CEDAW : le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes examine le rapport du Burundi

Écouter /

Le Siège des Nations Unies à Genève (Photo: ONU)

Le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes a examiné, aujourd’hui, le rapport du Burundi sur les mesures prises par ce pays pour donner effet aux dispositions de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.

Présentant ce rapport, Elisa Nkerabirori, Assistante du Ministre des droits de la personne humaine, des affaires sociales et du genre du Burundi, a affirmé que depuis 2008, date du dernier examen de son pays par le Comité, le Burundi a connu une avancée significative dans la promotion des droits de la femme. Les efforts de l’État se heurtent toutefois à «certains défis principalement liés à la conjoncture économique et financière internationale». La représentation des femmes dans les instances de prise de décision est une réalité, a poursuivi l’Assistante du Ministre. Toutefois, le Gouvernement est conscient que des réformes profondes restent à mener; mais chaque société évolue à un rythme qui lui est propre», a-t-elle précisé.

Elisa Nkerabirori a ensuite fait état d’un certain nombre de textes et mesures adoptés en faveur de l’accès des femmes à la justice, à commencer par la Constitution de 2005 qui garantit l’égalité de tous devant la loi; elle a aussi cité la révision du Code pénal et du Code procédure pénale, ainsi que les mesures prises en faveur de l’assistance juridique. Des mesures ont été prises dans le domaine de l’éducation des filles contre les attitudes traditionnelles, dont les résultats sont encourageants et, pour la première fois, le Burundi a atteint la totale égalité entre les sexes en termes d’accès à l’éducation primaire, ce qui favorise la lutte contre le mariage précoce, a fait valoir Elisa Nkerabirori. Concernant l’emploi, des mesures ont été prises pour assurer le respect des conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) relatives à l’égalité de rémunération entre les sexes. Par ailleurs, a été adoptée en septembre dernier la loi portant prévention, protection des victimes et répression des violences basées sur le genre – un texte que la cheffe de délégation a qualifié de «révolutionnaire».

La délégation burundaise était également composée, entre autres, de la Directrice générale de la promotion de la femme et de l’égalité du genre, d’une sénatrice et de représentantes du Ministère de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique et du Ministre de la justice.

La délégation a répondu aux questions qui lui étaient adressées par les membres du Comité s’agissant, notamment, du statut de la Commission nationale des droits de l’homme; de la société civile; de la situation carcérale; de la crise que traverse actuellement le pays – et notamment du rôle joué par la Ligue des jeunes Imbonerakure; des personnes réfugiées et déplacées; du retrait du pays du Statut de Rome de la Cour pénale internationale; de la politique nationale du genre; de la représentation des femmes; du Code de la nationalité, du Code des personnes et de la famille et du Code du travail; de la violence domestique; ou encore de l’interdiction de l’avortement.

La crise actuelle concerne uniquement quatre quartiers de Bujumbura qui se sont soulevés contre le Gouvernement, a affirmé la délégation durant le dialogue. La Ligue des jeunes Imbonerakure est diabolisée; elle est stigmatisée depuis 2013 par des opposants qui entendaient justifier ainsi à l’avance leurs actes délictueux, a ajouté la délégation. Elle a en outre souligné que le Burundi a décidé souverainement, par un vote de son Parlement, de se retirer du Statut de Rome de la CPI, possibilité qui est prévue dans ledit Statut.

Au cours du dialogue, une experte membre du Comité a fait part de l’inquiétude du Comité face aux graves limitations imposées à la société civile et face aux restrictions aux libertés depuis avril 2015. Cette même experte a indiqué que le Comité avait le sentiment d’être «mené en bateau», le Burundi disant et répétant examen après examen qu’il élaborait des textes dont on ne voit jamais l’aboutissement. Par ailleurs, le système judiciaire est souvent considéré comme corrompu, partial, trop soumis au pouvoir exécutif et peu efficace, a-t-elle ajouté. Plus de 45% des femmes incarcérées sont en fait en détention préventive, a en outre fait observer la même experte, ajoutant que leur situation est inquiétante en raison de la surpopulation carcérale, des mauvais traitements, de l’absence de séparation systématique entre hommes et femmes et du manque de nourriture et de soins. Par ailleurs, 35% des femmes condamnées à des peines de prison le sont pour cause d’avortement ou d’infanticide et ce chiffre est particulièrement inquiétant au vu de l’insuffisance de la contraception, de la pauvreté généralisée et du manque d’éducation de nombreuses femmes, a-t-elle indiqué.

Une autre experte a fait état d’un rapport récent de l’ONU mettant en cause des jeunes Imbonerakure, milice proche du pouvoir, dans la commission d’atrocités. Une autre experte a demandé si les autorités burundaises avaient la volonté politique de mettre un terme aux violences sexuelles commises depuis le début des troubles l’an dernier par des acteurs étatiques et non étatiques.

(Extrait sonore: Elisa Nkerabirori, Assistante du Ministre des droits de la personne humaine, des affaires sociales et du genre du Burundi)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
20/10/2017
Loading the player ...