Etats-Unis : un expert de l'ONU juge excessif le recours à la force contre des manifestations de peuples autochtones

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Le Rapporteur spécial sur les droits à la liberté de rassemblement pacifique et d'association, Maina Kiai. Photo ONU/Jean Marc Ferré

Un expert des droits de l’homme des Nations Unies a accusé mardi des forces de sécurité américaines d’avoir fait un usage excessif de la force à l’encontre de manifestants qui tentaient d’arrêter un projet de pipeline qui traverse des terres sacrées pour des populations autochtones.

Selon le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits à la liberté de réunion et d’association pacifiques, Maina Kiai, des représentants des forces de l’ordre, des sociétés de sécurité privées et la garde nationale de l’Etat américain du Dakota du Nord ont utilisé une force injustifiée pour traiter les opposants au pipeline Dakota Access.

« Certaines des 400 personnes détenues pendant les manifestations ont subi « des conditions inhumaines et dégradantes en détention », a déclaré M. Kiai dans un communiqué.

Les manifestants affirment qu’ils ont fait face à des balles en caoutchouc, à des gaz lacrymogènes, à des grenades à compression et à des projectiles en sachet alors qu’ils exprimaient leurs inquiétudes vis-à-vis de l’impact environnemental du projet de pipeline et essayaient de protéger des cimetières et d’autres sites sacrés de la tribu Sioux Rock.

« Les tensions se sont intensifiées au cours des deux dernières semaines, les forces de sécurité locales ayant eu recours à une réponse de plus en plus militarisée aux manifestations et au déplacement forcé de camps situés près du chantier », a déclaré l’expert des droits de l’homme.

« Il s’agit d’une réponse troublante à des personnes qui prennent des mesures pour protéger les ressources naturelles et un territoire ancestral face à des activités lucratives », a-t-il noté. « L’utilisation excessive de l’appareil de sécurité d’Etat pour réprimer les manifestations contre des activités d’entreprises qui violeraient les droits de l’homme est inacceptable et contraire aux Principes directeurs des Nations Unies sur les entreprises et les droits de l’homme », a-t-il précisé.

« Les gens estiment que leurs préoccupations sont ignorées, et c’est leur droit de d’organiser des réunions pacifiques pour que ces préoccupations puissent être entendues », a souligné M. Kai. « Les autorités ont l’obligation de protéger activement ce droit. Les droits des défenseurs du patrimoine culturel doivent être respectés et protégés », a-t-il ajouté.

Le Rapporteur spécial a reconnu que certaines manifestations étaient devenues violentes, mais a souligné que la réponse devait être strictement proportionnée et ne pas affecter les manifestants pacifiques.

« Le droit à la liberté de réunion pacifique est un droit individuel, et il ne peut pas être enlevé indistinctement ou en masse en raison des actes violents de quelques-uns », a-t-il dit. « L’utilisation de la violence par certains manifestants ne doit pas servir de justification pour annuler les droits pacifiques de tous les autres ».

Le Rapporteur spécial s’est dit préoccupé par l’ampleur des arrestations et des conditions de détention. « Le fait de marquer des personnes avec des numéros et de les détenir dans des cages surpeuplées, à même le sol en béton nu, sans recevoir de soins médicaux est un traitement inhumain et dégradant », a-t-il dit.

M. Kiai a également indiqué qu’une annonce faite le 8 novembre par l’opérateur de pipeline Energy Transfer LLC Corporation, affirmant que la phase finale de la construction commencerait dans deux semaines, a « volontairement » ignoré une déclaration publique antérieure faite par les agences fédérales.

« J’appelle la société de pipeline à cesser toutes les activités de construction dans un rayon de 32 kilomètres à l’est et à l’ouest du lac Oahe», a-t-il déclaré.

La construction de l’oléoduc s’est poursuivie malgré un appel lancé en septembre par le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, Victoria Tauli-Corpuz, et d’autres experts pour son arrêt. Le pipeline de 1.890 kilomètres, conçu pour transporter du pétrole brut vers une raffinerie près de Chicago, est construit par la société Energy Transfer et le Corps du génie de l’armée américaine.

Les manifestants disent que plusieurs sites sacrés de la tribu des Sioux Rock ont déjà été attaqués au bulldozer et que des travaux de construction sont proches du fleuve Missouri, considéré comme sacré. En outre, les manifestants estiment que le projet représente une menace importante pour la qualité de l’eau potable.

L’appel de M. Kiai a été approuvé par le Rapporteur spécial sur les peuples autochtones, Victoria Tauli-Corpuz; le Rapporteur spécial sur les droits culturels, Karima Bennoune; le Rapporteur spécial sur la question des obligations en matière de droits de l’homme relatives à la jouissance d’un environnement sûr, propre, sain et durable, John Knox; le Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression, Michel Forst; le Rapporteur spécial sur les droits de l’homme à l’eau potable et à l’assainissement, Léo Heller; et l’actuel Président du Groupe de travail des Nations Unies sur la question des droits de l’homme et des sociétés transnationales et autres entreprises commerciales, Pavel Sulyandziga.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

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20/10/2017
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