Péninsule coréenne : l'ONU appelle à mettre fin aux «souffrances inimaginables» des familles séparées

Écouter /

Le HCDH examine la question de la séparation involontaire des familles coréennes du point de vue des droits de l’homme. (Photo: HCDH)

Un nouveau rapport du Haut-Commissariat Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) publié mercredi attire l’attention sur les plus de soixante ans de séparation entre les membres de familles de la péninsule coréenne et demande instamment des mesures pour atténuer leurs souffrances.

“Le périple émotionnel, psychologique, social et économique de la séparation involontaire persiste jusqu’à ce jour, alors que les gens continuent à chercher la vérité et le contact avec leurs proches”, a déclaré le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein.

Le rapport documente les expériences des familles séparées depuis la guerre de Corée, qui a lieu de 1950 à 1953, notamment par des déplacements, des disparitions forcées, des enlèvements, et après s'être enfui la République populaire démocratique de Corée (RPDC).

« Ce rapport examine les formes passées et actuelles de séparation involontaire et décrit une approche pratique et humaine de la réunification familiale », a expliqué le Haut-Commissaire, ajoutant que « ce ne sont pas que des statistiques, les victimes ne sont pas une masse sans visage pris dans le courant de l’histoire, ce sont des individus qui ont leurs propres histoires de souffrance, inimaginables, une souffrance qui demeure aussi vive que jamais malgré le passage des années».

À travers des entretiens et des recherches, le rapport constate que la séparation involontaire n’a pas seulement été causée par les conséquences inévitables de la guerre, mais aussi par des formes structurelles d’exclusion et d’impunité.

Les femmes sont particulièrement sujettes à des préjugés durables. A l'instar de Park Dong-yeol [nom changé pour préserver l'anonymat], maintenant âgée de 85 ans, a fui la Corée du Nord en 1950. On lui a refusé l’accès à un bateau partant pour la République de Corée en raison d’une superstition sur la présence des femmes à bord. Quand elle a finalement atteint la Corée du Sud à pied, elle a été sous surveillance étroite. Les autorités soupçonnaient une femme célibataire, l’incitant à se marier une fois «perdu l’espoir» de retrouver sa famille qui était restée en RPDC.

Des réunions occasionnelles pour une centaine de familles des deux côtés de la péninsule ont commencé en 2000, mais celles-ci sont étroitement contrôlées et entraînent souvent plus de stress que la réconciliation, indique le rapport.

En 2015, Ji Eungyeong [[nom changé pour préserver l'anonymat] a rencontré sa fille qu’elle avait laissée en Corée du Nord 64 ans plus tôt.

«Nous pouvions à peine parler dans la salle», a-t-elle confié, expliquant qu'il y avait des journalistes d’un côté et de l’autre des gardiens.

« Ensuite, nous avons eu deux heures en privé. C’est n'est que là que ma fille a pu pleurer », a-t-elle confié.

Le rapport fait également état des expériences de personnes en République de Corée dont les membres de la famille ont été enlevés.

En 1950, le père de Jeong Sun-ui a disparu, ce qui a mené les autres membres de la famille à être traités avec suspicion, de peur qu’ils soient des espions.

“Il y avait toujours un sentiment de culpabilité par association”, a-t-il dit.

En raison des contrôles aux frontières plus stricts depuis 2008, le nombre de personnes qui ont fui la RPDC vers la République de Corée a diminué. Celles-ci – souvent des femmes – risquent leur vie et sont exposées à un traitement brutal si elles sont rattrapées, y compris des peines de travail. Lorsqu'elles parviennent à échapper, leurs familles sont menacées de représailles et de harcèlement par les autorités.

Le rapport appelle à permettre des contacts sans entrave pour les personnes dans les deux pays, à publier des listes publiques et complètes de tous les individus qui ont disparu depuis la guerre, à déterminer leur lieu de résidence, et à protéger ceux qui quittent la RPDC.

Le HCDH reconnaît que l’augmentation des tensions politiques et militaires dans la région a créé des obstacles extrêmement difficiles, mais préconise toutefois que la RPDC agisse pour localiser et renvoyer les personnes enlevées ainsi que pour éliminer les restrictions qui empêchent les citoyens de voyager et de communiquer avec les monde extérieur.

(Mise en perspective : Cristina Silveiro)

 

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
17/10/2017
Loading the player ...