RDC : l'ONU appelle les parties au dialogue pour éviter que le pays sombre dans la violence

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Jan Eliasson, Vice-Secrétaire général des Nations Unies (Photo: ONU/L.Felipe)

Le Vice-Secrétaire général des Nations Unies, Jan Eliasson, a exprimé son inquiétude jeudi face à la montée des tensions politiques à l’approche des élections en République démocratique du Congo (RDC) et a appelé les parties à prendre part à un dialogue politique inclusif pour éviter que l’impasse actuelle ne dégénère en crise grave.

« La polarisation et le mécontentement de l’opinion public sont alimentés par des retards dans le processus électoral, le débat actuel concernant le respect de la Constitution et les restrictions croissantes de l’espace démocratique », a déclaré M. Eliasson, lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur la situation en RDC. Il a ajouté que les tensions politiques ne cessaient de croitre dans le pays à l’approche des élections présidentielles et législatives prévues par la constitution.

Selon le Vice-Secrétaire général, bien que la majorité et l’opposition aient donné leur accord de principe concernant le dialogue politique proposé par le Président Joseph Kabila, il n’existe aucune entente sur les conditions dans lesquelles ce dialogue aurait lieu et l’identité des participants. « Des leaders de l’opposition continuent d’exprimer leurs réserves. Ils soutiennent que le dialogue proposé par le Président Kabila pourrait conduire à une prolongation de son mandat, au-delà de novembre 2016 », a ajouté M. Eliasson.

Il a toutefois estimé que seul un dialogue « inclusif et crédible » entre les parties prenantes congolaises permettrait de désamorcer les tensions politiques actuelles, surmonter l’impasse électorale et prévenir la violence. « Ce dialogue devrait aboutir à un accord inclusif, qui pourrait conduire à des élections présidentielles et législatives crédibles », a-t-il dit.

En l’absence d’un tel dialogue, le Vice-Secrétaire général a averti que le pays risquait fortement de sombrer dans une crise grave, qui nécessiterait une réponse dépassant de beaucoup les capacités de la MONUSCO.

Il a par conséquent appelé les parties à participer « de manière constructive » au dialogue politique et à « placer les intérêts de leur nation au-dessus de tous les autres ».

M. Eliasson a estimé que le Groupe de soutien international aux efforts du médiateur de l’Union africaine en RDC, l’ancien Premier ministre togolais Edem Kodjo, pourrait permettre de renforcer significativement la confiance dans ce dialogue. En effet, il a salué l’annonce récente par le Groupe de soutien de sa volonté d’entreprendre des consultations, de préférence d’ici fin juillet 2016, pour encourager toutes les parties prenantes à participer au dialogue.

M. Eliasson a par ailleurs déclaré que l’établissement d’un registre électoral fiable permettrait également de désamorcer les tensions et d’ouvrir la voie à des élections transparentes et crédibles. « La MONUSCO [Mission de l'ONU pour la stabilisation en RDC] apporte une assistance technique et un soutien logistique pour la révision du registre », a-t-il précisé.

Le Vice-Secrétaire a ajouté que, à la demande du Conseil, la MONUSCO avait mis à jour ses plans pour gérer les risques de sécurité et surveiller les violations des droits de l’homme dans le contexte des futures élections.

« Ce qui est en jeu ici, au fond, est la stabilité à long terme de la RDC – et vous êtes conscients l’importance et la taille de ce pays – et de la région des Grands Lacs », a déclaré M. Eliasson. « La communauté internationale et les Nations Unies ont énormément investi dans la RDC. Nous devons préserver et capitaliser sur les progrès réalisés ».

Pour sa part, le représentant de la République démocratique du Congo, M. Ignace Gata Mavita, a reconnu que le processus électoral avait pris du retard.  « Mon pays tient à l'organisation d'élections libres et respectueuses de tous les standards internationaux en matière d'inclusivité, de transparence et de crédibilité et cela dans un climat apaisé en vue de sauvegarder la paix chèrement acquise », a-t-il néanmoins déclaré.  Cette détermination a été récemment réaffirmée par le Président Kabila, a rappelé le représentant, avant de préciser que le processus d'enregistrement sur les listes électorales avait été fixé pour ce mois de juillet.  Soulignant l'importance d'un dialogue national politique inclusif pour surmonter les obstacles, M. Gata Mavita a souhaité que ce dialogue, qui « tire en longueur », soit avant tout « l'affaire des Congolais ».

M. Gata Mavita est ensuite revenu sur le point relatif au rétrécissement de l'espace politique.  Toutes nos informations n'ont porté aucun résultat pour corriger la mauvaise perception véhiculée à ce sujet auprès de la communauté internationale, a-t-il regretté.  Il s'est d'ailleurs demandé si ce manque d'informations objectives n'avait pas pour but de jeter gratuitement le discrédit sur les institutions congolaises.  L'espace politique en RDC est le plus ouvert de toute la région, a-t-il assuré, en précisant que le pays comptait plus de 400 partis politiques et des centaines de chaines privées de radio et de télévision.  Plusieurs de ces chaînes, qui sont libres de fixer leur ligne éditoriale, appartiennent, a-t-il ajouté, à des membres de l'opposition.  « Ces chaînes passent souvent le plus clair de leur temps à critiquer les institutions publiques et même le Chef de l'État », a-t-il relevé.

Jugeant les critiques injustifiées, M. Gata Mavita a rappelé que les libertés publiques devraient s'exercer conformément à la loi et dans le respect des exigences de l'ordre public.  L'exercice des droits et libertés d'un individu, a-t-il dit, ne peut justifier que ce dernier défie impunément l'arsenal juridique protecteur des droits et de la sécurité de tous.  « L'appartenance à l'opposition ou à la majorité ou à tout autre corps au sein du pays ne disculpe pas de sa responsabilité l'auteur d'une infraction de droit commun. »

Enfin, le représentant congolais s'est, lui aussi, félicité de la reprise de la coopération entre les FARDC et la MONUSCO dans le cadre de la lutte contre les forces négatives et les groupes armés.  « Nous fondons l'espoir, a-t-il dit, que cette coopération permettra d'en finir rapidement avec les FDLR pour concentrer tous les efforts sur les ADF en vue de sécuriser complètement la région de Béni et les quelques localités qui souffrent encore de la présence des groupes armés. »

(Extrait sonore : Ignace Gata Mavita, Représentant permanent de la RDC auprès des Nations Unies)

 

 

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12/12/2017
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