Soudan du Sud : le Conseil des droits de l'homme veut éviter que ce pays ne bascule dans une guerre civile ethnique

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Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a tenu, ce mercredi à Genève, une session extraordinaire sur la situation des droits humains au Soudan du Sud. A cette occasion, le Chef des droits de l'homme de l'ONU a indiqué que toutes les parties au conflit sont coupables de graves abus.  Des arrestations et détentions arbitraires, des enlèvements ou encore des restrictions aux libertés ont été constatés. Mais Zeid Ra'ad Al Hussein a surtout dénoncé ces violences sexuelles qui n'épargnent même pas des enfants.

 

Selon le Chef des droits de l'homme de l'ONU, les violences sexuelles sont parfois commises sur une base purement ethnique, ne ciblant que certains groupes en particulier. Devant le Conseil des droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein a ainsi dénoncé les nombreux cas de viols. Au total, en trois ans de conflit, au moins 70% des femmes dans les camps ont été violées, a ainsi affirmé la Présidente de la Commission de l'ONU sur les droits de l'homme au Soudan du Sud, Yasmin Sooka, au début de cette session spéciale du Conseil des droits de l'homme. Si le Haut-Commissaire Zeid Raad al-Hussein a mis en cause « tous les acteurs armés », Mme Yasmin Sooka a de son côté montré du doigt les forces gouvernementales, non sans ajouter que la majorité de ces abus est due à des soldats ou à des policiers. Selon elle, avec de tels chiffres, on peut envisager que l'ampleur de la violence sexuelle dans le plus jeune pays du monde atteigne déjà le niveau qu'elle avait atteint durant la guerre de Bosnie, sans que l'on n'en entende beaucoup parler.

Outre les violences sexuelles, des arrestations et détentions arbitraires, des pillages, des enlèvements ou encore des restrictions aux libertés ont été constatés. Des humanitaires ont été visés sans oublier des déplacements forcés de civils. Dans certains cas, les civils sont visés sur la base de leur appartenance ethnique. A cet égard, le Haut-Commissaire rappelle que des miliciens proches de l'Armée de libération du peuple soudanais (Sudan People's Liberation Army, SPLA) ont lancé une attaque le 12 juillet dernier à Yei, une ville située dans l'Etat d'Équatoria central. Des actes de représailles menés par des miliciens de la jeunesse Dinka contre des civils à Yei.

Une façon pour ce haut responsable des Nations Unies de rappeler que toutes les conditions sont réunies pour que cette crise politique dégénère en conflit ethnique.  Même son de cloche pour la Présidente de la Commission sur les droits de l'homme au Soudan du Sud. « La récente visite de la Commission au Soudan du Sud suggère qu'un processus de nettoyage ethnique régulier est en cours dans certaines parties du pays », a déclaré Yasmin Sooka, assurant que les membres de la Commission n'utilisent pas cette expression à la légère. Dans une ville comme Malakal, les autorités mettent un terme aux contrats de travail des personnels non-Dinkas, a-t-elle notamment indiqué, ajoutant que certains des quartiers non-Dinka de Wau (NDLR : deuxième ville du pays, capitale de l'État fédéré du Bahr el-Ghazal occidental) sont devenus fantômes ces derniers mois suite aux éruptions de violence.

Le Soudan du Sud est à deux doigts d'une guerre civile ethnique sans merci qui pourrait déstabiliser toute la région, a insisté Mme Sooka. « Il y a un risque fort d'une augmentation imminente de ces violences », a enfin renchéri dans un message vidéo le Conseiller spécial de l'ONU pour la prévention du génocide, Adama Dieng.

Mais face à ce sombre tableau décrit par de nombreuses délégations et des responsables des Nations Unies, le représentant du Soudan du Sud à Genève a rejeté l'organisation de cette 26e session spéciale. L'Ambassadeur Kuol Alor Kuol Arop s'est tout de même dit disposé à travailler avec les mécanismes des Nations Unies sur les droits de l'homme.

Toutefois aux yeux de tous ces hauts responsables onusiens, ce « scenario du pire peut encore être évité », comme l'a d'ailleurs souligné M. Zeid, avant d'appeler le Conseil à prendre toutes les mesures pour éviter ce scenario catastrophe.  Il a souligné avoir « constaté récemment que lorsque certains leaders locaux interviennent pour mettre un terme à ce discours haineux, cela donne lieu à une réduction de la violence ». Pour certains experts indépendants de l'ONU aussi, la seule mesure permettant d'endiguer toutes ces violations consisterait à traduire les auteurs de ces actes en justice.

Eviter ce scénario catastrophe passe aussi, selon Mme Sooka, par un déploiement sans délai de la force de protection régionale au Soudan du Sud. Comme M. Zeid, elle a demandé à l'Union africaine (UA) et au gouvernement sud-soudanais l'établissement de la cour hybride prévue par l'accord de paix.

Il faut juste rappeler que sur le plan humanitaire, le conflit a déplacé plus de 2 millions de personnes, dont plus d'un million a fui dans des pays limitrophes. Environ 4,8 millions de personnes sont menacées de malnutrition sévère.

(Correspondance d'Alpha Diallo à Genève pour ONU Info)

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20/10/2017
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