Nigéria: La crise alimentaire s'aggrave et se propage vers le bassin du Lac Tchad

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Des hommes travaillent dans une ferme située dans la périphérie de la ville de Zaria, dans l'Etat de Kaduna, au nord du Nigéria. Les Etats de Yobe, Borno et d'Adamawa, les plus durement touchés, n'ont pas connu de récoltes depuis trois à quatre ans. (Photo : Crédit ONU/FAO)

Les organisations des Nations Unies et plusieurs gouvernements se rencontrent à Oslo ce vendredi 24 février, dans le cadre d'une conférence humanitaire en faveur de la région du Nigéria et du Bassin du lac Tchad, afin d'empêcher une propagation de la crise humanitaire.

A cette occasion, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) avertit, alors que les conflits et l’instabilité perdurent, que la situation de la sécurité alimentaire au Nigéria et dans le bassin du Lac Tchad est en nette détérioration. L’Organisation appelle la communauté internationale à agir rapidement et de manière déterminée afin de protéger les moyens d’existence de millions de foyers dépendants de l’agriculture, du bétail et de la pêche pour leur survie.

Alors que la prochaine campagne de semis devrait débuter en mai et sachant que le fourrage pour animaux, ainsi que les points d’eaux se feront rares au cours de la saison maigre, il est essentiel que les semences, les outils et une aide au bétail parviennent jusqu’à ces familles de manière urgente afin de limiter l’ampleur de la crise qui concerne maintenant quatre pays : le Cameroun, le Tchad, le Niger et le Nigéria.

Près de 7,1 millions de personnes sont maintenant confrontées à une insécurité alimentaire grave dans les quatre pays. Parmi eux, 515 000 enfants souffrent de malnutrition aigüe sévère, une maladie qui, si non traitée, peut entraîner des dégâts irréparables lors du développement d’un enfant et peut même lui être fatal.

La FAO fait partie des organisations de l’ONU et des gouvernements qui participent aujourd’hui à la Conférence humanitaire d’Oslo, organisée en vue de mobiliser des fonds internationaux pour la région en crise, où 80 à 90 pour cent des personnes dépendent de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage pour leurs moyens d’existence.

«Dans les zones les plus affectées, la menace de la famine continue de planer et des millions de personnes resteront aux prises avec une grave crise de la faim si nous ne permettons pas aux agriculteurs de cultiver maintenant», a déclaré M. Dominique Burgeon, Directeur de la Division des urgences et de la réhabilitation de la FAO, qui représente d’ailleurs la FAO lors de la conférence.

«Nos efforts collectifs ne peuvent se limiter à éviter principalement une famine de masse, ils doivent également permettre aux gens de mener à nouveau une vie digne et soutenir l’agriculture est la solution pour atteindre ces deux objectifs», a-t-il indiqué.

Selon M. Burgeon, en plus de réduire les souffrances liées a la faim et de renforcer la nutrition, investir dans les agriculteurs permet également de créer davantage d’opportunités d’emploi, ce qui contribuera à réduire les migrations et les risques de radicalisation chez les jeunes au chômage.

La crise s’étend au-delà des frontières

Les violences liées au groupe armé Boko Haram dans le Nord-Est du Nigéria se sont étendues à certaines régions des pays voisins situés dans le bassin du Lac Tchad, à savoir l’extrême Nord du Cameroun, l’Ouest du Tchad et le Sud-Est du Niger, avec des répercussions dévastatrices sur la sécurité alimentaire et les moyens d’existence.

Alors que le bassin du Lac Tchad s’approche à grands pas d’une période cruciale au niveau du calendrier agricole, la FAO demande de manière urgente 30 millions de dollars pour apporter une aide immédiate et permettre aux familles agricoles des quatre pays de se préparer à semer lors de la prochaine campagne de semis, qui aura lieu en mai, et pour les empêcher de devenir dépendants de l’aide alimentaire à long terme.

Au total, ces trois prochaines années, 232 millions de dollars seront nécessaires afin de sécuriser la production alimentaire et l’accès à l’alimentation de trois millions de personnes dans les zones les plus durement touchées. La plupart des fonds demandés (soit près de 191 millions) seront utilisés à destination du Nigéria, qui paie le plus lourd tribut de la crise.

Les violences et les déplacements de population accentuent la gravité de la crise alimentaire

Les violences ont déplacé des millions de personnes dans les quatre pays et ont entravé l’accès aux terres et aux actifs, provoquant des besoins humanitaires immenses dans une région déjà confrontée à l’insécurité alimentaire, à la pauvreté et à la dégradation environnementale. Les communautés hôtes, en particulier, s’efforcent, depuis plusieurs années maintenant, de se nourrir et de nourrir les déplacés.

Alors que l’accès humanitaire s’améliore, révélant par ailleurs l’ampleur des répercussions du conflit, le temps est venu de soutenir les personnes qui sont restées sur leurs terres et celles qui ont décidé de reconstruire leurs moyens d’existence.

Dans l’Etat de Borno, le nombre de personnes confrontées à une insécurité alimentaire de crise, d’urgence, puis de catastrophe ( de la phase 3 à la phase 5 sur l’échelle utilisée par les organisations humanitaires) est passé de 2 millions en août 2016 à 3,3 millions en octobre-décembre 2016. Les personnes les plus affectées dans ce groupe ne sont pas en mesure de se nourrir et ont épuisé toutes leurs ressources en vendant leurs affaires, dont leurs semences, leurs outils et leurs animaux. Sans intervention, ce chiffre devrait augmenter pour atteindre les 3,6 millions à son pic lors de la saison creuse en août 2017.

Selon l’ONU, près de 120 000 personnes seront confrontées à la famine au Nigéria. Parmi eux, la plupart (96 pour cent) devraient se trouver dans l’Etat de Borno.

Cibler les personnes les plus vulnérables

Une aide agricole d’urgence doit être associée à une aide alimentaire pour s’avérer fructueuse pendant la prochaine saison creuse. A cet effet, la FAO collabore avec le Programme alimentaire mondial afin de s’assurer que les familles vulnérables (principalement les déplacés internes et les communautés hôtes) bénéficient d’une aide alimentaire, ainsi que d’une aide aux moyens d’existence agricoles, par le biais de la fourniture de semences, d’outils et d’engrais. De cette façon, ces derniers seront en mesure de restaurer et de protéger leurs moyens d’existence et leurs actifs agricoles pour la production alimentaire en cours.

La stratégie à long-terme de la FAO pour la région du Lac Tchad met l’accent sur le soutien aux réfugiés, aux déplacés internes et aux communautés hôtes, car ils représentent les groupes les plus vulnérables dans cette crise. Ces interventions visent à améliorer leur sécurité alimentaire, leur nutrition et à renforcer leur résilience de manière à ce qu’ils soient mieux préparés à faire face aux futurs chocs. En outre, rétablir les moyens d’existence agricoles permettra d’ouvrir la voie vers le rétablissement et le processus de paix dans les zones affectées.

Cette stratégie comprend la fourniture d’intrants pour le bétail et l’agriculture, mais également l’organisation de formations techniques, des transferts d’argent, des conseils en matière de gestion des ressources naturelles et une aide en vue de mettre en place des fonds communautaires visant à réduire leur vulnérabilité face aux chocs.

(Interview : Daniele Donati, Directeur adjoint de la Division des urgences et de la réhabilitation de la FAO; propos recueillis par Muriel Sarr, FAO)

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15/12/2017
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