RDC: Le chef des droits de l'homme de l'ONU dénonce l'intimidation et le ciblage de l'opposition

Écouter /

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein (à gauche), lors de sa visite en République démocratique du Congo en juillet 2016. Photo: MONUSCO/Myriam Asmani

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, s’est dit samedi profondément alarmé par la fermeture planifiée des médias sociaux en République démocratique du Congo (RDC) à partir de dimanche soir avant l’expiration du mandat du Président Joseph Kabila ainsi que par une interdiction permanente des manifestations de la société civile et de l’opposition.

« Nous sommes particulièrement inquiets car lundi, cela fera trois mois que 54 personnes sont mortes à Kinshasa, lorsque les forces de défense et de sécurité ont eu recours à un usage excessif de la force contre des personnes demandant que les délais constitutionnels soient respectés et que le président Kabila démissionne à la fin de son deuxième et dernière mandat », a rappelé M. Zeid dans un communiqué. « Personne n’a jusqu’à présent été tenu responsable de cette répression violente des manifestations », a-t-il déploré.

Depuis le début de décembre, le Bureau commun des droits de l’homme des Nations Unies en RDC a documenté au moins 45 arrestations de personnes ayant essayé d’exercer leur droit de réunion pacifique. Parmi elles, au moins 16 personnes ont été détenues à Bunia, Kinshasa et Goma dans le contexte de la campagne « Bye Bye Kabila » organisée par les mouvements de jeunesse Filimbi et Lucha. 26 autres personnes auraient été arrêtées pour leurs liens politiques ou parce qu’elles appartiennent à des mouvements de citoyens.

« Intimider et cibler les opposants et la société civile n’est pas la réponse. Faire taire leurs opinions et les empêcher de protester n’est pas la solution, et en fait, est plus susceptible de les pousser à recourir à la violence », a déclaré le Haut-Commissaire.

« Nous demandons au gouvernement, et plus particulièrement à ses forces de sécurité, de prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir les droits à la liberté d’association et de réunion pacifique », a dit M. Zeid. « Nous les exhortons à faire preuve de retenue conformément aux obligations qui leur incombent en vertu du droit international relatif aux droits de l’homme concernant l’usage de la force pendant les manifestations », a-t-il ajouté, soulignant que tous les responsables, à tous les niveaux, doivent également rendre des comptes pour les violations des droits de l’homme.

Fermeture des médias sociaux : une mesure disproportionnée

Le chef des droits de l’homme de l’ONU s’est dit également préoccupé par le fait que le gouvernement de la RDC ait demandé aux fournisseurs d’accès Internet et aux opérateurs téléphoniques de bloquer les réseaux sociaux dès dimanche soir.

« Cette perturbation est généralement disproportionnée et risquerait d’accentuer les tensions et les craintes, car elle fait suite aux récentes restrictions accrues imposées aux médias indépendants et au débat politique », a dit M. Zeid. « J’exhorte les autorités à annuler cet ordre et à garantir le droit à la liberté d’expression et à l’accès à l’information, conformément à la Constitution congolaise ».

En vertu d’un accord conclu avec certains membres de l’opposition, les élections ne devraient pas avoir lieu avant avril 2018, M. Kabila envisageant de rester en fonction au-delà du 19 décembre.

Des pourparlers sous la médiation de l’Église catholique ont eu lieu à Kinshasa pour tenter de trouver un moyen négocié d’aller plus loin et d’éviter la violence. Pour le Haut-Commissaire, le respect de la Constitution et des principes et normes des droits de l’homme doit être la pierre angulaire de tout accord conclu lors de ces entretiens. Il a également souligné l’importance de la mise en œuvre de mesures de confiance pour rassurer la population congolaise.

« J’appelle le gouvernement à libérer tous les prisonniers politiques, à garantir l’indépendance des institutions étatiques, y compris le pouvoir judiciaire, et à ouvrir l’espace politique », a déclaré M. Zeid. « En même temps, l’opposition et la société civile doivent respecter strictement l’exercice pacifique de leurs droits et libertés », a-t-il ajouté.

Le Haut-Commissaire a exhorté tous les Congolais à poursuivre leurs efforts pour parvenir à un accord sur la prochaine période de transition « qui respecte la Constitution et les droits de l’homme de tous ».

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
20/10/2017
Loading the player ...