Centrafrique: le Chef des droits de l'homme de l'ONU juge « urgent » de désarmer les groupes armés

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Une patrouille des forces de la MINUSCA à Bangui, la capitale centrafricaine Photo: MINUSCA).

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme a averti lundi que la situation sécuritaire et des droits de l'homme pourrait à nouveau se dégrader en République centrafricaine (RCA), après une série d'incidents majeurs survenus à Bangui et dans des zones rurales. Des incidents qui ternissent la bonne dynamique notée depuis le début de l'année « avec les élections réussies de février 2016 ». Le Chef des droits de l'homme de l'ONU juge donc urgent « de désarmer les groupes armés » en Centrafrique et de rétablir l'autorité étatique, craignant une nouvelle escalade de la violence.

 

Selon les services du Haut-Commissaire Zeid, les violences de ces derniers jours ont fait plus d'une vingtaine de morts et de blessés. Il s'agit d'abord de différents heurts entre des éléments armés et des soldats de la MINUSCA dans le quartier musulman PK5 à Bangui ont abouti à la mort de six hommes armés et fait 15 blessés parmi les civils le 20 juin dernier. Quelques jours auparavant, trois civils avaient été tués en représailles après qu'un conducteur de taxi-moto originaire du quartier musulman PK5 ait été poignardé. Et le 24 juin, un soldat de la paix onusien de nationalité sénégalaise a aussi été tué à Bangui par des hommes armés non identifiés dans des circonstances peu claires.

Plusieurs incidents récents ont également eu lieu dans diverses régions, où les groupes armés continuent d'exercer leur contrôle et de s'en prendre aux civils.  Au total, les affrontements impliquant des groupes armés, y compris les ex-Séléka et anti-Balaka, en dehors de Bangui ont fait au moins 17 morts depuis le début du mois, notamment dans la région de Batangafo.

Par ailleurs, les violences dans le sud-est de la République centrafricaine portent plutôt la signature de l'Armée de Résistance du Seigneur (LRA). Plus de 290 personnes auraient été kidnappées par le groupe rebelle, dont 60 enfants dans les préfectures de Haute-Kotto et Mbomou.  Mais des membres de l'armée ougandaise déployés en RCA dans le cadre d'opérations contre la LRA ne sont pas exempts de reproches.  Certaines forces sont mêmes accusées de violence et exploitation sexuelles, d'enlèvement et de mariage forcé. Les services du Haut-Commissaire Zeid notent que lors d'enquêtes préliminaires, au moins 18 femmes et filles ont déclaré avoir été victimes de violence et harcèlement sexuels par des membres des Forces de défense populaires de l'Ouganda (FDPO). Quelque 14 cas de viols, dont certains impliquant des victimes qui étaient mineures au moment des faits, ont aussi été rapportés. Des femmes et filles auraient été forcées à quitter leurs villages par des membres des FDPO pour devenir des prostituées, des esclaves sexuelles ou être mariées à des soldats.

Face à toutes ces exactions, le Haut-Commissaire Zeid a jugé « urgent de désarmer les groupes armés » en Centrafrique et de rétablir l'autorité étatique, craignant une nouvelle escalade de la violence.  Zeid Ra'ad Al Hussein a insisté sur « le besoin impérieux de reconstruire le système judiciaire ».  « Les mesures prises par les autorités afin d'établir la Cour Pénale Spéciale et l'adoption de la nouvelle constitution sont prometteuses, mais je reste préoccupé par le grand nombre d'arrestations et de détentions arbitraires par les forces de sécurité », a conclu le Haut-Commissaire.

(Interview : Cécile Pouilly, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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20/10/2017
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