Haïti / choléra : il est possible de vaincre le choléra à condition d'avoir les ressources adéquates, selon l'ONU

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A six mois Christelle, dont la mère infectée par le choléra a été hospitalisée dans un Centre de traitement du choléra, dort après avoir bu du lait pour bébé dans une tente pour bébés établie par l’ONG AVSI, soutenue par l’UNICEF.(Photo: UN Photo/UNICEF/Marco Dormino)

Les succès récents dans la lutte contre le choléra en Haïti démontrent que, lorsque les Nations Unies et les autorités haïtiennes reçoivent les fonds nécessaires, de véritables progrès peuvent être réalisés, et qu’à terme « le choléra disparaîtra », a souligné un haut responsable des Nations Unies.

Dans un entretien avec le Service d’information des Nations Unies, Dr. David Nabarro, Conseiller spécial de l’ONU, a pris pour exemple la récente campagne de vaccination, soutenue par l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), branche régionale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et qui a permis d’atteindre 729.000 Haïtiens vulnérables, et l’augmentation des équipes de réaction rapide, qui ont eu un impact positif pour enrayer les flambées épidémiques.

« Il nous faut suffisamment d’argent pour être en mesure d’avoir cette capacité de réponse jusqu’en 2018. Nous pourrons alors véritablement réduire cette épidémie et arriver à des chiffres vraiment petits. Si nous combinons cela aux [efforts pour améliorer] l’approvisionnement en eau et l’assainissement pour chaque Haïtien, le choléra disparaîtra », a-t-il souligné.

Dr. Nabarro a noté qu’en août de cette année, il est devenu évident que le nombre de personnes atteintes du choléra en Haïti était en fait plus élevé que l’an dernier. En raison du manque de financements, le nombre d’équipes qui pouvaient intervenir rapidement lorsque des personnes présentaient des symptômes du choléra était passé d’environ 70 à environ 30.

« Dans une situation comme celle-là, où l’on ne peut pas intervenir rapidement auprès d’une personne malade, il y a plus de gens dans l’entourage de la personne malade qui souffrent de maladies diarrhéiques et probablement de choléra », a-t-il souligné.

L’ONU a emprunté des ressources en interne pour augmenter le nombre d’équipes d’intervention rapide. En conséquence, le nombre est passé de 32 en avril à 88 aujourd’hui et la majorité des personnes qui souffraient de diarrhée aqueuse et de choléra présumé peuvent maintenant être traitées dans les 48 heures après que la maladie se soit déclarée.

Lorsque l’ouragan Matthew a frappé Haïti au début du mois d’octobre, l’ONU s’est inquiétée d’une possible augmentation du nombre de personnes atteintes de choléra, parce que la tempête a endommagé les réseaux sanitaires et d’écoulement des eaux usées. Cela a entraîné la livraison urgente en Haïti d’un million de doses de vaccin contre le choléra et la campagne de vaccination massive des communautés vulnérables dans les zones sinistrées.

Bien que le vaccin ne soit pas efficace à 100%, s’il est combiné avec d’autres interventions, comme la chloration des approvisionnements en eau et l’éducation intensive de la population, l’impact sur le choléra peut être important, a noté le Conseiller spécial, ajoutant que l’ONU cherche à vacciner tout le monde en Haïti, idéalement avec deux doses.

Le nombre de personnes atteintes de choléra est inférieur aux chiffres enregistrés au cours de cette période l’an dernier et l’année précédente. « C’est possible grâce aux financements », a expliqué Dr. Nabarro. « Vous ne pouvez pas avoir une réponse efficace au choléra si vous ne pouvez pas compter sur de l’argent ».

« Vous pouvez alors fournir les cinq intrants nécessaires pour contrôler une flambée épidémique : réponse rapide, traitement efficace, vaccination, chloration de l’approvisionnement en eau, et forte éducation et participation du public », a-t-il conclu.

Les excuses du Secrétaire général

L’appel lancé par le Conseiller spécial pour un financement à plus grande échelle vient quelques jours après que le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a présenté ses excuses au peuple haïtien et exprimé son profond regret pour les pertes en vies humaines et les souffrances causées par l’épidémie de choléra.

S’appuyant sur son rapport intitulé ‘Une nouvelle stratégie de lutte contre le choléra en Haïti’, le chef de l’ONU a présenté la voie à suivre, notamment les mesures immédiates pour enrayer l’épidémie et celles destinées à soutenir à long terme les personnes affectées, tout en soulignant la nécessité d’un financement adéquat de cette stratégie.

Haïti fait face à une épidémie de choléra depuis octobre 2010, environ neuf mois après avoir subi un tremblement de terre dévastateur. Cette épidémie a touché environ 788.000 personnes et a coûté la vie à plus de 9.000 d’entre elles. Des efforts nationaux et internationaux concertés, soutenus par les Nations Unies, ont entraîné une réduction de 90% du nombre de cas suspects.

Alors que le nombre de personnes touchées reste élevé et que les récentes flambées épidémiques, en partie aggravées par l’impact de l’ouragan Matthew, montrent la vulnérabilité persistante de la population à la maladie, des responsables de l’ONU ont déclaré que le défi de l’élimination du choléra n’est pas insurmontable.

 

(Interview : David Nabarro, Conseilleur spécial de l’ONU; propos recueillis par Doug Coffman)

 

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16/10/2017
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