Traites des filles : la stratégie de Boko Haram et Daech pour « générer des revenus »

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Une femme syrienne dans le camp de déplacés de Bab Al Salame, près de la frontière avec la Turquie, dans le gouvernorat d'Alep, en Syrie (janvier 2014). Photo OCHA

La traite des êtres humains n'est souvent qu'une conséquence de situations de crise. Telle est la conviction  de la Rapporteuse spéciale sur la traite des êtres humains, en particulier des femmes et des enfants. Lors de la présentation de son rapport devant le Conseil des droits de l'homme, Grazia Giammarinaro a indiqué que dans la plupart des cas, ce phénomène n'est pas détecté à temps et rarement combattu.  Elle a notamment évoqué la traite des migrants par des réseaux criminels de passeurs ainsi que l'exploitation sexuelle des femmes et des filles par les groupes terroristes comme l'État islamique ou Boko Haram.

 

Selon l'Experte indépendante de l'ONU, la traite des femmes et des filles à des fins d'exploitation sexuelle, y compris l'esclavage sexuel, les mariages forcés, la prostitution forcée et la grossesse forcée, s'inscrit dans le cadre plus général des actes de violence sexuelle commis contre la population civile pendant et après un conflit. La Rapporteuse spéciale sur la traite des êtres humains s'est donc penchée sur les cas d'exploitation sexuelle des femmes et des filles par les groupes terroristes comme l'État islamique en Iraq et au Levant, Boko Haram et autres groupes affiliés. Selon Maria Grazia Giammarinaro, ce type d'exploitation, dans le cadre de laquelle des filles et des femmes sont soumises à la traite à des fins de mariage forcé ou d'esclavage sexuel par des groupes extrémistes, « est sans doute une stratégie utilisée pour générer des revenus ». L'objectif des groupes djihadistes est aussi de « recruter des combattants, les retenir ou les récompenser ».

Dans les zones où interviennent ces groupes, les femmes et les filles sont soumises à une exploitation sexuelle, au mariage forcé, aux grossesses précoces et non désirées ou même à l'esclavage sexuel et à la prostitution, souvent pour garder ou récompenser les combattants.  Et pour éviter de tels enlèvements, les « familles déscolariseraient de plus en plus les filles et tiendraient les femmes et les filles enfermées ».

Par ailleurs, la Rapporteuse spéciale note que cette traite à des fins d'exploitation sexuelle n'est pas seulement le fait de criminels organisés. Par exemple, les femmes et les filles syriennes réfugiées sont soumises à la traite à des fins d'exploitation sexuelle dans le cadre de mariages « temporaires », de mariages d'enfants ou de mariages forcés. Ces femmes et ces filles sont souvent mariées de force par leurs parents, qui « considèrent ces arrangements comme une manière de garantir la sécurité de leurs filles et d'assurer la subsistance de la famille grâce à la dot ».

Dans ces conditions, Maria Grazia Giammarinaro recommande aux membres du Conseil des droits de l'homme d'empêcher les mariages précoces, tant dans les camps de réfugiés ou de personnes déplacées, qu'au sein de la société du pays hôte.

(Extrait sonore : Maria Grazia Giammarinaro, Rapporteuse spéciale sur la traite des êtres humains, en particulier les femmes et les enfants)

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20/10/2017
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