Myanmar : « possibles crimes contre l'humanité » contre les musulmans Rohingyas

Écouter /

Les déplacés du camp de Thet Kae Pyin à Sittwe, dans l'Etat de Rakhine, Myanmar. (archives) Photo: OCHA/P.Peron

Des centaines de musulmans Rohingyas auraient été tués dans l'ouest du Myanmar depuis le lancement début octobre d'une opération de l'armée contre cette minorité. Les services du Haut-Commissaire Zeid dénoncent des violations “sans précédent”, citant par exemple l'assassinat 'enfants âgés parfois de huit mois. Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme note que dans l'Etat de Rakhine, l'armée a perpétré de « possibles crimes contre l'humanité » contre les Rohingyas musulmans.

 

Ce sont les résultats d'enquêtes menées par l'ONU auprès de plus de 200 personnes qui ont fui l'Etat de Rakhine pour se rendre au Bangladesh. Des témoignages qui décrivent des assassinats, des disparitions forcées, des cas de torture, viols et autres formes de violences sexuelles. Et selon le Haut-Commissariat aux droits de l'homme, ces attaques ciblées et systématiques contre la population Rohingya pourraient constituer des crimes contre l'humanité. Ces effroyables récits décrivent des femmes et des jeunes filles violées, des hommes brûlés ou encore des bébés et des enfants massacrés à coups de couteau. Les services du Haut-Commissaire Zeid citent le cas de cette fillette tuée alors qu'elle tentait de protéger sa mère d'un viol. Dans une autre situation, un bébé de huit mois est décédé pendant que cinq officiers abusaient de sa mère.

En outre, des Rohingyas ont été exécutés pendant qu'ils tentaient de fuir. Et tout laisse à croire que dans certains cas, « l'armée a délibérément mis le feu à des maisons avec des familles à l'intérieur ». Dans d'autres cas, ils ont même été contraints de rentrer dans des habitations qui brûlaient déjà. Des personnes âgées ou handicapées se trouvaient parfois parmi eux.

Le rapport souligne également que des centaines de maisons, d'écoles, de marchés, de mosquées ou de magasins ont été brûlés par l'armée, la police et même des groupes de civils. La nourriture et des terrains agricoles ont également été détruits.

Par ailleurs, le document note que cette « politique de la terreur » mise en œuvre par l'armée du Myanmar depuis début octobre est loin d'être un « événement isolé ».

Face à l'ampleur de ces graves abus, le Haut-Commissaire Zeid en appelle à la communauté internationale pour inciter le gouvernement de Naypyidaw à mettre fin à ces activités militaires. « Le gouvernement du Myanmar doit immédiatement mettre un terme à ces graves violations des droits de l'Homme contre son peuple, au lieu de continuer à nier qu'elles se sont produites, et accepter la responsabilité de garantir que les victimes aient accès à la justice, à des réparations et puissent être en sécurité », a ainsi déclaré le Chef des droits de l'homme de l'ONU, Zeid Ra'ad Al Hussein dans un communiqué.

En conclusion, l'agence onusienne basée à Genève rappelle que malgré plusieurs demandes, les autorités de Naypyidaw n'ont pas accordé un accès sans entrave à l'ONU dans l'Etat de Rakhine. Le Haut-Commissaire Zeid a donc déployé un dispositif d'investigations à la frontière du Bangladesh avec le Myanmar où près de 70.000 personnes ont fui depuis octobre dernier.

(Mise en perspective : Alpha Diallo, Nations Unies/Genève)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
11/12/2017
Loading the player ...