Côte d’Ivoire : la justice reste un chantier prioritaire pour la réconciliation nationale, selon un expert de l’ONU

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Un policier de l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) discute avec un gendarme ivoirien de la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan. (archives) Photo ONU/Patricia Esteve

L’Expert indépendant de l’ONU sur le renforcement des capacités et de la coopération technique avec la Côte d’Ivoire dans le domaine de droits de l’homme, Mohammed Ayat, a appelé vendredi à la vigilance pour préserver les acquis et renforcer les progrès réalisés en matière de sécurité et de stabilité, de dialogue politique, de justice transitionnelle et de droits de l’homme.

« J’invite les autorités ivoiriennes à poursuivre sans délai la réforme du secteur de la sécurité et le renforcement des institutions pour la paix et la bonne gouvernance, en tant qu’étapes indispensables pour atteindre les objectifs d’émergence fixés à l’horizon 2020 », a déclaré M. Ayat dans un communiqué à l’issu de sa cinquième visite en Côte d’Ivoire du 10 au 17 janvier.

Au cours de cette visite, l’expert mandaté par le Conseil des droits de l’homme a rencontré des membres du gouvernement ivoirien, des représentants des organisations non gouvernementales et associations de victimes, du corps diplomatique et l’équipe pays de l’ONU en Côte d’Ivoire.

M. Ayat a exprimé sa préoccupation devant les mutineries des militaires et des gendarmes et les incidents violents survenus dans un lycée d’Abidjan, auxquels viennent s’ajouter les grèves des fonctionnaires. Il a rappelé que les revendications doivent être exprimées et entendues dans une atmosphère qui favorise le dialogue et le respect des droits de l’homme.

« L’organisation réussie des élections de 2015 et 2016 dans un climat paisible et serein sont une remarquable avancée dans un pays où les périodes électorales sont très appréhendées du fait qu’elles étaient dans le passé le berceau de tensions politiques et de violences graves », a souligné l’expert, relevant avec satisfaction la publication du rapport final de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation en novembre 2016 et encourageant une étude attentive des recommandations pour une mise en œuvre optimale.

M. Ayat a pris note des instructions du Président de la République pour la publication du rapport de la Commission Nationale de la Réparation et de l’Indemnisation des Victimes qui recense les victimes des crises de la Côte d’Ivoire et propose des modalités concrètes de réparation et d’indemnisation. Il a relayé la demande des Ivoiriens et en particulier des victimes, des personnes déplacées et réfugiées, d’avoir diligemment accès à ce rapport.

Sur le volet de la réconciliation nationale dévolu à la justice, l’expert a rappelé que « la justice reste un chantier prioritaire pour la réconciliation nationale, dès lors qu’elle aboutit à la manifestation de la vérité dans le respect des garanties du procès équitable ».

A l’approche du retrait imminent de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI), l’expert a pris connaissance du plan de transfert et de consolidation des acquis du maintien de la paix élaboré par l’ONU et le gouvernement ivoirien pour continuer l’appui aux institutions ivoiriennes dans le domaine des droits de l’homme. Il a questionné les autorités nationales sur la fusion des Ministères de la Justice et des droits de l’homme depuis le Gouvernement du 11 janvier 2016.

« J’encourage le Gouvernement à saisir l’opportunité du contexte actuel pour ajuster le plan de transfert avec l’ONUCI et l’équipe pays des Nations Unies afin de s’assurer que l’ensemble des soutiens requis en matière de promotion des droits de l’homme y figurent »,a dit M. Hayat.

M. Ayat a félicité la Commission nationale des droits de l’homme en Côte d’Ivoire (CNDHCI) pour son dynamisme croissant et a précisé que « les recommandations du rapport annuel de la CNDHCI constituent un plan ambitieux que l’Etat devra appuyer, avec la communauté internationale ».

L’expert indépendant a notamment salué le mécanisme de suivi des violations des droits de l’homme créé par la CNDHCI et les Forces armées de Côte d’Ivoire avec l’appui de l’ONUCI, en vue de réduire les violations des droits de l’homme et notamment les abus sexuels. Il a encouragé la consolidation de ce mécanisme garant d’une armée rénovée et protectrice des civils.

La Côte d’Ivoire a enregistré sur le plan économique des indices de développement très encourageants depuis 2012. L’expert a insisté sur les défis du renforcement du développement humain à mener en parallèle avec le développement macro-économique en vue d’une meilleure répartition des richesses nationales.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

LE DERNIER JOURNAL
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23/10/2017
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