Afghanistan : la production d'opium a augmenté de 43% en un an, selon une enquête de l'ONU

Écouter /

Un pivot à opium en Afghanistan (archives) Photo: ONU//Zalmai

Selon une enquête publiée lundi par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), la production d’opium en Afghanistan a atteint 4.800 tonnes en 2016, soit une augmentation de 43% par rapport à 2015.

Le Directeur exécutif de l’ONUDC, Yury Fedotov, a déclaré que le nouveau rapport montre un renversement inquiétant dans la lutte contre le problème persistant de drogues illicites en Afghanistan et de leurs conséquences sur le développement, la santé et la sécurité.

« D’après nos constatations, la superficie totale des cultures de pavot a augmenté de 10%, passant de 183.000 hectares en 2015 à 201.000 hectares cette année », a déclaré M. Fedotov, lors d’une conférence de presse à Kaboul. « La culture du pavot est en pleine expansion dans le nord et l’ouest, et le nombre de provinces sans pavot a chuté de 14 à 13 en 2016 », at-il précisé.

Selon l’étude de l’ONUDC, une plus grande superficie sujette à la culture du pavot pour l’opium peut expliquer cette production en hausse, mais le facteur le plus important est le rendement plus élevé de l’opium par hectare. La plus grande augmentation de rendement a eu lieu dans la région de l’Ouest, où le rendement moyen a augmenté de 37% et la région du Sud, avec une hausse de 36%. Étant donné que ces deux régions représentent 84% de la culture totale du pavot à opium en Afghanistan, le rendement en hausse dans ces régions a eu un fort impact sur la production potentielle d’opium national.

« Aucun de ces résultats sont positifs, et ils indiquent l’ampleur de la menace à laquelle fait face l’Afghanistan et la communauté internationale », a dit le Directeur exécutif, qui a exhorté cette dernière à fournir les ressources nécessaires pour construire une plus grande coopération régionale.

« Ces problèmes ont rayonné vers l’extérieur créant des problèmes de santé et de sécurité dans les pays voisins de l’Afghanistan, en Asie occidentale et centrale, et le long des principales routes de la drogue vers le reste du monde », a-t-il dit. « Pour toutes ces raisons, jamais le concept de responsabilité partagée n’a été si important ».

Pour M. Fedotov, ces problèmes font partie d’un problème de développement beaucoup plus large en Afghanistan où « l’argent de la drogue alimente le terrorisme et est la force motrice derrière la corruption ».

« L’engagement politique doit aussi être approfondi pour lutter les drogues illicites, mais aussi pour mettre fin la corruption endémique, ainsi que la prolifération du blanchiment d’argent et d’autres délits financiers », a-t-il souligné.

Pour le chef de l’ONUDC, il convient toutefois de reconnaître que l’Afghanistan est « aussi sans doute la première des nombreuses victimes de cette drogue destructrice », précisant que le pays souffre de niveaux dévastateurs de toxicomanie; d’instabilité et d’insécurité accru ; et d’un développement affaibli en raison des conséquences de ces drogues illicites. « Les efforts locaux des forces de l’ordre sont souvent menés dans le contexte d’une insurrection amère et violente qui dure obstinément et entrave les progrès », a-t-il nuancé.

« La vérité est que nous ne pouvons pas nous permettre de tourner le dos à cette nation bien en peine, qui peut faire beaucoup pour aider à réduire la misère mondiale et les souffrances causées par l’opium et de l’héroïne », a-t-il conclu.

(Extrait sonore : Mise en perspective par Florence Westergard)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
20/09/2017
Loading the player ...