Haïti, Soudan et Soudan du Sud : un responsable de l'ONU rend compte des derniers développements humanitaires

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John Ging, Directeur de la Division opérationnelle du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), informe la presse sur la situation au Soudan / au Sud-Soudan et en Haïti. (Crédit: Photo ONU / JC McIlwaine)

Le directeur de la Division opérationnelle du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), John Ging, a fait le point mercredi sur les situations humanitaires en Haïti, au Soudan et au Soudan du Sud suite aux visites successives qu’il a effectué dans ces trois pays du 2 au 12 novembre.

S’exprimant lors d’une conférence de presse à New York, M. Ging a rappelé que l’ouragan Matthew a affecté 1,4 millions de personnes en Haïti, déplaçant 175.000 personnes qui ont pu trouver refuge dans 307 abris temporaires, notamment dans des écoles.

« 520.000 personnes en Haïti ont bénéficié d’une assistance alimentaire de la part du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies alors que l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) a rapidement contribué au nettoyage des zones cultivables et à l’acheminement de graines pour permettre la saison des plantations », a-t-il dit. M Ging s’est par ailleurs félicité de la « campagne de vaccination réussie » contre le choléra lancée le 8 novembre et qui a visé 800.000 personnes.

« La réponse a été plus lente en ce qui concerne les logements et a besoin de plus d’aide», a dit le Directeur qui a rappelé que les infrastructures sévèrement endommagées représentent toujours un défi pour l’efficacité de la réponse humanitaire.

M. Ging a regretté que l’appel de fond humanitaire de 120 millions de dollars pour Haïti n’ait été à ce jour financé qu’à hauteur de 40%. « Ce financement n’est pas consistant avec ce que nous recevons d’habitude dans le cas de catastrophes naturelles », a-t-il dit. « Cela a un impact négatif sur notre capacité à répondre. (…) Cela signifie beaucoup de souffrance non nécessaire. Ces gens n’ont plus rien. Ils ont besoin de tout en terme d’aide pour reconstruire leur vie alors que leur pays souffre déjà d’extrême pauvreté et d’autres défis », a-t-il alerté.

M. Ging a indiqué que 5,8 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire au Soudan où 3,2 millions de personnes sont actuellement déplacés à l’intérieur des frontières du pays, dont 2,6 millions rien qu’au Darfour.

Le directeur s’est rendu à Tawilla, au Darfour, où il a rencontré des personnes récemment déplacées qui sont à la recherche de solutions pour reconstruire leurs vies face à « une situation humanitaire qui s’éternise ».

« La question est ‘comment connecter l’humanitaire et le développement ?’ », a dit M. Ging. « Après plusieurs années, les gens attendent de la communauté internationale de pouvoir les aider en terme de redressement et la communauté humanitaire fait écho à cette attente ».

Lors de son déplacement au Soudan, le responsable d’OCHA a toutefois vu beaucoup d’opportunités pour aider les gens à se reconstruire. « Je mets l’accent sur l’opportunité donnée à nos partenaires de développement de s’impliquer. C’est urgent et faisable », a-t-il souligné.

« Afin d’éviter de répéter des appels humanitaires une année après l’autre.

Nous devrions faire beaucoup plus dans des endroits comme le Darfour en termes de développement » a dit M Ging, précisant que l’appel humanitaire de 952 millions de dollars pour le Soudan n’est financé qu’à hauteur de 43% seulement.

« Des trois pays que j’ai récemment visités au cours de cette mission, le Soudan du Sud est celui qui me cause le plus de préoccupations », a déclaré M. Ging expliquant que la détérioration de la sécurité et l’escalade des combats ont pour conséquences une détérioration de la situation humanitaire, économique et des capacités de gouvernance. « Les décisions politiques prises ne sont pas suivies de mise en œuvre », a-t-il dit, l’imputant en partie aux divisions au sein de la structure de gouvernance du pays.

« C’est une situation extrêmement inquiétante », s’est-il alarmé rappelant que le Conseiller spécial pour la prévention du génocide, Adama Dieng, qui se trouvait au Soudan du Sud au même moment, pense que la nature et la férocité des combats indiquent un vrai danger « que nous sommes peut-être sur un cycle menant à un génocide ».

« Cela s’ajoute déjà à une situation humanitaire déjà grave en termes de protection des civils et des besoins physiques de la population », a-t-il souligné. « 6,1 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire et 2,9 millions de personnes sont déplacées (1,8 millions de personnes déplacés à l’intérieur du pays et 1 million de réfugiés en dehors du pays) depuis le début des combats en 2013 », a-t-il précisé.

M. Ging s’est également dit très préoccupé par la rapide détérioration de la sécurité alimentaire. « Cela n’a jamais été aussi mauvais que maintenant et nous sommes sur une trajectoire où cela va empirer avec une estimation de 3,8 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire, soit 1 million de plus qu’il y a un an ».

Selon le responsable d’OCHA, le fait qu’une école sur trois dans le pays soit endommagée ou détruite a des conséquences sur au moins 900.000 enfants pour lesquels le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) pointe les dommages psychologiques qui n’ont pas épargné les femmes. « A Yei où je me suis rendu, j’ai également écouté avec horreur les expériences traumatiques racontées par des groupes de femmes ».

M. Ging souligne toutefois le courage des personnes rencontrées qui ne comprennent pas la vitesse et l’ampleur de la crise qu’ils subissent et attendent de la communauté internationale d’être à la hauteur. « Partout où je suis allé, j’ai entendu des demandes très raisonnables et rationnelles pour plus d’engagement de la part de la communauté internationale et nous devons tous, d’une manière ou d’une autre, nous mobiliser », a-t-il dit.

Le directeur a tenu à saluer la générosité de la communauté internationale et des donneurs concernant l’appel de fonds humanitaire pour le Soudan du Sud financé à hauteur de 75% – le plus grand financement en termes de pourcentage. « Cela a pour conséquence un travail formidable des organisations humanitaires sur le terrain », s’est-il félicité, rappelant que le dernier pays à avoir été admis au sein de l’ONU est actuellement le plus dangereux pour les travailleurs humanitaires. « Nous avons perdu plus de travailleurs humanitaires au Soudan du Sud que partout ailleurs », a-t-il déploré.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

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08/12/2017
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