RDC: des compromis seront nécessaires de part et d'autre pour une transition pacifique après le 19 décembre

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François Delattre, Représentant permanent de la France (archive) Photo: ONU/Manuel Elias

Devant le Conseil de sécurité, les Représentants permanents de la France et de l'Angola sont revenus, ce matin, sur la mission que les membres du Conseil ont effectuée en République démocratique du Congo (RDC) et en Angola, du 11 au 14 novembre dernier. François Delattre a estimé que « des compromis seront nécessaires de part et d'autre pour que la RDC connaisse une transition pacifique après le 19 décembre », date de la fin du mandat du Président Joseph Kabila.

Le représentant de la France a en effet révélé qu'à Kinshasa et à Beni, le Conseil de sécurité a fait passer deux messages: la RDC est à un moment charnière de son histoire car, pour la première fois, une transmission pacifique du pouvoir est possible; et le Conseil reste attentif à la situation des populations civiles dans l'est du pays. « Tout doit être fait pour les protéger. »

La mission du Conseil de sécurité s'est entretenue avec le Président et le Premier Ministre congolais et des représentants de la majorité présidentielle, de l'opposition signataire et non signataire de l'Accord du 18 octobre. Elle s'est aussi entretenue avec des représentants de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), des mouvements de défense des droits de l'homme et des associations de jeunes et de femmes. La mission a également eu des échanges avec la Mission de l'ONU pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), les gouverneurs du Nord et du Sud-Kivu, le maire de Beni et le commandant des Forces armées de la RDC (FARDC).

À ses interlocuteurs, la mission a martelé que le dialogue reste la voie privilégiée pour surmonter les différends et que « la tenue d'élections libres, justes, crédibles, ouvertes, transparentes, pacifiques et dans le délai le plus court possible, conforme à la Constitution, est attendue par tous ». François Delattre a assuré que tous les interlocuteurs du Conseil de sécurité avaient fait part de leur souhait d'éviter un nouvel épisode « après les événements tragiques des 19 et 20 septembre 2016 ».

Le diplomate français a ajouté que le Conseil a incité l'ensemble des acteurs à poursuivre les discussions, après l'Accord du 18 octobre, pour que le processus électoral puisse se tenir dans un climat pacifique et dans un esprit de consensus. Dans un cadre plus large et plus inclusif, les interlocuteurs du Conseil ont assuré de leur disponibilité à discuter pour aboutir à une feuille de route claire et précise, permettant de définir un schéma de transition et un calendrier électoral précis.

Le Conseil de sécurité a encouragé les parties à prendre les mesures de confiance qui s'imposent, a-t-il dit, telles que la levée des poursuites judiciaires à des fins politiques, la libération de prisonniers politiques, un engagement clair de tous à respecter la Constitution et l'ouverture de l'espace politique.

François Delattre, qui a appelé les autorités à rétablir le signal de Radio France Internationale (RFI) et à lever l'interdiction de manifester, a déclaré: « des compromis seront nécessaires de part et d'autre, nous avons espoir que l'esprit de responsabilités politiques prévaudra ». Il a ajouté: « la médiation conduite par le CENCO mérite notre soutien. Elle a le potentiel de faire venir les parties au compromis nécessaire pour que la RDC connaisse une transition pacifique après le 19 décembre. »

S'agissant de la situation dans l'est du pays, il a d'abord indiqué que le Conseil de sécurité s'était rendu « pour la première fois à Beni » afin d'exprimer sa solidarité avec les victimes de récentes violences. « Les atrocités qui ont été commises dans cette région depuis deux ans sont un défi pour nous tous, pour la dignité humaine, pour la paix et la stabilité de la RDC et de la région. »

Le représentant français a été clair, affirmant qu'il n'y aurait pas de sécurité durable dans l'est de la RDC « tant que les groupes armés illégaux continueront à sévir dans cette région ». À cet égard, il a réaffirmé la position du Conseil, à savoir que la réponse doit être globale: militaire, grâce à la MONUSCO et aux Forces armées de RDC; politique et judiciaire, grâce à la lutte contre les trafics illégaux de ressources naturelles et les circuits de prédation qui permettent à ces groupes de subsister et la poursuite judiciaire des auteurs de ces exactions. « La collaboration entre pays de la région est essentielle pour y parvenir », a noté le représentant de la France.

Sur ce dernier point, son homologue de l'Angola, Gaspar Martins, a expliqué que les échanges entre les membres du Conseil et les autorités de son pays, qui préside actuellement la Conférence internationale de la région des Grands Lacs, avaient montré que les acteurs régionaux sont mobilisés pour éviter « à tout prix » une détérioration de la situation en RDC.

Nos discussions se sont concentrées sur la prévention de ce risque, a-t-il dit. La présidence, le Parlement et le Gouvernement angolais sont préoccupés par la crise en RDC et ses conséquences éventuelles sur l'ensemble de la région, a-t-il fait observer, en estimant que l'appel au dialogue de l'Angola, « un pays qui, après 30 ans de conflit armé, est parvenu à la paix et à la réconciliation nationale grâce précisément à un dialogue inclusif », devait être pris au sérieux.

« Le Conseil de sécurité est l'instrument international à même d'aider les pays de la région des Grands Lacs à parvenir à la paix et à la stabilité selon une vision commune », a-t-il conclu.

(Extrait sonore : François Delattre, Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies)

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17/11/2017
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