Haïti: un responsable de la MINUSTAH appelle à plus de visibilité pour financer la réponse rapide contre le choléra

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Une fille transporte un sceau à Cité l'Éternel, un quartier pauvre de la capitale d'Haïti, Port-au-Prince. Le gouvernement et l'ONU ont mis sur pied conjointement un projet de réponse rapide et un programme de vaccination
Crédit photo : ONU/UNICEF/Marco Dormino)

Le Représentant spécial adjoint du Secrétaire général de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), Mourad Wahba, a appelé vendredi à accroître la visibilité à long terme du financement de la réponse rapide à l’épidémie de choléra dans le pays.

« Il y a deux aspects essentiels de la réponse au choléra : le premier est l’aspect ‘coup de poing’ et vise à arrêter les flambées de choléra qui se déclarent dans le pays ; et le second est la ‘réponse bouclier’, qui vise à prévenir d’autre flambées ou la recrudescence des flambées », a expliqué M. Wahba lors d’un entretien par téléphone avec la Radio et le Centre d’actualités de l’ONU.

S’agissant de l’aspect ‘coup de poing’, ou réponse rapide, le Représentant spécial adjoint a précisé qu’elle était essentiellement basée sur des équipes mobiles d’intervention rapide. « Dès qu’un cas suspecté de choléra est rapporté, l’idée est d’avoir une réponse dans les 48 heures dans la commune en question », a-t-il dit.

Il a souligné que cette réponse rapide se déroule en trois temps, à commencer par un diagnostic visant à vérifier s’il s’agit bien d’un cas de choléra. « Après avoir obtenu confirmation, l’équipe déploie un cordon sanitaire afin de désinfecter non seulement le foyer où s’est déclaré la maladie, mais aussi les maisons alentour », a précisé M. Wahba, qui est par ailleurs Coordonnateur humanitaire et Coordonnateur Résident des Nations Unies en Haïti. En troisième lieu, a-t-il poursuivi, l’équipe d’intervention rapide fournit des kits de réhydratation et procède à une chloration de la maison.

« L’objectif est d’avoir une intervention dans les 24 heures dans 90% des cas », a-t-il déclaré.

S’agissant de l’aspect ‘bouclier’, le Représentant spécial a indiqué que l’objectif était d’agir sur l’environnement dans lequel se développe le choléra. « Nous déployons une politique d’assainissement, de réduction de la défécation en plein air, de soutien d’accès à l’eau potable propre et chlorée, ainsi qu’à l’assainissement et aux latrines », a-t-il dit.

M. Wahba, qui est par ailleurs Coordonnateur humanitaire et Coordonnateur Résident des Nations Unies en Haïti, a déclaré que cette double approche a permis une réduction de 90% du nombre de malades depuis le moment où la maladie s’est déclarée dans le pays, fin 2010/début 2011. Il a précisé qu’en 2015, il y a eu 35.000 cas suspects de choléra en Haïti, comparé à 350.000 au temps fort de l’épidémie, en 2011. « Nous pouvons faire mieux, mais c’est déjà un progrès considérable, », a-t-il estimé.

M. Wahba a souligné que les deux principales agences de l’ONU qui permettent de développer cette réponse, à l’appui du gouvernement haïtien, sont le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS)/Organisation panaméricaine de la santé (OPS) en Haïti. « Je crois qu’il faut également souligner le rôle de la MINUSTAH qui vise, à travers des projets d’impact rapide, à améliorer l’accès à l’eau potable, à mieux protéger les sources d’eau potable et à soutenir l’assainissement », a-t-il ajouté.

S’agissant du financement de la réponse contre le choléra, le Représentant spécial a rappelé que les Nations Unies avaient mobilisé à cette fin près de 60 millions de dollars au total depuis 2011. Il a également indiqué que l’ONU avait aidé le gouvernement haïtien à mobiliser de son côté 307 millions de dollars.

Toutefois, M. Wahba a estimé que les besoins actuels pour maintenir la réponse rapide étaient de 8 à 10 millions de dollars par an.

« Nous les avons reçus jusqu’à présent, mais pas de façon idéale, car ce sont des financements qui arrivent au coup par coup, annuellement ou tous les six mois ; or pour éliminer une maladie il faut une visibilité en terme de financement sur une période de 5 ans », a-t-il dit.

Outre la réponse rapide et l’amélioration ‘bouclier’ des infrastructures, le Représentant spécial a indiqué que les Nations Unies avaient également rencontré un certain succès avec un troisième aspect de la réponse, à savoir la vaccination. « Le vaccin contre le choléra est facile à administre : ce sont deux pilules administrées par voie orale, donc il n’y a pas de piqure », a-t-il précisé, ajoutant que le vaccin en lui-même est également peu couteux.

En revanche, il a déclaré qu’il n’y avait pas assez de doses disponibles au niveau mondial. « Les usines de production de vaccin n’en fabriquent pas assez et nous devons toujours attendre, non seulement le financement pour les vaccins, mais aussi la production de ces vaccin », a souligné M. Wahba.

Le Représentant spécial adjoint a mentionné qu’il manquait à l’heure actuelle 1 million de dollars pour financer la campagne de vaccination prévue en 2016. « C’est une grosse campagne : nous avons déjà commencé par 118.000 personnes dans une commune au nord de Port-au-Prince, et notre ambition est de vacciner un département entier d’ici 2017 », a-t-il précisé.

Cette nouvelle campagne, définie par le gouvernement avec le soutien de l’ONU, permettra en effet de vacciner 750.000 personnes supplémentaires, soit l’ensemble de la population du département du Centre, qui a été sélectionné en raison de la persistance de foyers dans cette circonscription administrative.

« Si nous avons suffisamment de vaccin et si nous parvenons à l’administrer à l’ensemble du département, nous doublerons cette campagne de vaccination par une campagne de chloration de l’eau pour les foyers des personnes qui ont été vaccinées », a-t-il dit. « Je pense que nous avons une bonne chance réussite ».

(Interview radio : Mourad Wahba, Le Représentant spécial adjoint du Secrétaire général des Nations Unies en Haïti, Coordonnateur humanitaire et Coordonnateur Résident des Nations Unies en Haïti; propos recueillis par Jérôme Longué)

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12/12/2017
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