Israël : le Bureau des droits de l'homme de l'ONU troublé par la « peine clémente » prononcée contre un soldat

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Un point d'accès à un village du gouvernorat d'Hébron bloqué par les forces israéliennes en juin 2016 (archives). Photo: OCHA

Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a qualifié ce vendredi à Genève que la peine de 18 mois prononcée contre un soldat israélien pour avoir tué un assaillant palestinien blessé était « excessivement indulgente » et « inacceptable ». Selon les services du Haut-Commissaire Zeid, cette affaire risque de saper la confiance dans le système judicaire et renforcer la culture de l'impunité. « Il s'agit d'une culture chronique d'impunité dont nous parlons », a d'ailleurs dénoncé une porte-parole du Haut-Commissariat.

 

Le Haut-Commissariat aux droits de l'homme s'est dit troublé par la condamnation à 18 mois de prison d'un soldat israélien ayant achevé un assaillant palestinien, estimant qu'une telle « peine légère » était un feu vert à la culture d'impunité. Les services du Haut-Commissaire Zeid qualifient de clémente la peine prononcée en début de semaine contre le soldat israélien Elor Azaria.

Lors d'un point de presse ce vendredi à Genève, la porte-parole du Haut-Commissariat a indiqué que ce meurtre ressemblait à une exécution extrajudiciaire. Ravina Shamdasani rappelle que le Palestinien Abdel Fattah al-Charif aurait été atteint par balles après avoir attaqué des soldats au couteau à Hébron en Cisjordanie occupée. Et quand il a été tué, le palestinien gisait au sol, apparemment hors d'état de nuire.

Ravina Shamdasani évoque une « culture chronique d'impunité ». Une façon pour la porte-parole du Haut-Commissariat de rappeler qu'Elor Azaria est le premier soldat israélien à être traduit en justice pour un tel meurtre alors qu'en même temps, plus de 200 Palestiniens ont été tués par les forces de sécurité israéliennes depuis le début de la recrudescence de la violence en Cisjordanie en septembre 2015. Mme Shamdasani juge « inacceptable un tel verdict ». Car selon elle, la peine 18 mois de prison infligée au soldat israélien « ne reflète pas la gravité des faits », non sans rappeler qu'on encourt généralement une peine maximale de 20 ans pour un homicide involontaire.

« Bien que la poursuite et la condamnation soient des mesures très bien accueillies en matière de reddition de comptes, la peine – qui est excessivement indulgente – est difficile à concilier avec le meurtre intentionnel d'un individu non armé et vulnérable », fait remarquer Ravina Shamdasani. Une situation qui contraste, selon elle, avec les « peines prononcées par d'autres tribunaux israéliens pour d'autres infractions moins graves, notamment la condamnation des enfants palestiniens à plus de trois ans d'emprisonnement pour avoir jeté des pierres sur des voitures ». « Cette affaire risque de compromettre la confiance dans le système judiciaire et de renforcer la culture de l'impunité », conclut la porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l'homme.

(Mise en perspective : Alpha Diallo, Nations Unies/Genève ; avec un extrait sonore de Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l'homme)

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20/10/2017
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