Bulgarie : l’ONU dénonce l’emprisonnement des migrants

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Des migrants et demandeurs d’asile, pour la plupart Kurdes de Syrie, s’asseoient dans la cour d’une école transformée en centre d’accueil, connu sous le nom de Vrazhdebna, à la périphérie de la capitale bulgare, Sofia. Photo: Jodi Hilton/IRIN

Emprisonner les migrants n’est pas la solution aux problèmes rencontrés par la Bulgarie en matière de migration, a prévenu jeudi le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, après une visite effectuée par des employés du Haut-Commissariat dans ce pays.

Il s’agissait de la deuxième visite d’employés du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) en Bulgarie au cours des huit derniers mois.

M. Zeid a noté des développements positifs depuis la première visite du HCDH en novembre dernier, notamment le délai fixé à six jours pour l’enregistrement d’une demande d’asile et le professionnalisme de nombreux employés travaillant dans les centres de détention.

Mais de nombreuses politiques et pratiques concernant les migrants et réfugiés suscitent l’inquiétude du HCDH.

« L’un des problèmes les plus graves est que pratiquement toutes les personnes entrant en Bulgarie d’une manière irrégulière sont détenues systématiquement », a déclaré le Haut-Commissaire dans un communiqué de presse. « Pire encore, elles peuvent également être poursuivies et emprisonnées, pendant un an ou plus, si elles essaient de quitter le pays. Le fait de quitter le pays est criminalisé en dépit du droit de toute personne, selon le droit international, de quitter un pays, y compris le leur ».

« Cela signifie que les personnes qui ne sont pas admissibles en vertu de la stricte définition de réfugié, mais ont tout de même des raisons légitimes de ne pas être en mesure de retourner dans leur pays d’origine, n’ont guère d’endroit où aller. Ceci est vraiment inhumain et inacceptable », a-t-il ajouté.

M. Zeid a dit qu’il était en particulier préoccupé par le mépris affiché envers les garanties en matière de procédure régulière et de procès équitable à la Cour régionale de Svilengrad, où la plupart des poursuites pénales pour les passages frontaliers irréguliers ont lieu.

D’autres préoccupations incluent les « refoulements » vers les pays voisins, les possibilités limitées de s’intégrer légalement en Bulgarie, et des allégations persistantes de mauvais traitements et de vols par des fonctionnaires chargés de l’application de la loi aux frontières.

En outre, l’équipe des droits de l’homme de l’ONU a constaté que les conditions dans certains établissements de détention de migrants étaient dégradantes, notamment le centre de transit d’Elhovo, très vétuste et insalubre, dans l’est de la Bulgarie.

Le Haut-Commissaire a regretté que des responsables bulgares, y compris le Premier ministre, et certains médias aient fait de fréquentes déclarations agressives contre les migrants.

« La montée de la xénophobie, de l’islamophobie et du racisme font partie des menaces les plus inquiétantes pour les droits de l’homme en Europe aujourd’hui », a déclaré M. Zeid. « Le gouvernement bulgare ne fait pas assez pour contrecarrer ces tendances alarmantes. De l’avis de certains, il encourage cette intolérance ».

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

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19/10/2017
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