Nigéria : le cri de détresse de Toby Lanzer sur le sort des déplacés de Boko Haram

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Un enfant malnutri à Monguno au Nord-est du Nigéria (Photo: Toby Lanzer/OCHA).

Ce sont des chiffres qui donnent le tournis.  Selon les Nations Unies, 9,2 millions de gens souffrent d'un déficit alimentaire dans la région du lac Tchad touchée par les violences de Boko Haram, aux confins du Nigeria, du Niger, du Cameroun et du Tchad. Et rien qu'au Nigéria, le conflit dans le nord-est du pays aurait déplacé 2,4 millions de personnes et contribué à créer une situation urgente d'insécurité alimentaire et de malnutrition, alors que près d'un demi-million de personnes ont besoin d'une aide alimentaire immédiate.

De retour d'une visite au Nigeria, le Coordonnateur humanitaire régional de l'ONU pour le Sahel, évoque une situation humanitaire « effrayante ».  Toby Lanzer décrit, dans une interview accordée à la Radio des Nations Unies,  les conséquences et la destruction absolues laissée par Boko Haram dans son sillage dans ces localités du Bassin du Lac Tchad.

 

Lors de sa visite en avril dernier, Toby Lanzer s'était déjà alarmé de la situation au Nord-Est du Nigéria où les populations « sont confrontées à l'une des crises les plus importantes et les plus graves au monde ». Après ce séjour à Bama, à 80 km au sud-est de Madougary, il est retourné cette semaine dans la région et s'est rendu à Dikwa et Monguno. Aujourd'hui encore, le décor et le désespoir des populations vulnérables est le même. Et c'est un nouveau cri de détresse qu'a lancé le Coordonnateur humanitaire régional de l'ONU pour le Sahel, concernant le sort de ces déplacés vivant dans des conditions précaires. « Ce qu'on voit là-bas est effrayant », concède Toby Lanzer. Ce dernier rappelle qu'il y a 4,4 millions de personnes menacées par la « faim » et qui ont besoin d'une aide alimentaire immédiate.

La semaine dernière déjà, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) avait averti que des dizaines de milliers d'enfants risquaient de mourir de malnutrition cette année dans les régions du nord-est du Nigeria récemment reprises par les autorités à Boko Haram, à moins qu'un traitement ne leur soit rapidement administré. « Nous estimons qu'environ un quart de million d'enfants de moins de cinq ans souffriront de malnutrition aiguë sévère dans l'État de Borno cette année », avait alors déclaré la Représentante de l'UNICEF au Nigéria, Jean Gough. En écho à ce cri de détresse, Toby Lanzer indique avoir vu, au cours de sa mission « des personnes qui ont vraiment besoin de l'eau, des médicaments pour survivre ». « C'est une grande crise. J'ai fait plusieurs crises mais ce que j'ai vu hier dans cette région, ce sont des enfants qui sont dans un état le plus sévère », a insisté le Coordonnateur humanitaire régional de l'ONU pour le Sahel.

Au terme de sept années de violences islamistes, c'est toute la région du lac Tchad qui est désormais touchée par l'insécurité et les pénuries alimentaires. Les attaques de Boko Haram ont jeté sur les routes plusieurs dizaines de milliers de personnes. Ce n'est plus une crise nigériane. Tous les pays riverains du lac Tchad sont concernés : le Nigéria, le Niger, le Cameroun et le Tchad.

Face à cette situation, ce haut responsable onusien en appelle à la communauté internationale qui doit prendre conscience « de la gravité de la situation humanitaire ». Il est très vital d'augmenter la réponse humanitaire. « Ces prochains trois mois doivent être une priorité », avertit-il, non sans rappeler que l'urgence est de fournir une « assistance alimentaire et nutritionnelle ». Les autres priorités sont l'eau, l'assainissement et des abris. « L'urgence est de sauver des vies de plusieurs centaines de personnes dans cette région », fait-il remarquer, en insistant sur ces « niveaux désespérés de souffrance humaine d'une part, et de l'autre, le profond sentiment d'espoir et de résilience qui anime ces populations de Borno et d'ailleurs ».

Face à cette situation, l'ONU note qu'elle a besoin de ressources maintenant pour intensifier sa réponse actuelle. A cette fin, le Plan d'intervention humanitaire de l'ONU pour le Nigéria a été révisé à la hausse en juin, et l'ONU réclame désormais 279 millions de dollars pour venir en aide au pays. Seuls 22% (62,8 millions) des fonds demandés ont été perçus à ce jour.

(Interview : Toby Lanzer, Coordonnateur humanitaire régional de l’ONU pour le Sahel ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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20/10/2017
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