Syrie: le Chef des droits de l'Homme de l'ONU veut une limitation du droit de veto après le drame d'Alep

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Zeid Ra’ad Al Hussein, Haut Commissaire aux Droits de l'homme. Photo: UN Photo/J.M. Ferré

La tragédie qui se déroule à Alep nécessite des initiatives nouvelles et audacieuses. Dans un communiqué rendu public ce mardi à Genève, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme dégage des pistes pour mettre fin à ce désastre humanitaire. Zeid Ra'ad Al Hussein préconise ainsi la limitation « sans délai » du droit de veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU.

 

«Le temps est venu pour un leadership fort et des actions audacieuses ». Le Chef des droits de l'homme de l'ONU ne mâche pas ses mots face à la tragique situation qui prévaut présentement en Syrie. Devant une telle « tragédie », Zeid Ra'ad al Hussein a estimé que la situation à Alep plaidait en faveur de nouvelles initiatives fortes, dont une limitation de l'usage du veto par les membres permanents du Conseil de sécurité. « Le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait, sans délai, adopter des critères pour empêcher ses membres d'utiliser leur véto lorsqu'il existe des préoccupations graves quant à de possibles crimes de guerre, crimes contre l'humanité ou génocide», a déclaré le Haut-Commissaire dans un communiqué rendu public ce mardi à Genève.

Une «initiative cruciale » qui permettrait ainsi au Conseil de sécurité des Nations Unies de pouvoir « renvoyer la situation en Syrie devant la Cour pénale internationale ». Avec ce nouvel appel, le Chef des droits de l'homme décline sa feuille de route pour sortir cette crise syrienne de l'impasse diplomatique, non sans rappeler que cette saisine de la CPI est une « évolution » qu'il a « réclamée à maintes reprises ».  « Un tel renvoi serait plus que justifié au regard de l'impunité endémique et profondément choquante qui caractérise le conflit et de l'ampleur des crimes commis, dont certains pourraient constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l'humanité», a-t-il dit.

À cet égard, il établit même un parallèle avec les bombardements de la Deuxième Guerre mondiale. «N'oublions pas que la destruction de villes telles que Varsovie, Stalingrad et Dresde, et l'horreur infligée aux civils, ont grandement contribué à la création des Nations Unies.  Nous ne pouvons pas nous permettre d'échouer à Alep », fait remarquer Zeid Ra'ad al Hussein.

Dans ces conditions, « nous ne pouvons pas nous permettre de continuer à faire défaut aux milliers d'enfants pris au piège dans cette ville, dans l'attente d'un massacre », a-t-il dit, notant que depuis le 21 septembre des centaines de civils ont été tués, parmi lesquels au moins 100 enfants. Zeid Ra'ad al Hussein estime que les frappes des forces pro-gouvernementales syriennes visent structurellement des cibles pourtant protégées par le droit humanitaire international, y compris des centres médicaux, le personnel humanitaire et des stations de pompage d'eau. «L'utilisation par les groupes armés d'opposition de ce qui est connu comme le canon de l'enfer, un mortier de fabrication artisanale qui tire des bonbonnes de gaz contenant des explosifs et des fragments, est aussi totalement inacceptable», a dit le Haut-Commissaire, qui a aussi noté que l'utilisation de telles armes constituait des attaques indiscriminées, étant donné qu'il est quasi impossible de les cibler correctement et qu'elles ont souvent tué et blessé des civils dans les zones sous contrôle gouvernemental.

(Interview : Cécile Pouilly, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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18/10/2017
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