UNESCO: le monde a besoins de plus de chercheuses

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Des étudiantes dans un laboratoire universitaire à Serdang, en Malaisie. Photo Nafise Motlaq/Banque mondiale

A la veille de la Journée internationale des femmes et des filles en sciences, un rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) montre que les chercheuses sont toujours minoritaires en génie et en informatique, alors qu’elles ont atteint la parité en sciences de la vie dans de nombreux pays.

Les femmes représentent désormais 53% des titulaires d’une licence ou d’un mastère et 43% des docteurs, mais seulement 28% des chercheurs dans le monde, précise ce Rapport de l’UNESCO sur la science vers 2030.

« Les filles continuent de se heurter aux stéréotypes et aux restrictions d’ordre social et culturel qui limitent leur accès à l’éducation et aux financements de la recherche, les détournent des carrières scientifiques et les empêchent de réaliser tout leur potentiel. Les femmes restent une minorité parmi les chercheurs et les décideurs dans le domaine scientifique », a souligné la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, dans un message pour la Journée.

« Il faut autonomiser les filles et les femmes à tous les niveaux, dans l’apprentissage et la recherche, dans l’administration et l’enseignement, et dans toutes les disciplines scientifiques », a-t-elle ajouté.

 

Manifeste de l’UNESCO pour les femmes et la science

L’UNESCO et la fondation L’Oréal ont lancé l’an dernier un manifeste pour les femmes et la science, invitant les gouvernements et les parties concernées à encourager la pleine participation des filles et des femmes à la science.

« Nous devons encourager les filles et les femmes en offrant aux jeunes scientifiques des possibilités de tutorat pour les accompagner dans l’évolution de leur carrière. Nous devons mieux faire connaître le travail accompli par les femmes scientifiques en offrant à celles-ci des chances égales de participer à divers organes et manifestations scientifiques de haut niveau et de les diriger », a déclaré Mme Bokova.

La situation au niveau mondial masque d’importantes disparités intrarégionales. Ainsi, 52% des chercheurs sont des femmes aux Philippines et en Thaïlande, et la parité est presque atteinte en Malaisie et au Viet Nam, mais seulement un chercheur sur trois est une chercheuse en Indonésie et à Singapour. Au Japon et en République de Corée, deux pays qui se caractérisent par un important contingent de chercheurs et une sophistication technologique indéniable, seuls 15% et 18% d’entre eux sont des femmes, respectivement.

Il existe par ailleurs de grandes disparités entre les régions. La parité est atteinte chez les chercheurs en Europe du sud-est, par exemple, et l’est presque avec 44% de femmes dans la recherche en Asie centrale, ainsi qu’en Amérique latine et aux Caraïbes. En revanche, dans l’Union européenne, seul un chercheur sur 3 (33%) est une femme, et 37% dans le monde arabe. Les femmes sont également mieux représentées en Afrique subsaharienne (30%) qu’en Asie du Sud (17%).

La forte représentation des femmes diplômées dans les sciences de la vie est une constante ; elles ont désormais atteint la parité (45 à 55% des chercheurs) dans de nombreux pays. Dans certains cas, la balance penche même en leur faveur. Ainsi, six chercheurs sur dix sont des chercheuses au Bélarus et en Nouvelle-Zélande aussi bien en sciences médicales qu’en agronomie. Plus des deux tiers des chercheurs en sciences médicales sont des femmes à El Salvador, en Estonie, au Kazakhstan, en Lettonie, aux Philippines, au Tadjikistan, en Ukraine et au Venezuela.

 

Sous-représentation constante des femmes dans les sciences de l’ingénieur

Les femmes sont sous-représentées de façon constante dans les sciences de l’ingénieur. En Israël, par exemple, où elles forment 28% du corps professoral de haut niveau, leur présence reste marginale dans les sciences de l’ingénieur (14%), la physique (11%), ainsi que les mathématiques et l’informatique (10%), par rapport à l’éducation (52%) et aux professions paramédicales (63%).

Au Japon et en République de Corée, les femmes ne représentent que 5% et 10% des ingénieurs, respectivement. Ce sont ces deux pays qui comptent les écarts de rémunération entre chercheurs et chercheuses les plus importantes parmi les membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques, à savoir un écart de 29% au Japon et de 39% en République de Corée.

En Amérique du Nord et dans une grande part de l’Europe, peu de femmes sont diplômées en génie, physique, mathématique et informatique. Ainsi, la proportion d’ingénieures n’est que de 19% au Canada, en Allemagne et aux États-Unis et de 22% en Finlande, par exemple, mais il existe quelques heureuses exceptions : à Chypre, 50% des diplômés en sciences de l’ingénieur sont des femmes, au Danemark 38% et en Fédération de Russie 36%.

Moins de femmes dans l’informatique

L’analyse du secteur de l’informatique montre une diminution régulière du nombre de diplômées depuis 2000, en particulier dans les pays à revenu élevé. Entre 2000 et 2012, la proportion de diplômées en informatique a diminué en Australie, aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande et en République de Corée.

La situation est particulièrement inquiétante en Amérique latine et aux Caraïbes : dans tous les pays pour lesquels des données sont disponibles, la proportion de diplômées en informatique a chuté de 2 à 13 points de pourcentage depuis 2000.

Il existe cependant des exceptions. En Europe, le pourcentage de diplômées est passé de 15% à 24% au Danemark entre 2000 et 2012, et de 10% à 17% en Allemagne, mais ces taux restent néanmoins très faibles. En Turquie, la proportion de diplômées en informatique, d’un score déjà relativement haut de 29%, a grimpé à 33%.

En Malaisie, le secteur des technologies de l’information est composé à parts égales d’hommes et de femmes, et un grand nombre d’entre elles travaillent comme professeur d’université et dans le secteur privé. En Inde, l’augmentation considérable du nombre de diplômées du premier cycle universitaire en sciences de l’ingénieur pourrait indiquer un changement d’attitude à l’égard de cette spécialité dans ce pays, habituellement perçue comme un secteur « masculin ». C’est aussi le signe d’un intérêt de la part des parents, puisque leurs filles sont assurées de trouver du travail dans ce secteur en plein essor et de faire un bon mariage.

 

(Mise en perspective :  Cristina Silveiro)

 

 

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20/10/2017
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