Yémen : la situation humanitaire se détériore avec l'intensification des combats, selon l'ONU

Écouter /

Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence, Stephen O'Brien, arrive dans la Salle du Conseil de sécurité pour informer le Conseil sur la situation humanitaire en Syrie. Photo ONU/Rick Bajornas

A l’occasion d’une réunion du Conseil de sécurité sur le Yémen, le chef de l’humanitaire des Nations Unies, Stephen O’Brien, a affirmé jeudi que la situation humanitaire n’a cessé de se détériorer dans ce pays, alors que le conflit armé, marqué par des frappes aériennes quotidiennes et des affrontements, s’est intensifié.

Plus des deux tiers de la population, soit 18, 8 millions de personnes, ont besoin d’une aide ou d’une protection humanitaire. Plus de 2 millions de personnes sont déplacées. Au 31 décembre 2016, 7.469 Yéménites ont été tués et 40.483 blessés en raison du conflit, les chiffres réels étant sans doute plus élevés.

Dans un exposé devant les membres du Conseil de sécurité, M. O’Brien a insisté sur le sort des enfants au Yémen, un enfant âgé de moins de cinq ans mourant toutes les dix minutes de causes évitables. Depuis le début des hostilités en mars 2015, plus de 1.400 enfants ont été tués et plus de 2.140 autres blessés, tandis que 1.441 enfants ont été recrutés par les parties belligérantes, certains étant âgés de moins de huit ans. Il a précisé que là encore les véritables chiffres devraient être bien plus élevés.

Selon le chef de l’humanitaire de l’ONU, le conflit au Yémen est l’élément moteur de la plus importante urgence alimentaire dans le monde. « Si des mesures immédiates ne sont pas prises, la famine est un scénario possible en 2017 », a-t-il poursuivi. M. O’Brien a précisé que deux millions de personnes avaient besoin d’une aide alimentaire d’urgence pour survivre et que 2, 2 millions de bébés souffraient d’une malnutrition aiguë.

« Toutes les parties au conflit ont échoué à prendre les mesures nécessaires pour épargner les civils et les infrastructures civiles », a continué M. O’Brien. Il a noté que deux tiers des dommages causés aux infrastructures résultaient de frappes aériennes. Les violations des droits de l’homme se poursuivent en toute impunité, a-t-il déploré.

M. O’Brien a demandé aux parties, y compris le gouvernement et la coalition emmenée par l’Arabie saoudite, de rouvrir l’aéroport de Sanaa, afin de permettre notamment des évacuations médicales.

Il a ensuite détaillé la situation économique et sociale, marquée par un effondrement d’une ampleur sans précédent des institutions publiques, une destruction des infrastructures, une crise de liquidités et une dévalorisation continue de la monnaie locale. En décembre, le prix de la farine de blé était de 25% plus cher qu’avant le début de la crise, tandis que le gaz de cuisine est aujourd’hui plus cher de 60%.

Malgré les difficultés, M. O’Brien a indiqué que les acteurs humanitaires – 114 organisations opèrent dans le pays – avaient pu fournir une aide à 5, 6 millions de Yéménites. Estimant à 2 milliards de dollars environ la somme nécessaire au financement de la réponse humanitaire en 2017 au Yémen, il a appelé les Etats membres à se montrer « généreux » lors de la Conférence des donateurs pour le Yémen, prévue fin mars.

Enfin, M. O’Brien a appelé les membres du Conseil à, notamment, appeler à un cessez-le-feu immédiat au Yémen, à user de leur influence auprès des parties pour qu’elles respectent leurs obligations, y compris un accès humanitaire sûr et sans entrave, à faciliter une augmentation des importations d’articles de première nécessité et à faire en sorte que les fonctionnaires dans le pays soient payés.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
12/12/2017
Loading the player ...