Burkini : l'ONU met en garde contre la stigmatisation des musulmans en France

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Cécile Pouilly, porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme (Photo ONU/Jean-Marc Ferré).

Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a salué aujourd'hui la décision prise par la justice française de mettre un coup d'arrêt à l'interdiction du burkini, estimant que ces arrêtés alimentaient la « stigmatisation » des musulmans. « Ces décrets n'améliorent pas la situation sécuritaire; ils tendent au contraire à alimenter l'intolérance religieuse et la stigmatisation des personnes de confession musulmane en France, en particulier les femmes », ont indiqué les services du Haut-Commissaire Zeid dans un communiqué rendu public ce mardi à Genève.

 

Vendredi dernier, la plus haute juridiction administrative française, le Conseil d'Etat, avait suspendu l'un de ces arrêtés municipaux sur le burkini et a averti les maires que toute interdiction de ce maillot de bain devait s'appuyer sur des « risques avérés » pour l'ordre public. Une décision que salue le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, notamment concernant « l'interdiction de tenues de plage supposément inappropriées par la ville balnéaire de Villeneuve-Loubet ». « Une interdiction qui a été largement interprétée comme visant le burkini et d'autres tenues vestimentaires portées par les femmes de confession musulmane ».

Les services du Haut-Commissaire Zeid demandent donc aux autorités locales en France qui appliquent encore des arrêtés anti-burkinis de les « annuler immédiatement ».  Les services du Haut-Commissaire Zeid demandent donc aux « autorités de toutes les autres villes et stations balnéaires françaises ayant adopté des interdictions similaires de prendre acte de la décision  du Conseil d'Etat ».

De façon plus générale, le Haut-Commissariat estime que ces décrets n'améliorent pas la situation sécuritaire. « Ils tendent au contraire à alimenter l'intolérance religieuse et la stigmatisation des personnes de confession musulmane en France, en particulier les femmes », a indiqué le bureau du Haut-Commissaire dans un communiqué. Pour l'ONU, ces localités ayant pris ces mesures, en favorisant la polarisation entre les communautés, n'ont réussi qu'à aggraver les tensions et pourraient, en réalité, « miné les efforts destinés à combattre et prévenir l'extrémisme violent, des efforts qui dépendent de la coopération et du respect mutuel entre communautés ».

D'après l'agence onusienne, selon les standards internationaux des droits de l'Homme, les limites à la liberté de toute personne de manifester sa religion ou ses convictions, y compris par le choix de tenues vestimentaires, « ne sont autorisées que dans des circonstances très limitées, y compris pour la protection de la sécurité publique, l'ordre public, la santé publique ou la morale ». De plus, en vertu du droit international des droits de l'homme, les mesures adoptées au nom de l'ordre public doivent être appropriées, nécessaires et proportionnées, rappelle le communiqué.

Finalement du côté de l'ONU, on soutient que ces codes vestimentaires, tels que les décrets anti-burkini, affectent de manière disproportionnée les femmes et les filles et sapent leur autonomie en niant leur aptitude à prendre des décisions indépendantes sur leur manière de se vêtir. « Il est clair que les personnes portant un burkini, ou toute autre forme de vêtement, ne peuvent être blâmées pour les réactions violentes ou hostiles d'autres personnes », fait-on remarquer au siège du Palais Wilson à Genève, non sans rappeler que l'égalité de genres ne peut être obtenue en limitant les libertés individuelles ou en réglementant les vêtements que les femmes décident de porter.

(Interview : Cécile Pouilly, porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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23/10/2017
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