Conseil des droits de l'homme : le Burundi réagit aux accusations des enquêteurs de l'ONU

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Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a examiné, ce mardi à Genève, le rapport de la Mission d'enquête des Nations unies sur les violations des droits de l'Homme au Burundi. Lors de cette mise à jour orale, les experts sont revenus sur certaines des violations enregistrées, y compris des viols, des abus qui sont, selon les enquêteurs, clairement motivés par la haine ethnique. Mais ce document accablant a été rejeté en bloc par Bujumbura.

 

Arrestations arbitraires, détentions massives, disparitions forcées, exécutions à grande échelle, assassinats ciblés, torture et mauvais traitements généralisés. Devant le Conseil des droits de l'homme ce mardi après-midi à Genève, la mission d'enquête des Nations unies au Burundi a réitéré les mêmes griefs et les nombreux crimes attribués essentiellement à la police et au service de renseignement (SNR). Bien que des assassinats ciblés et attaques à la grenade aient également été attribués à des groupes d'opposition armés, la grande majorité des violations documentées ont été perpétrés par le personnel dédié à la sécurité de l'État et les Imbonerakure, travaillant souvent main dans la main.

L'une des enquêtrices de l'ONU revient sur ces schémas alarmants de violence et de répression. Selon Maya Sahli-Fadel, « il faut également souligner un trait saillant qui se dégage des enquêtes de l'EINUB, il s'agit de la violence sexuelle sordide subie par des femmes et des filles, soit parce qu'elles étaient des opposantes au régime, ou liées à des opposants, ou en punition parce qu'elles fuyaient le pays. Certains hommes ont également été victimes de violence sexuelle utilisée comme moyen de torture ou en punition pour avoir refusé de rejoindre aux Imbonerakure ».

Les enquêteurs onusiens indiquent aussi avoir observé une tendance croissante à l'utilisation d'un langage de division ethnique par des agents publics et le parti au pouvoir, y compris le déni inacceptable du génocide rwandais. Certaines des violations enregistrées par les enquêteurs, y compris des viols, étaient clairement motivés par la haine ethnique.

D'où cet appel d'Armel Niyongere, Directeur de SOS-Torture Burundi : « Il est urgent de protéger le peuple burundais contre le risque de génocide, comme le laisse craindre la prolifération de discours de haine prononcés par certaines autorités du Burundi et les violences motivées par des considérations ethniques ».

Si les enquêteurs indiquent avoir mené 227 interviews et reçu 57 soumissions écrites, les accusations contenues dans ce rapport sont rejetées par Bujumbura. Un rapport partial, selon Martin Nivyabandi, Ministre des droits humains du Burundi. « Le Gouvernement du Burundi voudrait réfuter non seulement les allégations gratuites et graves véhiculées dans ce rapport d'experts mais surtout dénoncer des procédés peu professionnels empruntés dans la collecte d'informations. Le Gouvernement du Burundi juge inadmissible qu'un rapport soit confectionné uniquement sur la base de témoignages anonymes, un contenu que les experts n'osent pas assumer, faute de preuves tangibles ».

Dans tous les cas, pour de nombreux orateurs, avec 285.000 réfugiés et plus de 100.000 personnes déplacées, ces mouvements de population témoignent de la peur, de la répression et des perturbations économiques et sociales imposées aux Burundais. Dans ces conditions, les enquêteurs de l'ONU ont réitéré leur demande à la communauté internationale afin qu'elle envisage une protection de la population civile burundaise si ces violences se poursuivent. Une recommandation qui invite à placer le Burundi sous chapitre 7 de la Charte de l'ONU, celui de l'imposition de la force.

(Mise en perspective d'Alpha Diallo à Genève ; avec des extraits sonores de Martin Nivyabandi, Ministre des droits humains du Burundi ; Maya Sahli-Fadel, membre de la mission d'enquête des Nations unies au Burundi ; et Armel Niyongere, Directeur de l'ONG, SOS-Torture Burundi)

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18/10/2017
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