Libye : l'ONU appelle ceux qui ne sont pas encore engagés dans l'Accord politique libyen à s'y joindre

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Des membres du Dialogue politique libyen discutent de la situation en Libye et des obstacles à la mise en œuvre de l'Accord politique libyen (juillet 2016). Photo: MANUL

Un an jour pour jour après la signature de l’Accord politique libyen, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a averti que la lenteur de la mise en œuvre de l’Accord n’a pas apporté la stabilité et la sécurité « dont le peuple libyen a besoin et qu’il mérite ».

Saluant, la signature de l’Accord à Skhirat, au Maroc le 17 décembre 2015 comme « une étape cruciale dans la transition démocratique du pays », M. Ban a félicité tous les Libyens engagés dans le processus, dans un esprit de réconciliation, d’inclusion et de droits de l’homme.

« Le chemin vers la paix est long et exige beaucoup de travail et d’engagement. Beaucoup a été réalisé au cours de la dernière année », a reconnu le Secrétaire général citant la formation du Conseil de la Présidence qui fonctionne depuis Tripoli, l’augmentation de la production de pétrole ainsi que les progrès notables accomplis contre le terrorisme dans l’ensemble du pays.

« La révolution de 2011 a apporté l’espoir d’une vie meilleure. Il est impératif que les sacrifices de tant de Libyens n’eussent pas été vains », a toutefois prévenu M. Ban, exhortant ceux qui ne sont pas actuellement engagés dans le processus à se joindre aux efforts visant à trouver une solution consensuelle à la crise en cours.

Le Chef de l’ONU a réaffirmé que l’ONU continuera d’accompagner le processus et de soutenir le peuple libyen. Il a également salué les efforts de son Représentant spécial, Martin Kobler, ainsi que ceux du personnel de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (UNSMIL) et exprimé sa reconnaissance envers l’Union africaine, l’Union européenne, la Ligue des États arabes et les Etats membres de l’ONU pour leur ferme soutien au processus politique libyen.

« Ce n’est pas d’aspirine qu’a besoin la Libye, mais d’une dose massive d’antibiotiques »

Dans une tribune publiée vendredi soir dans le quotidien français ‘Le Monde’, M. Kobler a également salué les avancées réalisées en Libye tout en soulignant que les difficultés auxquelles est confronté le pays doivent être résolues dans le cadre de l’Accord politique libyen.

« La dynamique et le consensus politiques ont permis d’atteindre plusieurs objectifs primordiaux, comme la validation de l’Accord par la Chambre des représentants (le Parlement libyen) ou le retour du Conseil de la présidence à Tripoli », s’est félicité le chef de la MANUL.

Toutefois M. Kobler reconnait que des différends persistent, qui menacent d’entraver les avancées et de faire sombrer la Libye dans un chaos d’une ampleur inédite.

« Des luttes entre différentes régions, localités ou personnalités pour l’accès au pouvoir et aux ressources viennent s’ajouter aux divergences sur la place de l’islam dans la vie politique, sur le rôle des membres de l’ancien régime et sur la structure des institutions chargées du maintien de l’ordre », a-t-il déploré. « Les institutions nationales sont divisées et des imposteurs ont formé des gouvernements parallèles, chacun d’entre eux se présentant comme l’unique garant du salut national », at-il constaté.

Pour le chef de la Mission de l’ONU en Libye, le Conseil de la présidence n’a pas su rassembler les différents groupes armés au sein d’une armée professionnelle unie. « La criminalité a progressé, notamment la traite humaine : la Libye est aujourd’hui le pays qui exporte le plus d’immigrés clandestins vers l’Europe. L’économie libyenne, autrefois florissante, a commencé à s’effondrer avec la perte de confiance dans le système bancaire et une inflation galopante. (…) Si rien n’est fait, le pays risque la faillite », a prévenu M. Kobler qui constate que les conditions de vie de la population sont de plus en plus difficiles.

Le chef de la MANUL reste toutefois optimiste. « Des solutions existent, mais pour pouvoir les mettre en œuvre, les partenaires de la Libye doivent aller au-delà de la politique d’endiguement et s’attaquer aux grandes priorités que sont le pouvoir, les armes et l’argent », a-t-il indiqué. « Ce n’est pas d’aspirine qu’a besoin la Libye, mais d’une dose massive d’antibiotiques », a-t-il fait remarquer.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

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18/10/2017
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