Syrie : la Commission d'enquête de l'ONU va mener des investigations spéciales sur les abus à Alep

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L’Ambassadeur de la Syrie à Genève, Hussam Edin Aala, lors de cette session spéciale du Conseil des droits de l’homme sur Alep (UN Photo / J.M. Ferré)

La Commission d'enquête de l'ONU sur la Syrie va mener des investigations spéciales sur les abus des droits de l'homme à Alep-Est. Le Conseil des droits de l'homme lui a donné vendredi à Genève cette mission.  Une résolution défendue par la Royaume-Uni a été adoptée par 24 voix contre 7 (Russie, Chine, Burundi, Algérie, Bolivie, Cuba et Venezuela) et 16 abstentions.  De son côté, la Syrie a dénoncé un texte qui « rejette la responsabilité des terroristes » de l'opposition soutenus par plusieurs Etats membres.

Dans la résolution, les membres du Conseil des droits de l'homme se disent « scandalisés» par le « nombre alarmant » de victimes civiles provoquées par les bombardements sur Alep-Est. Le texte demande à Damas et à ses alliés d'arrêter ces raids aériens. Les membres de cet organe onusien condamnent enfin les violences liées à l'Etat islamique (EI) et du Front al-Nosra ainsi que de toutes les organisations qualifiées de terroristes par le Conseil de sécurité de l'ONU. La Commission d'enquête de l'ONU sur la Syrie devra faire part de ses conclusions « au plus tard lors de la prochaine et 34e session du Conseil des droits de l'homme en mars 2017 ».

Au début de cette session spéciale du Conseil des droits de l'homme de l'ONU sur Alep, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme avait dénoncé ce vendredi des « crimes de portée historique » en Syrie. Ses propos visaient plus particulièrement la ville d'Alep, qui est aujourd'hui devenue selon lui « un abattoir ». Et face à ces « crimes de proportion historique » Zeïd Ra'ad al Hussein a appelé les grandes puissances à mettre de côté leurs différends pour porter le dossier syrien devant la Cour pénale internationale (CPI).

 

« L'échec collectif de la communauté internationale à protéger les civils et à arrêter le bain de sang à Alep devrait hanter chacun d'entre nous ». Lors de cette réunion extraordinaire du Conseil des droits de l'homme, le Haut-Commissaire Zeid n'a pas fait dans la dentelle pour dénoncer les « attaques délibérées et répétées » contre des hôpitaux, des écoles ou des marchés en Syrie. Le Chef des droits de l'homme de l'ONU s'est longtemps appesanti sur le sort de ces milliers de civils de la partie orientale de l'ancienne cité d'Alep transformée en un « abattoir ».  Il a ainsi décrit des atrocités commises systématiquement contre les civils par tous les belligérants. Des tueries qui pourraient constituer, selon Zeid Raad al-Hussein, « des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre ».

Le ton est ainsi donné lors de cette session spéciale réclamée par le Royaume-Uni et soutenue par une quinzaine de pays dont l'Arabie Saoudite, les Etats-Unis et la France. Du coup, le Président de la Commission d'enquête sur la Syrie a rappelé que « personne n'est à l'abri d'une attaque des parties au conflit ».

« Toutes les parties belligérantes ont refusé d'adopter des mesures destinées à protéger des vies innocentes, a fait remarquer Paulo Sergio Pinheiro. Elles refusent d'assumer la responsabilité de leurs actions et nous l'avons répété dans chaque rapport que nous avons présenté ici. Une responsabilité qui incombe non seulement aux parties belligérantes sur le terrain, mais aussi aux acteurs extérieurs qui les soutiennent. Le Gouvernorat d'Alep est devenu un microcosme en Syrie, avec une multitude d'acteurs servant des intérêts concurrents et réglant des comptes plutôt de négocier un règlement politique pacifique ».

Dans ces conditions, la France souligne qu'il n'y a plus de temps à perdre face à l'ampleur du drame en cours à Alep. Paris qualifie la situation dans cette province de « révoltante » non sans s'insurger par le choix de de l'escalade militaire et de la terreur fait par le pouvoir  de Bachar Al-Assad et de ses alliés. L'Ambassadeur Elisabeth Laurin rappelle les priorités de la France dans ce conflit syrien. « Qui peut croire en effet en une paix durable en Syrie si les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité ne sont pas poursuivis ? C'est pourquoi la France continuera à demander à œuvrer pour que la CPI soit saisie.  La France appelle les soutiens du régime syrien, en premier lieu la Russie et l'Iran, à cesser les bombardements aériens sur Alep et à faire pression sur Damas pour que la trêve soit restaurée et l'accès humanitaire libre et sans entrave. Cela suppose en priorité de mettre un terme aux bombardements quotidiens du régime, aux entraves à l'accès humanitaire et à toutes les violations graves du droit international humanitaire ».

Et pour la Suisse, il en va de la responsabilité collective de ne pas rester passifs face à cette nouvelle escalade de violence. Une façon pour Bern de se préoccuper certes du sort d'Alep, mais de relever aussi que la situation est inquiétante dans l'ensemble de la Syrie. Selon Valentin Zellweger, Représentant permanent de la Suisse auprès de l'ONU à Genève, « sur plusieurs lignes de front à travers le pays, des attaques indiscriminées sont systématiquement commises par toutes les parties au conflit, violant les règles du droit international humanitaire relatives à la conduite des hostilités, notamment les  principes fondamentaux de distinction, de proportionnalité et de précaution.  Les conséquences de ces violations du droit international humanitaire sont particulièrement préoccupantes dans le Ghouta de l'Est, à Moadamyya ou encore à Alep-Est, où une vaste partie de la population civile est confrontée au risque de déplacement forcé ».

Le Royaume-Uni à l'origine de cette réunion extraordinaire a insisté sur la reddition des comptes de tous les responsables coupables de crimes en Syrie.

Face à ce sombre tableau dressé par plusieurs pays, la délégation syrienne a dénoncé ces gouvernements qui arment les groupes rebelles tout en précisant qu'il  n'y a qu'une seule ville d'Alep et non pas une d'Alep-Est et une autre d'Alep-Ouest.  Et loin de ces considérations géographiques, la Russie trouve que cette session procède d'une guerre de l'information. Moscou souligne que parmi les coauteurs de ce projet de résolution qui sera soumis au vote, figurent des pays qui aident les groupes terroristes.

(Dossier réalisé par Alpha Diallo à Genève ; avec des extraits sonores de Paulo Sergio Pinheiro, Président de la Commission d'enquête sur la Syrie ; L'Ambassadeur Elisabeth Laurin, Représentant permanent de la France auprès de l'ONU-Genève ; et Valentin Zellweger, Représentant permanent de la Suisse auprès de l'ONU à Genève)

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19/10/2017
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