Syrie: la production alimentaire plus faible que jamais

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Avec la détérioration de la situation alimentaire en Syrie, des millions de personnes dépendent de l’aide fournie par le PAM comme ici à Qamshli (Photo:PAM).

En Syrie, la production alimentaire a atteint son plus bas niveau. En effet, il est de plus en plus difficile pour les agriculteurs de préserver leurs moyens d'existence et de nourrir ce pays déchiré par la guerre, alors que les combats se poursuivent et restreignent l'accès à la terre, aux approvisionnements et aux marchés.

La dernière mission d'évaluation des récoltes et de la sécurité alimentaire, menée par la FAO et le PAM, indique que la superficie plantée en céréales au cours de la saison de semis 2015-2016 est très peu étendue.

Alors que le conflit entre dans sa 6ème année, de nombreux agriculteurs ne sont plus en mesure d'aller de l'avant et pourraient complètement arrêter de produire des aliments. Cela risque d'avoir de sérieuses répercussions sur la disponibilité en nourriture à l'échelle nationale et sur la sécurité alimentaire des ménages agricoles.

 

La dernière mission d'évaluation des récoltes et de la sécurité alimentaire menée par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM) montre qu'après cinq ans de conflit de nombreux agriculteurs sont incapables de faire face à la situation. Du fait de la hausse des prix et de la pénurie d'intrants essentiels tels que les engrais et les semences, ils n'auront d'autre choix, en l'absence de soutien immédiat, que celui d'abandonner la production alimentaire. Cela aura vraisemblablement de graves conséquences non seulement pour la sécurité alimentaire des ménages ruraux, mais aussi pour la disponibilité alimentaire dans le pays, ce qui pourrait se traduire par des déplacements de population supplémentaires.

La FAO et le PAM notent que la production de céréales est au plus bas. Elle affiche une baisse encore plus marquée, passant d'une moyenne de 3,4 millions de tonnes de blé récoltées avant la guerre à 1,5 million de tonnes cette année, soit une baisse de 55 pour cent. La crise en cours et les sanctions associées ayant perturbé le commerce et les marchés, l'accès aux semences de qualité, aux engrais, aux machines et au carburant nécessaire au bon fonctionnement des pompes et des tracteurs est limité. Les intrants disponibles sur les marchés locaux sont souvent trop chers et de qualité douteuse. La mauvaise pluviométrie et la destruction d'infrastructures d'irrigation précieuses ont aggravé la situation des producteurs qui tentent d'assurer de la nourriture dans des circonstances défavorables. Dans certains cas, les agriculteurs ont dû passer à des cultures plus robustes mais moins nutritives, notamment l'orge.

Sur un autre plan, l'évaluation FAO-PAM a révélé de grandes différences entre les gouvernorats en termes d'accès à la terre et aux intrants agricoles, un constat qui invite à intensifier le soutien aux producteurs dans les zones relativement accessibles. «Aujourd'hui, nous constatons que près de 80 pour cent des ménages syriens sont aux prises avec une pénurie de nourriture ou d'argent permettant d'acheter de la nourriture », a déclaré M. Abdessalam Ould Ahmed, Sous-directeur général et Représentant du Bureau régional de la FAO pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord.

En effet, « la situation alimentaire de millions personne à l'intérieur de la Syrie continue de se détériorer. Plus de sept millions de personnes sont classées en situation d'insécurité alimentaire à travers le pays. Elles ont épuisé toutes leurs économies et n'ont plus rien à offrir à manger à leurs familles», a indiqué de son côté M. Muhammad Hadi, Directeur régional du PAM pour le Moyen-Orient, l'Afrique du Nord, l'Asie centrale et l'Europe de l'Est. «Le PAM et la FAO travaillent ensemble pour investir dans un plus grand nombre de projets de moyens d'existence dans le secteur de l'agriculture car c'est là le moyen le plus efficace de lutte contre l'insécurité alimentaire dans le long terme».

Sur le terrain, au cours des 12 derniers mois, les prix des produits agricoles et de l'élevage n'ont fait qu'augmenter. Par exemple, les prix du blé étaient toujours plus élevés (entre 40 et 50 pour cent) par rapport au même mois de l'année précédente.

Face à cette situation et pour aider les familles à continuer à cultiver et à élever du bétail, la FAO a depuis début 2016 soutenu plus d'un demi-million de personnes en leur distribuant des semences de céréales et de légumes et de la volaille vivante pour l'élevage. De son côté, le PAM fournit chaque mois une aide alimentaire à plus de 4 millions de Syriens vulnérables à l'intérieur de la Syrie. Environ 30 pour cent de cette aide passe vers les zones assiégées et difficiles à atteindre grâce à des livraisons transfrontières ou à travers les lignes de démarcation.

Selon les dernières enquêtes auprès des ménages, quelque 9,4 millions de personnes à travers la Syrie ont besoin d'assistance, soit quelque 716 000 de plus qu'en septembre 2015. Les gouvernorats qui ont le plus grand nombre de personnes dans le besoin sont Quneitra, Dara'a, Damas, Idleb et Alep.

(Interview : Jean Senahoun, Economiste à la FAO à Rome ; Propos recueillis par Murielle Sarr de la Radio de la FAO).

 

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20/10/2017
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