Les conflits en cours continuent d'aggraver l'insécurité alimentaire

Écouter /

Un agriculteur cultive du maïs au Lesotho. Photo FAO/Rodger Bosch

Selon un nouveau rapport de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les conflits civils et les chocs liés aux conditions météorologiques ont fortement pesé sur la sécurité alimentaire en 2016, faisant augmenter le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance alimentaire. La nouvelle édition du rapport «Perspectives de récolte et situation alimentaire», publiée aujourd’hui, souligne que 39 pays ont besoin d’une aide extérieure pour couvrir leurs besoins alimentaires.

Alors que les perspectives sur les approvisionnements céréaliers dans le monde s’améliorent en raison de conditions de croissance favorables pour les cultures, les séquelles des dernières sécheresses persistent, tout comme les effets négatifs ressentis suite aux conflits.

Les prévisions agricoles suggèrent que les prochaines récoltes de grains seront bonnes mais que la faim va probablement s’intensifier dans certaines régions et ce, pendant les saisons maigres, avant que les nouvelles cultures n’arrivent à maturation. En Afrique australe, où les effets du phénomène El Niño ont fortement contribué à réduire la production agricole en 2016, le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance extérieure de janvier à mars 2017 devrait augmenter de manière significative, comparé à la même période l’année précédente. Le rapport indique que les retards de croissance sont «beaucoup plus répandus» dans les zones connaissant des troubles telles que Madagascar, le Malawi et le Mozambique.

Dans certaines régions, les stocks de semences de céréales et de légumes, devenus inadéquats à la suite de deux récoltes insuffisantes et consécutives, pourraient limiter les campagnes de semis. La FAO et les gouvernements travaillent à la mise en œuvre de programmes de soutien agricole visant à améliorer l’accès aux intrants agricoles essentiels.

Les conflits jettent une ombre sur la sécurité alimentaire

Afin de faciliter la planification d’une intervention humanitaire, le rapport identifie les causes premières des crises alimentaires locales. Cela va du déficit exceptionnel de la production agricole au manque d’accès généralisé (en raison des faibles revenus, des prix élevés ou des perturbations des réseaux de distribution), en passant par les effets du conflit sur les conditions de sécurité alimentaire locale.

Les conflits civils et leurs conséquences, y compris les mouvements de réfugiés qui pèsent sur les pays d’accueil tels que le Cameroun et le Tchad, sont cités par 21 des 39 pays concernés. Les conflits généralisés peuvent conduire à la perte et à la diminution des moyens de production des ménages, comme cela est le cas en République centrafricaine, et à des problèmes de sécurité qui auront pour effet de freiner les activités agricoles, à l’image du Soudan du sud. Dans certaines zones du pays, les récoltes, bien que meilleures, vont probablement avoir un effet éphémère en raison du conflit en cours, qui limite la pratique des activités agricoles, posant ainsi davantage de risques pour les communautés les plus vulnérables.

En Syrie, 9,4 millions de personnes ont besoin d’une assistance alimentaire, en raison de la poursuite du conflit civil. Cette année, le niveau de la production de blé devrait être environ 55 pour cent moins important que celui précédant la crise. Selon le rapport, le conflit en cours au Yémen a clairement contribué à faire augmenter le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire, dépassant largement l’évaluation de juin qui les estimaient à 14,2 millions. En Irak, la récente escalade du conflit provoque des déplacements internes massifs. L’insécurité alimentaire aiguë affecte plus de 8 millions de personnes en Afghanistan et ce nombre est appelé à augmenter après le retour de 600 000 réfugiés du Pakistan, avant la fin de l’année 2016.

Au Nigéria, le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire dépasse les 8 millions et devrait atteindre les 11 millions d’ici le mois d’août 2017. Les conflits en cours dans les Etats du Nord du pays ont limité les campagnes de semis, tandis que la forte baisse du Naira a contribué à faire monter les prix des produits alimentaires intérieurs et a affecté le commerce régional, alors que l'exportation de céréales nigérianes est en hausse et que l’importation de bétail diminue.

Les tendances agricoles appelées à s’améliorer après une année 2016 difficile

En 2016, les sécheresses et les effets climatiques induits par le phénomène El Niño ont provoqué d’importantes pertes de récoltes dans plusieurs pays. L’ensemble de la production céréalière africaine a baissé en 2016 malgré quelques gains sous-régionaux, notamment en Afrique de l’Ouest et dans la région sahélienne, qui est en passe de battre un record avec sa production céréalière. En Afrique australe, la production de maïs a connu une forte baisse, menaçant gravement les conditions de sécurité alimentaire.

Les faibles récoltes ont entraîné une forte hausse des prix de l’incontournable maïs au Malawi, où 6,5 millions de personnes devraient vraisemblablement se retrouver en situation d’insécurité alimentaire lors de la prochaine saison maigre.D’un point de vue positif, avec la fin du phénomène El Niño, les estimations préliminaires font état d’une hausse de 27 pour cent des semis de maïs pour la campagne agricole sud-africaine de 2017, de loin le plus grand producteur de la région.

Alors que la plupart des pays d’Asie ont bénéficié de productions agricoles plutôt généreuses en 2016, notamment grâce à une nette relance en Inde, l’impact des conflits toujours en cours dans les pays du Proche-Orient continue d’amoindrir la production agricole et ce, malgré des conditions climatiques globalement favorables pour les cultures céréalières de base.

En Amérique latine et dans les Caraïbes, un rebond de la production en Amérique centrale en 2016 serait apprécié, après des rendements diminués par la sécheresse l’année précédente, tandis que la campagne de semis de 2017 en Amérique du sud devrait bien démarrer après avoir enregistré une baisse des récoltes en 2016, due en grande partie aux sécheresses qui ont sévi en Bolivie, au Brésil et au Paraguay.

Les 39 pays ayant actuellement besoin d’une aide alimentaire extérieure sont: l’Afghanistan, le Burkina Faso, le Burundi, le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad, le Congo, la République populaire démocratique de Corée, la République démocratique du Congo, Djibouti, l’Érythrée, l’Éthiopie, la Guinée, Haïti, l’Irak, le Kenya, le Lesotho, le Liberia, la Libye, Madagascar, le Malawi, le Mali, la Mauritanie, le Mozambique, la Birmanie, le Népal, le Niger, le Nigéria, le Pakistan, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la Sierra Leone, la Somalie, le Soudan du Sud, le Soudan, le Swaziland, la Syrie, l’Ouganda, le Yémen et le Zimbabwe.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
14/12/2017
Loading the player ...