Réunion à Genève sur la sécurité urbaine : ONU-habitat penche plutôt sur la prévention que la répression

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En prélude à Habitat III, la prochaine conférence des Nations Unies sur les établissements humains et les villes prévue du 17 au 20 octobre prochain à Quito, la capitale de l'Equateur, Genève accueille aujourd'hui et demain vendredi 8 juillet une conférence sur la sécurité urbaine. Ce rendez-vous est perçu par ONU-Habitat comme un processus qui intègre à la fois le rôle des gouvernements, la place des villes, mais aussi le rôle des communautés à la base. Face aux défis et à l'évolution de la sécurité dans les villes, se pose finalement le délicat équilibre entre prévention et répression pour lutter contre la criminalité urbaine.

Et dans une interview accordée à la Radio des Nations Unies, le Directeur du Bureau des projets et des programmes d'ONU-Habitat a beaucoup insisté sur l'approche de la prévention. Une façon pour Alioune Badiane de rappeler que la répression ne doit pas être l'unique réponse face à cette insécurité qui touche désormais plusieurs quartiers défavorisés de villes et mégapoles.

Lors de cette conférence de Genève, plusieurs experts ont ainsi rappelé certaines expériences, notamment suisses et canadiennes qui privilégient une approche « communautaire » en mettant l'accent sur les responsabilités locales des forces sécuritaires par rapport aux besoins de la communauté territoriale, tout en privilégiant aussi une politique de prévention à la base qui lie prévention de la délinquance, répression et lutte contre la pauvreté. « Tout en reconnaissant l'importance de la réponse sécuritaire, nous disons que ce n'est pas tout. Travaillons aussi sur la prévention », fait d'ailleurs remarquer le Directeur du Bureau des projets et des programmes d'ONU-Habitat. Selon Alioune Badiane, la répression ne doit pas être l'unique mission qui doit être donnée dans la lutte contre la criminalité urbaine. « Ce n'est pas la solution durable qui réglera à long terme cette question sécuritaire. Elle peut être une réponse à court terme pour permettre aux citoyens de sentir que les baïonnettes sont autour de nous, mais ça ne règle pas le problème ».

Ce haut responsable d'ONU-Habitat entend ainsi rappeler que très souvent, c'est d'abord un problème de « discrimination, de pauvreté, d'exclusion et de développement durable ». « Les communautés qui se sentent exclues, très fort malheureusement, sont obligées d'aller dans un sens de réponses qui ne sont pas adéquates », comme ces jeunes tentés par le djihadisme.  Dans tous les cas, l'examen de cette problématique vient à point nommé surtout face à la radicalisation de certains jeunes, notamment dans les zones urbaines défavorisées. A cet égard, ONU-Habitat reconnait que le « monde devient de plus en plus difficile à cause de phénomènes qui sont aujourd'hui de nature radicalisée ». C'est la raison pour laquelle, cette rencontre de Genève est aussi l'occasion de rappeler que même si la prévention de la criminalité revient d'abord aux missions régaliennes de l'Etat, la lutte contre la délinquance incombe aussi aux villes. Et ONU-Habitat entend donc inscrire cette question dans le cadre de l'élaboration de son « agenda urbain ».

(Interview : Alioune Badiane, Directeur du Bureau des projets et des programmes d'ONU-Habitat ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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23/10/2017
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