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