Alep : les combats se poursuivent malgré l'annonce d'un cessez-le-feu

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Destruction dans le quartier de Salah Ed Din à Alep, en Syrie. Photo: OCHA/Josephine Guerrero

L’ONU a exprimé sa profonde préoccupation mercredi à la suite d'informations faisant état de violents combats dans la ville d'Alep, en Syrie, en dépit de l’annonce faite la veille d’un accord de cessation des hostilités.

S'adressant à la presse, le porte-parole du Secrétaire général des Nations Unies, Stéphane Dujarric, a déclaré que la poursuite des hostilités place des milliers de civils sous le feu direct des combats et que la sécurité des personnes qui sont encore prises au piège dans l’est d’Alep reste précaire.

« Nous lançons un appel urgent pour une accalmie dans les combats afin de permettre aux personnes qui souhaitent quitter l'est d'Alep de le faire en toute sécurité. Les parties doivent également veiller à ce que ceux qui se sont rendus ou ont été capturés sont traités avec humanité et conformément au droit international », a déclaré le porte-parole.

Pendant ce temps, les équipes des Nations Unies présentes dans la ville syrienne indiquent que des milliers de personnes ont pu s'enfuir de l’est de la ville au cours des derniers jours et qu'elles ont pu répondre aux besoins des personnes déplacées auxquelles elles ont eu accès.

Le porte-parole a également déclaré que l’ONU est prête à accroître son soutien dans toutes les régions d’Alep et qu’il est essentiel d’obtenir l’approbation nécessaire pour aller dans les endroits où les besoins de protection et d’assistance humanitaire sont les plus urgents.

Pendant ce temps, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a déclaré que toute évacuation des civils dans cette ville doit être effectuée en conformité avec le droit international. Il a souligné que le gouvernement syrien a la responsabilité de veiller à ce que la population est en sécurité et protégée.

Par ailleurs, à Genève, la Commission d’enquête indépendante sur la Syrie a publié une déclaration réitérant son appel à toutes les parties au conflit à respecter les principes fondamentaux des lois de la guerre auxquels elles sont toujours liées.

« Alors que la situation sur le terrain reste fluide, de nombreux rapports de violations perpétrées par des forces progouvernementales continuent d’émerger, y compris des exécutions sommaires, des arrestations arbitraires, des disparitions forcées et des conscriptions forcées », a déclaré la Commission dans un communiqué de presse, précisant que les hommes en âge de combattre semblent avoir été particulièrement vulnérables aux abus.

Parallèlement à une série d’attaques aveugles, la Commission a également reçu des allégations concernant des groupes d’opposition, y compris le groupe terroriste Jabhat Fatah al-Sham (anciennement Jabhat al-Nusra) et Ahrar al-Sham empêchant les civils de partir ainsi que des combattants de l’opposition se fondant parmi la population civile, augmentant ainsi le risque pour les civils d’être tués ou blessés.

« Le gouvernement syrien, de concert avec ses forces alliées, exerce maintenant un contrôle effectif sur l’est d’Alep et assume donc la responsabilité principale de prévenir ces violations, y compris d’éventuels actes de représailles », a dit la Commission, soulignant que les commandants dans leurs rangs doivent assurer la discipline de leurs troupes et faire en sorte que les transgresseurs rendent des comptes.

« Le bombardement sans fin sur l’est d’Alep depuis juillet, qui a dévasté toutes les poches restantes détenues par des groupes armés, a été aggravé par un siège prolongé », a rappelé la Commission. « Les centres de santé ont pratiquement disparu en raison des attaques aériennes, souvent ciblées pour dévaster l’infrastructure civile. De graves pénuries d’aliments et des températures plongeantes ont en outre contribué à la perte de la vie civile, en particulier chez les nourrissons », a-t-elle ajouté.

La Commission souligne comme impératif la nécessité d’un passage en toute sécurité des civils depuis l’est d’Alep.

« À ce moment critique, l’illusion que la victoire militaire est encore possible doit être découragée. Tous les États ayant une influence sur les parties belligérantes sont conscients qu’un retour aux négociations politiques est essentiel pour empêcher de nouvelles pertes massives de vies innocentes », a indiqué la Commission. « Le succès de toute négociation repose sur la reconnaissance des violations commises depuis le début de ce conflit brutal et l’inclusion de mécanismes de responsabilisation afin de rendre justice aux victimes dans tout accord conclu », a-t-elle ajouté.

(Mis en perspective : Jérôme Longué)

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12/12/2017
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