Conseil de sécurité: ”Il n’y a pas une fatalité des conflits en Afrique”, déclare André Vallini

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André Vallini (gauche), Secrétaire d’État au développement et la francophonie de la France et (droite) le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon. (Crédit: Photo ONU/Rick Bajornas)

On trouvera ci-après le texte de la déclaration prononcée dans la matinée du jeudi 28 juillet 2016 à New York, lors du débat ministériel du Conseil de sécurité sur la consolidation de la paix en Afrique, par André Vallini, Secrétaire d’État au développement et à la francophonie de la France.

Monsieur le Président,

Mesdames Messieurs les Ministres,

Mesdames Messieurs les Ambassadeurs,

Je remercie la présidence japonaise d’avoir organisé ce débat ouvert sur la consolidation de la paix en Afrique et pris l'initiative de la déclaration présidentielle qui vient d’être adoptée.

Rien de ce qui se passe en Afrique ne sera jamais indifférent à la France du fait de ses liens historiques avec ce continent.

Et chaque fois que c’est nécessaire, la France prend ses responsabilités en Afrique.

Lorsque Bamako risquait de tomber aux mains des terroristes, nous avons pris nos responsabilités.

Lorsqu’un génocide menaçait de se produire en RCA, nous avons pris nos responsabilités.

Et face aux conflits qui persistent en Somalie, au Soudan, au Soudan du sud ou en RDC, nous prenons nos responsabilités.

Pour la France, être engagée en Afrique, cela ne veut pas dire agir seule et à sa guise, cela veut dire agir à la demande de nos partenaires africains, et avec eux.

Et dans le respect du droit international: les interventions militaires décidées par le président Hollande ont toutes été approuvées et accompagnées par l'Union africaine et I’ONU.

Agir en Afrique ne veut pas dire non plus intervenir militairement puis laisser les pays livrés à eux-mêmes, cela veut dire rester à leurs côtés et les accompagner sur le chemin de la sécurité (I), de la démocratie (IIi) et du développement humain (III).

I. D’abord la sécurité

1) La sécurité du continent africain est notre objectif premier. Je pense à l'Opération Barkhane dans le Sahel, et plus particulièrement au Mali où se déploie également la MINUSMA.

Je pense aussi à notre présence soutenue en RCA aux côtés de I’opération de I’Union africaine, la MISCA, puis de l'opération des Nations unies, la MINUSCA.

Nous appuyons aussi les opérations africaines de maintien de la paix, et je pense en particulier à la Force multinationale mixte dans la région du lac Tchad, décidée lors du sommet de Paris sur la lutte contre Boko Haram: la France consacre des moyens humains et logistiques importants à la coordination des pays africains attaqués par ce groupe terroriste.

2) La responsabilité première de chaque État, c’est de garantir la sécurité de ses citoyens et de protéger sa population. Cela suppose des forces de police et des troupes militaires suffisamment nombreuses, formées et équipées.

C’est pourquoi la France agit en matière de coopération sécuritaire,notamment dans les pays du Sahel, pour permettre aux Africains d’assurer autant que possible leur sécurité par eux-mêmes. Nous formons plus de 20 000 soldats africains par an en France et en Afrique et nous jouons aussi un rôle actif pour déployer des missions européennes sur la sécurité en Afrique.

II/. Ensuite, la démocratie

La sécurité ne doit jamais être recherchée au détriment du respect de l’État de droit. Les droits de I’homme, le renforcement des institutions démocratiques, la lutte contre I’impunité et la mise en place d’une bonne gouvernance sont donc des impératifs.

Importance et la France soutient résolument les règles de I’UA, qui s'opposent à des modifications tardives et non consensuelles de la constitution d'un pays, en particulier lorsqu'elles visent à empêcher une alternance.

La France toujours mobilisé dans la défense des droits de I’homme. Nous venons ainsi de renouveler et renforcer le mandat de la MINUSCA, déployée en RCA, que nous avons voulu multidimensionnel : en effet, il ne concerne pas seulement la protection physique des civils, il touche également à l’état de droit, à la lutte contre l’impunité, à la bonne gouvernance et au renforcement de I’autorité de l’État, partout sur le territoire, face à la menace des groupes armés.

C’est dans ce contexte que la France organisera les 26 et 27octobre prochains, à Paris, une conférence ministérielle sur le maintien de la paix en milieu francophone.

III/. Enfin, le développement humain

Je souhaiterais concentrer mon propos sur la santé et I’éducation :

1) La santé : comme l'a déjà relevé le Conseil de sécurité, les liens entre la santé et la sécurité sont une évidence. Dans un contexte de succession de crises sanitaires, et je pense naturellement à I’épidémie Ebola qui a si gravement frappé I’Afrique de I’Ouest, il est urgent d’améliorer la règlementation sanitaire internationale et de renforcer les systèmes sanitaires nationaux africains. Je voudrais à cet égard saluer les réformes engagées par I’OMS avec notamment la mise en place d’un fonds d’urgence.

Les questions de santé constituent une priorité pour la France et le Président Hollande co-préside ainsi avec son homologue sud-africain la commission sur les emplois en santé et la croissance économique.

La communauté internationale doit s’investir de façon beaucoup plus importante en faveur de la santé sexuelle et reproductive car il n’est pas possible d’ignorer les liens entre la démographie et la stabilité des pays. La France a annoncé un effort supplémentaire de 10 millions d’euros dans ce domaine, dans le cadre du fonds français Muskoka. C’est un enjeu crucial pour la stabilité de I’Afrique et particuIièrement au Sahel.

2) L’éducation : elle est le socle fondateur du développement, qu’il s’agisse de santé, d’environnement, de droits des femmes, de lutte contre la radicalisation ou encore de gouvernance démocratique. Tout passe par l’éducation, tout commence par l’éducation. Aucun pays n’a réellement décollé avant que 80% de sa population n’ait achevé le cycle primaire.

Les progrès réalisés depuis 15 ans sont considérables : le nombre d’enfants non scolarisés a été divisé par deux.

Mais les défis restent majeurs du fait des crises, du sous-financement chronique et de I’explosion démographique. 60 millions d’enfants sont totalement privés d’éducation dans le monde.

D’ici 2030, nous devrons scolariser plus de 600 millions d’enfants, dont 450 millions en Afrique, et les besoins d’investissements s’élèvent à 40 milliards de dollars par an.

II faut donc changer d’échelle et la communauté internationale doit réinvestir, de façon substantielle et urgente, dans une éducation de qualité en Afrique. C’est pourquoi je salue le travail de la commission Brown.

L’éducation en situation d’urgence est centrale pour préserver la paix en Afrique. Les crises bouleversent la cohésion sociale et mettent en péril la capacité des États à se reconstruire. Elles empêchent 75 millions d’enfants de suivre une scolarité normale. Le fonds «Education cannot wait», mis en place à I’occasion du Sommet humanitaire mondial d’lstanbul, apporte une première réponse.

En conclusion, il n’y a pas une fatalité des conflits en Afrique : regardons ce continent dans sa globalité, en ayant à l’esprit les échecs mais aussi les réussites des Africains et de la communauté internationale dans de nombreux domaines qui laissent espérer que l’Afrique sera un jour un continent de paix.

Je vous remercie./.

 

 

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23/10/2017
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