Europe orientale et Asie centrale : un tiers de la population active occuperait des emplois précaires, selon le PNUD

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En Géorgie, une femme âgée vend des fruits secs sur un trottoir. Photo PNUD Géorgie/Vladimer Vaishvili

Avec 37 millions de personnes engagées dans des emplois informels ou vulnérables en Europe de l’Est, en Turquie et en Asie centrale, soit l’équivalent d’un tiers de la population active dans cette région, les systèmes de protection sociale des pays concernés sont de plus en plus fragilisés, selon un nouveau rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) publié mercredi.

Ce rapport montre que malgré l’avancée notable constituée par les 80 millions de personnes qui ont rejoint la classe moyenne depuis 2001 (sur une population totale de 230 millions), le faible prix des produits de base et le ralentissement de la croissance économique dans l’Union européenne et la Fédération de Russie font qu’il est de plus en plus difficile pour un grand nombre de citoyens de trouver un emploi décent ou d’accéder à des services de base tels que la santé ou l’éducation.

Les femmes, les travailleurs migrants, les jeunes et les minorités ethniques telles que les Roms sont particulièrement menacés. Les femmes, par exemple, sont 30% moins susceptibles de trouver un emploi que les hommes, mais effectuent deux fois et demi plus de travaux domestiques que ces derniers sans recevoir de rémunération. En outre, les décès liés au sida ont triplé au cours des 15 dernières années, en partie en raison de la difficulté des populations marginalisées à accéder à la prévention et au traitement.

Bon nombre de ces problèmes reflètent la discrimination et l’exclusion qui ne sont pas recensées dans les statistiques officielles. Les données de l’enquête de la Banque Mondiale et de Transparency International citée dans le rapport révèlent qu’un grand nombre de personnes interrogées attestent de l’existence d’un système de justice à deux vitesses, tandis qu’un tiers des répondants avouent avoir payé des pots de vin pour bénéficier d’un traitement médical.

« Nombreux sont les pays de la région qui assuraient auparavant à leurs populations une sécurité d’emploi relative et un accès gratuit et universel aux services sociaux. On y dénombrait également moins d’inégalités entre les hommes et les femmes. Mais compte tenu de l’accroissement de la vulnérabilité et de l’exclusion, ces pays offrent désormais le visage de toutes les autre sociétés à travers le monde », a déclaré Cihan Sultanoğlu, Directrice du Bureau régional du PNUD pour l’Europe et la Communauté d’États indépendants. Le rapport, estime également que près de 65 milliards de dollars quittent chaque année la région sous forme de flux financiers illicites en raison des défauts de facturation liés aux opérations de commerce extérieur. En récupérant ne serait-ce qu’une petite fraction de ces fonds, les gouvernements des pays d’Europe de l’Est, de la Turquie et d’Asie centrale pourraient injecter d’énormes sommes dans la création d’emplois, l’élargissement des systèmes de protection sociale et la réduction de l’écart entre les genres.

Le rapport appelle à la réduction des impôts sur le revenu du travail, relativement élevés dans la région, afin d’encourager l’emploi formel, plus à même d’assurer la couverture sociale et les droits des travailleurs. En outre, l’allègement du fardeau des soins et des travaux domestiques assurés par les femmes pourrait améliorer l’éducation, l’emploi et les possibilités de revenus de ces dernières. Cela pourrait accélérer en retour la croissance économique et améliorer les niveaux de bien-être de l’ensemble de la population.

Par ailleurs, l’augmentation des recettes fiscales nationales, l’interception des flux de capitaux illicites et l’imposition de taxes plus élevées sur les activités économiques qui nuisent à l’environnement, telles que l’extraction et le traitement des combustibles fossiles non renouvelables, sont autant de mesures susceptibles d’augmenter les recettes budgétaires et d’aider les pays à opérer leur transition vers une économie plus verte et une société plus égalitaire.

Enfin, le rapport appelle à améliorer la capacité des bureaux de statistique pour recueillir des données fiables et indépendantes sur les inégalités, mais aussi pour répondre plus efficacement aux besoins des groupes vulnérables. Cependant, selon les auteurs du rapport, de tels efforts exigent des réformes plus étendues au sein de l’administration publique et de la fonction publique.

(Extrait sonore : Mise en perspective par Jérôme Longué)

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19/10/2017
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