Soudan du Sud: l'état de famine déclaré dans plusieurs zones du pays

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Près de cinq millions de personnes, soit presque la moitiée de la population sud-soudanaise, ont besoin d’urgence d’une aide alimentaire (photo: FAO)

La situation de famine a officiellement été déclarée par le gouvernement du Soudan du Sud dans certaines régions du pays. Selon les Nations Unies, dans les zones les plus affectées par les conflits et par l'effondrement de l'économie nationale, 100.000 personnes risquent de mourir de faim et 1 million sont classées comme étant au bord de la famine.

 

Le gouvernement sud-soudanais a annoncé ce lundi 20 février 2017 que la famine frappe pour la première fois plusieurs zones du Soudan du Sud, ravagé par la guerre depuis plus de trois ans, alors que près de la moitié de la population du pays nécessite une assistance alimentaire. Plusieurs zones de la région d'Unité (nord) sont désormais « classifiées comme étant en famine » ou qui courent le risque d'être en famine. Selon Juba, le nombre de personnes en situation d'insécurité alimentaire devrait atteindre les 5,5 millions à son pic, lors de la saison maigre en juillet, si rien n'est fait pour atténuer l'intensité de la crise alimentaire et empêcher qu'elle ne se propage.

Ce lundi même, trois organisations des Nations unies, le Fonds pour l'enfance (Unicef), l'Organisation pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM), ont indiqué que 100.000 personnes dans la région d'Unité risquent de mourir de faim sans aide d'urgence. « La plus grande tragédie du rapport publié aujourd'hui… c'est que le problème a été causé par l'homme », a lui regretté Eugene Owusu, coordinateur des affaires humanitaires de l'ONU pour le Soudan du Sud.

La déclaration formelle de l'état de famine signifie que des gens meurent déjà de faim. Il s'agit de la pire famine depuis le début du conflit, il y a un peu plus de trois ans.

«La famine fait maintenant partie de la réalité tragique de plusieurs régions du Soudan du Sud et nos pires craintes se sont réalisées. De nombreuses familles ont épuisé tous les moyens en leur possession pour survivre», a déclaré M. Serge Tissot, Représentant de la FAO au Soudan du Sud.

Face à cette situation, les organisations onusiennes ont insisté sur l'importance de garantir le libre accès de l'aide humanitaire à toutes les personnes confrontées à la famine ou menacées de famine afin de remédier à la catastrophe. Empêcher que la famine ne se propage davantage ne pourra être possible que si nous intensifions l'aide humanitaire et qu'elle atteigne les populations les plus vulnérables.

Il faut juste rappeler que trois années  de conflit ont gravement compromis la production agricole et les moyens d'existence ruraux à travers le pays. La recrudescence des violences depuis juillet 2016 a contribué à l'effondrement de la production agricole, y compris dans les zones auparavant stables. L'inflation en hausse – de 800 pour cent sur un an – et la défaillance des marchés ont également affecté les zones qui dépendaient depuis toujours des marchés pour satisfaire leurs besoins alimentaires. Les populations urbaines peinent également à s'en sortir face à une hausse importante des prix des produits alimentaires de base.

Le cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) est le standard le plus utilisé, notamment par les Nations unies. L'IPC distingue cinq phases possibles dans la situation alimentaire d'un pays, la cinquième étant celle de « catastrophe/famine ». Quand plus de 20% de la population d'une région est en « catastrophe », que le taux de mortalité est supérieur à deux personnes pour 10.000 par jour et qu'une malnutrition aiguë touche plus de 30% de la population, l'état de famine est déclaré.

(Extrait sonore : Luca Russo, Conseiller stratégique principal pour la résilience au siège de la FAO ; Propos recueillis par Murielle Sarr)

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13/12/2017
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