Soudan du Sud/ONU: le manque de leadership et de connaissances du mandat de la mission fautés par l'enquête sur les violences de juillet à Juba

Écouter /

Des déplacés internes du site de protection des civils à Juba, Soudan du Sud, se protège et cherche refuge devant les combats intenses entre l'APLS et l'APLS/EO. Photo ONU/Eric Kanalstein

La Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) n’a pas réagi efficacement à la violence due à un manque général de leadership, de préparation et d’intégration parmi les différentes composantes de la mission, selon l'enquête indépendante concernant les attaques perpétrées à Juba au Soudan du Sud en juillet 2016.

Pour rappel, du 8 au 11 juillet, la capitale sud soudanaise a connu des violences importantes contre des civils et des soldats de la paix par l’armée sud-soudanaise, l’APLS et les forces d’opposition, y compris des tueries, des actes d'intimidation, des violences sexuelles et de torture.

Le Secrétaire général de l'ONU avait rapidement nommé une équipe pour faire la lumière sur ces incidents, qui lui a rendu son rapport vendredi dernier et qui vient d'être rendu public.

« Nous avons constaté qu’avec les pays contributeurs de troupes, à tous niveaux, les militaires, la police et le personnel civil, il y avait un grand manque de connaissances précises sur ce qu’est un mandat de l’ONU, les règles d’engagement et les directives de recours à la force et d’utilisation des armes à feu par la police, et la nature du recours à la force, et donc lorsque les balles commencent à siffler et qu'il faut vraiment agir, tout d'un coup il y a un flottement parce que les gens ne savent pas quoi faire » a déclaré le chef de l'équipe spéciale d'enquête indépendante, Patrick Cammaert.

« De plus, nous avons constaté qu’il y avait un certain manque de leadership à divers niveaux avec les militaires, la police et les civils, à commencer par le front, lorsque les combats ont commencé et que des milliers et des milliers de personnes déplacées ont quitté les sites de protection des civils et ont brisé les portes de la Maison de l’ONU, pillant les lieux d’hébergement et les conteneurs. A cet instant, il faut un leadership, donner des ordres, à différents niveaux, depuis le front, afin de s'activer et de prendre en charge de la situation. », a ajouté lors d'un entretien avec la Radio des Nations Unies le général retraité.

Le rapport d'enquête accablant fait plusieurs recommandations au Secrétariat de l'ONU ainsi qu'à la MINUSS, dont la mise en place d'un mécanisme de suivi de toute inactions de Casques bleu dans le cadre de la protection de civils dans le périmètre d'un kilomètre autour de la Mission ainsi que la mise en place de patrouilles, de jour et de nuit, .afin de protéger les civils notamment contre les violences sexuelles.

A noter qu’au cours des trois jours de combats, selon certaines estimations prudentes, au moins 73 personnes ont été tuées, dont plus de 20 déplacés internes dans les sites du PdC. Deux soldats de la paix ont été tués et plusieurs autres ont été blessés. Cent quatre-vingt-deux bâtiments de la Maison des Nations Unies ont été frappés par des balles, des mortiers et des grenades propulsées par des fusées.

 

 

(Extrait sonore: Patrick Cammaert, général en retraite et chef de l'équipe d'enquête indépendante; propos recueillis par Jocelyne Sambira)

 

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
11/12/2017
Loading the player ...